Anniversaire : Le Christ Rédempteur de Rio a 90ans

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Nombreux parmi vous connaissent l’immense statut du Chrits Jésus, ouvrant les bras comme pour planer ou accueillir le monde en lui. Cette statue qui surplombe la ville de Rio de Janeiro a fêté ce mois d’octobre 2021, ses 90ans.

Nous sommes le 12 Octobre 1932, la ville brésilienne de Rio de Janeiro bouillonne de monde. L’épiscopat brésilien et plus de cinq cents prêtres viennent de demander la béatification du petit Français Guy de Fontgalland, mort en 1925 à l’âge de onze ans. C’est à la faveur d’une messe pontificale  marquant l’inauguration de la statue Christ Rédempteur. La célébration eucharistique du jour est faite sous la houlette du cardinal Dom Sebastiao Leme (décédé 10ans plus tard). Mgr Dom Sebastiao, fière de magnifier une œuvre pareille en terre natale dira ce jour : « Que cette image sacrée soit le symbole de votre lieu de vie, de votre protection, de votre prédilection, de votre bénédiction qui rayonne sur le Brésil et les Brésiliens ». Si la première pierre du chantier a été posée le 4 avril 1922, les travaux prendront du retard du fait d’un certains nombres de réglages techniques. Néanmoins ils démarrent effectivement en 1926 et s’achèvent en 1932. Notons qu’aucun travailleur n’a perdu la vie malgré les conditions difficiles à de telles altitudes et pendant 06 années.

travaux de construction du monument. source: lesmonumentsdumonde.com

C’est en 1922, année du centenaire de l’indépendance du pays, que l’idée de construction du monument fut émise officiellement au sein de l’église catholique locale (Archidiocèse de Rio) à l’issu d’un concours lancé et remporté par l’architecte brésilien Heitor da Silva Costa. Certains chercheurs par contre estiment que le projet est plus ancien : en 1859 le prêtre lazariste Pedro Maria Boss est le premier à suggérer l’érection d’une statue du Christ sur ce site exceptionnel. Faute d’obtenir les subventions nécessaires, le projet fut abandonné. Heitor da Silva Costa est celui qui a formalisé l’idée de construction de la  statue avec les deux bras ouverts, l’un pointant vers le nord de Rio, le second vers le sud. Avec l’aide du sculpteur français Paul Landowski, ils vont fabriquer une maquette de 4 mètres de haut. Ils réalisent également des travaux préparatoires pour la tête et les mains de la statue. Un autre français,  Albert Caquot, réalise la structure interne en béton armé. Le sculpteur roumain Gheorghe Leonida est celui qui réalisera la tête.

sources: les monumentsdumonde.com

Toute la forte équipe du projet travaille sous la coordination de Costa. En France, Landowski modèle la statue en plusieurs morceaux d’argile grandeur nature. Ces morceaux  sont ensuite transportés par voie marine jusqu’au Brésil, où ils ont été reproduits en béton. Dans le Rédempteur, l’architecture et la sculpture s’unissent en parfaite harmonie grâce à l’utilisation pionnière du ciment. Costa dira le jour de l’inauguration : «Nous avons l’habitude d’utiliser le ciment pour les travaux d’ingénierie, les piliers et les colonnes, mais j’ai pu démontrer qu’il peut également être utilisé dans l’art, même si cela reste inhabituel. Je suis convaincu que c’est le matériau de l’avenir.» Lors d’un voyage à Paris, où l’ingénieur a vu une fontaine, il a eu l’idée de recouvrir toute la surface de la statue d’une mosaïque. Il a choisi la pierre ollaire, qui est courante au Brésil et très résistante.

