Mali-France : La rupture !

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Par le truchement du porte-parole du gouvernement, par ailleurs ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation, le gouvernement de la transition de l’Etat malien a annoncé la rupture de ses relations avec l’Etat Français. Une décision qui survient après les prises de position du Président Macron lors de sa récente tournée africaine

« Le gouvernement de la transition a demandé, (…) à l’Ambassadeur de France de quitter le territoire malien » voici ce qu’on peut lire dans le 5ème paragraphe du communiqué de presse que signe le Colonel Abdoulaye Maiga. On savait les relations Franco-Maliennes tendues depuis l’arrivée des militaires à la tête de l’Etat Malien. On se serait attendu à de la modération du côté français mais que non. Lors de son séjour au Cameroun et en Guinée Bissau, le Chef d’Etat français n’ira pas de main morte sur la situation au Mali. Emmanuel Macron a accusé les autorités maliennes d’entretenir des relations « hybrides » en matière de coopération militaire avec la Russie. Le gouvernement malien aurait donc selon Emmanuel Macron, fait recours, au groupe de sécurité privé Russe dénommé Wagner.

Des accusations qui ne sont pas nouvelles et qui ont longtemps été relayé par la presse française. Les autorités maliennes affirment avoir à plusieurs reprises apporté des démentis à ses affirmations qu’il qualifie de propagande française. Selon l’ONG Human Right Watch rélayé par les médias français, en mars 2022 dernier le groupe Wagner était impliqué au côté de l’armée malienne dans le massacre de 300 civils à la localité de Moura (Centre du Mali). Ce que consteste le Mali qui accuse la France d’être à l’origine de nombreux charniers dans les zones d’opérations de Barkhane, l’opération militaire française au Mali. Des accusations rappelées et considérées « graves » par le président français et jugées « erronées » « haineux » « diffamatoires » et « sans preuve » par l’autorité malienne.  Pour les autorités de la transition au Mali, il s’agissait d’un conflit communautaire nourrit par la dégradation du tissu social des dernières années et dont la France a été complice.

            « Nul ne peut aimer le Mali mieux que les Maliens eux-mêmes » ; le ton est suffisamment grave chez les autorités maliennes. Le pouvoir de Bamako avait déjà, il y a quelques mois, exigé l’arrêt de « l’opération Barkhane » et le départ de la force militaire française sur le sol malien. Des relations qui se sont visiblement dégradées avec le discours du Président français à Yaoundé et à Bissau.

Selon le Dr Nathanael Assam Otya’a que nous avons contacté « l’ex-colonisateur et l’ex colonisé sont irréconciliables ». Pour l’historien, les rapports Franco-Maliens sont aujourd’hui comme ceux du « loup et de l’agneau ». L’analyste politique parle de « grammaire mentale » de « positionnement sur la chaine alimentaire » et de « situation très complexe ». « Les visions du monde qui sous-tendent le colonialisme et celle du monde colonisé sont radicalement antagonistes ». Entre « dénégation de toute capacité de maturité humaine » et « affirmation d’auto gestion », il s’en suit une incompréhension systématique et non réversible qui fait que les deux sont condamnés à un jeu de dupes perpétuel. « Jamais ces deux ne seront amis » martèle-t-il.

Dans la foulé, le gouvernement de la transition au Mali a également annoncé maintenir la suspension des médias France 24 et Radio France Internationale. Ces médias que l’on sait être institutionnellement rattachés au Quai d’Orsay (Ministère des Relations internationales Français)  sont taxés de « radio des mille collines » en référence à la tristement célèbre radio rwandaise qui émettait les appels au génocide des Tutsi. Cette référence au génocide rwandais n’est pas la seule dans la correspondance de deux pages signée du Colonel Abdoulaye Maiga porte-parole du gouvernement. « Il est important que le Président Macron se remémore constamment le rôle négatif et la responsabilité de la France dans le Génocide des Tutsi au Rwanda, un évènement qui attriste encore l’humanité. », peut-on lire dans le 4ème paragraphe du communiqué. Pour les hommes forts du Mali, avec l’épisode rwandaise « la France (…) est mal placée pour donner des leçons au Mali ».

Cette référence Rwandaise est justifiée, selon le communiqué par les accusations de « violence par les autorités maliennes, ciblant une ethnie spécifique » au Mali ; accusations qui selon le porte-parole ont été formulées par le président Français. L’Etat Malien affirme en retour que « le dessein des autorités françaises » est « d’entretenir la haine ethnique au Mali »  en œuvrant pour « la division et la partition de notre pays ». D’où cette décision de rompre avec la présence française (quel que soit sa forme) sur le sol malien. Après neuf ans de présence militaire au Mali via l’opération Serval puis Barkhane, la France est poussée vers la sortie.

Lionel KANA