S.E Choguel Kokalla Maïga, Premier Ministre malien

Alors que la polémique sur la possible arrivée au Mali du groupe Wagner n’est pas dissipée, ce projet adopté par le Conseil National de Transition le jeudi 23 septembre dernier, n’est pas du goût de Paris qui procède à un repositionnement stratégique de sa présence militaire au Mali.

Pour une autonomie sécuritaire

Le Mali va se doter d’une école de guerre pour renforcer son autonomie sécuritaire, annonçait ainsi le Colonel Assimi Goïta, Président du Conseil National de Transition, dans son message à la nation, à l’occasion du 61e anniversaire de l’indépendance de son pays. Les autorités maliennes s’engagent à donner plus de pouvoir et de liberté d’action à leur armée. Par l’acquisition de la capacité de fournir lui-même une formation de haut niveau aux officiers supérieurs de la chaîne de commandement, par le biais de cette école. Le Mali disposera désormais d’un outil efficace de réflexion, de recherche et d’analyse des questions stratégiques. C’est donc une expertise indispensable pour faire face aux enjeux liés à la planification et à la « conduite des opérations sur le terrain ».

Un projet d’action ambivalente

Il est important de noter que jusqu’ici les soldats de la chaine de commandement malienne qui luttent aux côtés des français dans l’opération Barkhane sont formés à l’étranger chez leurs partenaires de l’Union Européenne, notamment la France, l’Allemagne, l’Espagne, etc. Une coopération militaire multilatérale, bien qu’utile, mais qui ne permet pas toujours d’éradiquer le terrorisme contre lequel le pays lutte depuis plus d’une décennie. Depuis 2013, le Mali a multiplié des partenariats pour endiguer ce phénomène qui, non seulement déstabilise le pays, mais s’impose aussi comme la base arrière du terrorisme islamique en Europe. Pour répondre à cette menace régionale, la France a mis sur pied l’opération Serval en janvier 2013 avec pour mission affichée d’enrayer la progression du djihadisme islamique. Face à la faiblesse de Serval, l’opération barkhane à elle est mise sur pieds en août 2014, pour des opérations menées conjointement entre les français et ses alliés dans le sahel et le sahara contre les groupes armés salafistes. Aujourd’hui, la task force multinationale Takuba sensée conseiller, assister et accompagner les forces maliennes en coordination avec les partenaires du G5 Sahel et d’autres acteurs internationaux sur le terrain, à l’instar de l’Estonie, la République tchèque, la Suède et sans doute bientôt l’Italie, prend encore son envol. Ce projet de création de l’école de guerre au Mali permettra ainsi aux autorités maliennes de maitriser leur dépenses sur la formation des soldats à l’étranger. Bien plus, elle leur permettra d’acquérir une autonomie dans l’initiation et l’implémentation des stratégies sur le terrain de l’emploi.

Un argument diplomatique

Ce projet d’école de guerre s’impose, par ailleurs, comme argument diplomatique en faveur de Bamako à la lecture des rapports pas très sains entre les deux pays. En mai dernier, à la suite du deuxième coup d’Etat effectué par le Colonel Goïta et qui met hors des manettes du pouvoir de transition le président Bah N’daw, Emmanuel Macron menaçait deja de retirer les troupes de l’opération barkhane du sol malien si le pays « allait dans le sens d’un islamisme radical ». Bien qu’étant revenu sur la décision « à la demande des pays du G5 sahel », Emmanuel Macron entendait contraindre la junte au pouvoir à revenir à l’ordre démocratique et laisser le pouvoir aux civils. Ce désamour entre Bamako et Paris est encore exprimé par le Premier Ministre de la Transition malienne Choguel Kokalla Maïga à la tribune de l’ONU. « La nouvelle situation née de la fin de l’opération Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome ou avec d’autres partenaires, de manière à combler le vide que ne manquera pas de créer la fermeture de certaines emprises de Barkhane dans le nord de notre pays », martelait avec véhémence le premier ministre.

Mme. Florence Parly, Ministre française des Armées

Tensions autour du groupe Wagner

La France n’a cessé, ces derniers jours, de mettre en garde Bamako contre les conséquences de cette possible réorientation sécuritaire. Le 20 septembre dernier, la ministre des armées, Florence Parly, s’est rendu à Bamako à la rencontre de son homologue malien, Sadio Camara, pour signifier la « grave incompatibilité » entre le recours à ces mercenaires et le soutien occidental. « Mon objectif est de parvenir à clarifier la position des autorités maliennes et de réitérer des messages », a expliqué la ministre. Eludant soigneusement la position de son pays, Choguel Maïga s’offusquait devant la presse du fait pour la France de s’immiscer dans les orientations que le Mali fait, comme Etat souverain, sur les choix de ses partenaires. Choguel justifie ainsi la position de Bamako par le retrait amorcé, depuis l’été, des forces françaises au Mali. Les emprises de la force Barkhane créeront des vides que Bamako se trouve contraint de combler en faisant appel à d’autres partenaires.

Ayant dejà perdu leur présence en République Centrafricaine au profit des troupes russes, Paris n’entend pas se faire ravir la vedette une fois de plus. Paris craint se voir reproduire sur le sol malien le scénario Centrafricain. Il convient de rappeler que la présence des forces russes en République Centrafricaine, sur l’appel du président Touadera, a permis de réduire significativement la menace terroriste, de reprendre entièrement le contrôle de Bangui ainsi que d’autres villes stratégiques. Il faut aussi dire que c’est cette même force qui assure la garde du président. Paris fait ainsi obstacle aux russes dont l’arrivée à Bamako augurerait une assise durable dans le pays.