Le monument subit des travaux en 1980 à l’occasion de la visite du pape Jean-Paul II, puis de nouveau en 1990. D’autres travaux d’aménagement importants sont réalisés en 2003, avec la mise en service d’un escalier mécanique et d’un ascenseur panoramique, facilitant l’accès au monument. Le 16 avril 2010, des vandales non identifiés ont souillé la statue de tags et de graffitis. Cet acte qualifié de « crime contre la nation » par Eduardo Paes, le maire de la ville, a suscité un vif émoi parmi les Brésiliens.  De nouveaux travaux de restauration sont donc entrepris. On en profite pour l’installation d’un échafaudage autour de la statue. La régularité des travaux s’explique aussi par le désir de conserver aussi longtemps que possible ce symbole, mais aussi par le fait que le monument est régulièrement endommagé par la foudre qui la touche en moyenne six fois par an. Le 16 janvier 2014, la moitié du pouce de sa main droite est cassée par la foudre lors d’un orage au cours duquel, selon le service météorologique  de la ville,  plus de 40 000 éclairs sont tombés sur Rio. Un câble paratonnerre et d’autres équipements sont pourtant disposés pour éviter ce dommage mais le câble ne s’étend que sur la tête et les bras, s’arrêtant au poignet.

médias locaux jour d’inauguration. source: les monuments du monde

L’œuvre a bénéficié d’un financement sous fond propre : La «semaine des monuments» a été organisée pour réunir les fonds nécessaires, qui provenaient principalement des catholiques brésiliens. Le site à lui seul est unique. C’est le mont Corvado encore appelé le mont bossu, qui accueille l’ouvrage. Du haut de ses 704mètres, situé dans le parc national de Tijuca, le mont appartient  à un ensemble de relief issu d’une érosion différentielle qui à mit à jour un socle granitique aux allures morpho structural des inselbergs des régions arides. La statue, y compris le piédestal, mesure 38 m; dont 30 pour le Christ et 8 pour le piédestal, qui occupe une aire de 100 mla tête a une hauteur de 3,75 m et les mains une longueur de 3,20 m. Il pèse 1 100 tonnes : la masse approximative de la tête est de 30 tonnes et celle de chaque main de 8 tonnes. La tête mesure 3,75 m, chaque main 3,20 m, la largeur de la tunique est de 8,50 m. L’envergure entre les deux mains est de 28 mètres. . Avant l’irruption du Covid-19, le site accueillait près de deux millions de visiteurs par an. Il a été fermé entre mars et août 2020. Il faut désormais présenter un certificat de vaccination pour y avoir accès.

 Les catholiques du brésil (qui représentent aujourd’hui 61% de la population) ont célébré l’anniversaire du monument, malgré le contexte sanitaire difficile.  La cérémonie religieuse, initialement prévue au pied de l’immense statue, s’est finalement déroulée à la cathédrale métropolitaine, dans le centre de Rio, en raison du mauvais temps. Pour Mgr Orani Tempesta, Archevêque de Rio  « nous les cariocas (nom des habitants de Rio) avons l’habitude de regarder vers le Christ qui est souvent dissimulé dans les nuages, mais nous savons qu’il est là (…) nous traversons encore la pandémie, mais avec un regard optimiste grâce à la vaccination. Les sombres nuages de l’année dernière se dissipent ». Plus de 58% des près de sept millions d’habitants de Rio de Janeiro sont vaccinés contre le Covid-19 qui a emporté 600.000 personnes au Brésil depuis le début de la pandémie.  Passé sous la responsabilité de l’Institut du Patrimoine Historique et Artistique National en 1937, la gestion du monument est assurée aujourd’hui par l’Institut Brésilien de l’Environnement et Ressources Naturelles Renouvelables.

Les droits du Christ Rédempteur (moraux et patrimoniaux) font depuis les années 1950 l’objet d’un litige entre la Mitre Archiépiscopale de Rio de Janeiro (Mitra Arquiepiscopal do Rio de Janeiro) et Paul Landowski, puis ses héritiers. Le 7 juillet 2007, ce monument a été choisi comme l’une des sept nouvelles merveilles du monde par plus de cents millions d’internautes, suite d’un vote organisé par la New Seven Wonders Foundation, liée à la New Open World Corporation, et dont les résultats ont été dévoilés à Lisbonne.

 Lionel KANA