Angela Merkel, Chancelière Allemande 2005-2021

Arrivée au pouvoir le 30 septembre 2005, Angela Merkel garde la réputation d’un leadership de rigueur. Après 16 ans à la tête de l’exécutif de son pays, la désormais ex-chancelière allemande tire sa révérence à l’issu d’une élection fédérale à laquelle elle n’a pas pris part. Flash-back sur les quatre mandats successifs d’Angela Merkel.

En 16 ans, la chancelière Angela Merkel a marqué l’opinion publique avec des décisions sur des questions épineuses, aussi bien en Allemagne qu’à l’international. C’était le 26 septembre 2005 au Bundestag à Berlin que la nouvelle chancelière prêtait serment devant le peuple. Un serment qui augurait alors un long voyage aux manettes de l’exécutif du pays de Von Bismarck. A cette occasion, Merkel déclarait: « nous voulons créer des conditions pour que l’Allemagne soit dans le top 3 en Europe et 10 dans le monde. Pari réussi ? A en croire les sites web de classement tels que le journaldunet.com ou planificateur.a-contresens.net l’Allemagne occupe le 1er et le 4ième rang respectivement en Europe et dans le monde des pays les plus économiquement avancés en 2020. Familière à son uniforme habituel: pantalon noir et toujours le même blazer décliné de différentes couleurs; son calme, sa rigueur, ses mains en losange…Angela Merkel, la femme la plus puissante au monde selon le magazine Forbes, a sans doute laissé un important héritage politique au monde et singulièrement à ses concitoyens.

Merkel victorieuse du nucléaire

Le 11 mars 2011, survint la malheureuse catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon. Cet accident majeur avait alors contraint la Chancelière à revenir sur ses positions en matière d’atome. Un an avant ce triste événement, Angela Merkel semblait « laisser les industriels lui dicter sa politique » en matière de nucléaire. Elle avait ainsi conclu un accord nucléaire avec trois géants industriels du secteur : E. ON, RWE, Vattenfall et EnBW. Cette accord à huis-clos consistait à rallonger la durée de vie des centrales nucléaires en fonction et par ricochet renvoyer à plus tard le passage aux énergies renouvelables contrairement à la décision de Gerhard schröder en 2002 qui préconisaient l’arrêt de ces centrales à l’horizon 2022. L’avènement de la catastrophe de Fukushima permit donc à Merkel d’opérer ce rétropédalage en faveur des 80 % des écologistes en manifestation dans les rues de Berlin. Désormais opposé au lobby nucléaire, Merkel réitèrera cette position à Paris en 2015 lors de la conférence Internationale sur le Climat. Cette expérience lui a permis de gagner en popularité.

La crise financière de 2008: Merkel de l’intransigeance au compromis

La politique budgétaire d’Angela Merkel aurait pu se résumer en un seul mot: la rigueur, la rigueur et encore la rigueur. C’est par cette doctrine de la rigueur budgétaire que la chancelière allemande a, à son temps, sanctionné les mauvais élèves de la zone économique européenne (zone euro). La Grèce a ainsi fait les frais de la politique budgétaire rigoureuse de Merkel en 2012. Pendant ces années de crise grecque, alors que le Premier Ministre Alexi Tsipras proposait pour son pays une restructuration de la dette, la chancelière lui opposait une fin de non recevoir. En fait, Athènes n’avait plus qu’une alternative: soit de se conformer à cette brèche que lui ouvrait Berlin, soit se préparer à un Grexit. Même le contrepoids franco-italien n’avait rien pu faire pour faire plier cette puissance berlinoise. Toutefois, la pandémie du coronavirus aura eu raison de cette doctrine de la rigueur budgétaire. Angela Merkel a finalement été contrainte de revoir sa position pour soutenir l’idée d’une dette commune portée par Paris. « C’est vraiment un revirement de la part de l’Allemagne, certes sous pression française et européenne et avec la médiation de Von der Leyen. Merkel l’accepte par pragmatisme » affirmait Paul Maurice, spécialiste de l’Allemagne.

Dans un premier temps, la chancelière allemande s’était opposée à l’idée de la mutualisation des créances européennes. Se rapprochant ainsi de la position des « frugaux » (Autriche, Danemark, Finlande et Pays-bas). C’est au mois de mai 2020 qu’elle propose, aux côtés d’Emmanuel Macron, la création d’un fonds de solidarité européen de 500 milliards d’euros. Cette proposition sera approuvée par tous les États membres de l’Union en Juillet 2020.

Merkel humaniste sur la gestion de la crise migratoire en Europe

L’Europe des années 2010 connait un enchainement de crises. Dès 2015, le vieux continent est assiégé par un afflux de réfugiés syriens fuyant le pays alors ravagé par la guerre civile, débouchant ainsi sur une crise migratoire d’une ampleur inédite. Ces demandeurs d’asile ont été repoussés dans plusieurs États membres de l’Union Européenne. Ils ont manifestement fait l’expérience de l’hostilité de certains pays réfractaires à l’idée de leur ouvrir les portes, à l’instar de la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. La Hongrie de Viktor Orban ira jusqu’à construire une barrière à sa frontière avec la Serbie en Juillet 2015.

Angela Merkel, avait vivement critiquée cette attitude car elle y voyait un déni des valeurs humanistes dont l’Europe se revendique. Elle va ainsi, annoncer, à la surprise générale, l’accueil massif des réfugiés syriens dans son pays. « Wir schaffen das! » (On y arrivera) affirmait-elle alors. Plus d’un million d’entre eux regagneront la terre d’asile entre 2015 et 2016. Si la décision de la chancelière est de compétence nationale, elle aura en fait une portée européenne et mondiale car ces demandeurs d’asile ont choisi en majorité l’Allemagne où ils s’y sont installés de façon durable.

A côté de cet élan d’humanisme, il importe tout autant de noter que les motivation de Merkel furent également stratégiques du point de vue économique. La population européenne en générale et allemande singulièrement est vieillissante. La main-d’œuvre, moyen important de production s’affaiblie. La forte demande d’asile en Europe par les migrants syriens est donc une aubaine pour Merkel, lui permettant de rajeunir sa main-d’œuvre.

Cette politique migratoire de Merkel reste tout de même contestée sur le fait qu’elle est temporaire. De plus, sa place centrale dans les négociations du pacte migratoire entre l’UE et la Turquie n’ont pas échappé aux cribles de la critique. Ce pacte signé le 18 mars 2016 stipule que Ankara s’engage à empêcher, du moins drastiquement diminuer, les arrivées de migrants en Europe à partir du sol turc et à accepter le renvoi en Turquie de ceux ayant franchi la frontière avec la Grèce après la conclusion du pacte migratoire. En échange, l’UE prévoit une libéralisation des visas pour les Turcs additionné à une aide de six milliards d’euros.

Un bilan riche mais mitigé

Après 16 ans passés aux manettes de la République Fédérale d’Allemagne, Angela Merkel peut se réjouir de laisser un pays en bonne santé économique avec des avancées avérées sur les questions sociales et sociétales. Son bilan n’est cependant pas sans tâche et pêche en occurrence sur les questions environnementales. Dans la « stratégie Europe 2020 » le cap de réduction des gaz à effet de serre pour l’Allemagne est fixé à 40% en 2010. A l’horizon l’Allemagne n’avait atteint que 30%. Il est donc reproché à Merkel de n’avoir pas pris des mesures à impact fort pour atteindre l’objectif recherché. Sa préoccupation était plus centrée sur la protection d’une industrie automobile déjà mis en difficulté par la crise économique des années 2010.