Coup d’Etat en Guinée : Le Président Alpha Condé toujours entre les mains de la junte militaire

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Alors qu’Alpha Condé se satisfaisait encore, il y a quelques temps sur les antennes de France 24, de ce que son pays n’aie jamais connu de rébellion militaire, le 5 septembre dernier, celui qui se présentait encore comme la figure principale de lutte contre la dictature en Guinée, est renversée par l’armée et est perçue désormais aux yeux des citoyens comme un dictateur. Il reste détenu par les militaires malgré les tractations diplomatiques en cours pour sa libération.

Un contexte national propice au coup d’Etat?

Avant sa réélection à la magistrature suprême en Guinée, le président Alpha Condé, candidat à un troisième mandat, sous le feu des critiques, ne manquait d’occasion pour se présenter comme un démocrate. « C’est extraordinaire que moi, qui me suis battu durant quarante-cinq ans, je sois considéré comme un dictateur antidémocrate ! », s’indigne-t-il alors dans un entretien sur France 24. Au lendemain de ses deux mandats constitutionnellement disposés, le premier président démocratiquement élu de Guinée, opposant historique aux régimes dictatoriaux, se voit aujourd’hui être intégré dans la liste des « dictateurs africains » dont il a passé sa vie politique à combattre et à dénoncer. Dans la perspective de s’assurer un troisième mandat, il a fait modifier la Constitution qui fixe un maximum de deux mandats présidentiels. C’est un pari qui lui vaut d’être réélu avec près de 60 % des voix le 24 octobre 2020, lequel a toutefois détruit une réputation politique bien construite au fil des années dans l’opposition. « Alpha Condé est allergique à la critique et son modèle de gouvernance est de ne pas discuter avec l’opposition, radicale comme modérée », explique sur France 24 Doudou Sidibe, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’université Gustave-Eiffel. « Cela a créé une crispation de la vie politique guinéenne, qui a fini par pousser les militaires à prendre le pouvoir pour assouvir les besoins de la population. » conclut l’universitaire. Par ailleurs, dans ce pays en proie à des difficultés économiques aggravées par la pandémie de la Covid-19, l’augmentation de plusieurs taxes, décrétées en juillet par le gouvernement, notamment sur l’essence, a encore accentué le sentiment d’abandon d’une partie de la population et donné lieu à des violences. Dimanche, l’annonce de l’arrestation d’Alpha Condé a été accueillie par des scènes de liesse dans plusieurs quartiers de la capitale Conakry.

L’armée saluée par les populations de Conakry après le coup de force

L’homme fort de Conakry

Jeune soldat charismatique, le colonel Mamady Doumbouya est sacré homme fort de la Guinée Conakry après avoir renversé le président octogénaire qui avait autrefois cru en lui pour l’aider à garder son emprise sur le pouvoir dans l’État turbulent d’Afrique de l’Ouest. Annonçant le coup d’État le 5 septembre, l’ancien légionnaire français de 41 ans a déclaré que l’armée n’avait d’autre choix que de s’emparer du pouvoir en raison de la corruption généralisée, du mépris des droits de l’homme et de la mauvaise gestion économique sous le président Alpha Condé, 83 ans. La prise de contrôle du colonel Doumbouya signifie qu’il est actuellement le deuxième plus jeune dirigeant d’un État africain. Seul le colonel malien Assimi Goïta, au pouvoir depuis le coup d’État de mai, est plus jeune puisqu’il est né en 1983. Promettant de former un gouvernement d’union encore attendu, le lieutenant-Colonel Doumbouya assurait alors que le président déchu se porte bien. Marié à une ressortissante française, le chef du putsch est issu de la communauté malinké, comme le Alpha Condé, et est originaire de la région orientale de Kankan, en Guinée. Jusqu’au coup d’État, il a fait profil bas, le journaliste guinéen de la BBC, Alhassan Sillah, affirmant qu’il ne l’avait vu qu’une seule fois lors d’un événement – il y a trois ans, lorsque l’ancienne colonie française fêtait ses 60 ans d’indépendance.

Le Lieutenant-Colonel Mamady Doumbouya, commanditaire du Putsch du 5 septembre

Les positions de la communauté internationale

Face à ce unième coup de force, une vague de condamnation a déferlé sur la junte au pouvoir en Guinée venant tout droit des instances internationales ainsi que des partenaires bilatéraux et multilatéraux du pays. Tout d’abord l’ONU par la voix de son Secrétaire Général Antonio Guteres qui « condamne fermement toute prise de pouvoir du gouvernement par la force du fusil et appelle à la libération immédiate du Président Alpha Condé » a-t-il fait savoir dans un tweet diffusé ce dimanche en fin de journée. Il assurait, par ailleurs, suivre « personnellement de très près la situation ». L’Union africaine (UA), quant à elle, a annoncé la suspension de la Guinée de toutes ses « activités et organes de décision ». Une mission de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) vient d’arriver dans le pays. Il est à noter que cette dernière avait condamné le même jour ce putsch et exigé la libération du président ainsi que le retour à l’ordre constitutionnel.

S. E. Antonio Guteres, SG de l’ONU

« Nous avons vu le président, il va bien », a déclaré aux journalistes le ministre burkinabé des affaires étrangères, Alpha Barry. « Nous avons vu le président ici, au quartier général de la junte », a aussi précisé le président de la commission de la Cédéao, Jean-Claude Kassi Brou, confirmant que « le président Alpha Condé [allait] bien ». La délégation de la Cédéao, composée des ministres des affaires étrangères de quatre pays et du président de la commission de la Cédéao, M. Kassi Brou, était arrivée en fin de matinée à l’aéroport de Conakry à bord d’un avion de la République du Ghana, qui assure la présidence tournante de l’organisation régionale.

La Chine a annoncé au lendemain du putsch son rejet du coup d’État militaire en Guinée et a appelé toutes les parties à opter pour le dialogue et à libérer le Président détenu Alpha Condé. C’est ce qu’a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Wang Wenbin, lors d’une conférence de presse dans la capitale, Pékin, selon le journal chinois « Global Times ». « La Chine rejette toute tentative de prise du pouvoir par coup d’État et appelle à la libération immédiate du Président Condé. Nous appelons toutes les parties à faire preuve de retenue, à respecter les intérêts fondamentaux du pays et à résoudre les problèmes par le dialogue et la consultation », a affirmé Wenbin.

S. E. Wang Wenbin, Ministre des Affaires Etrangères de la RPC

Paris a réagit à cette situation par l’intermédiation du Quai d’Orsay, « La France se joint à l’appel de la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), pour condamner la tentative de prise de pouvoir par la force survenue le 5 septembre, demander le retour à l’ordre constitutionnel et appeler à la libération immédiate et sans condition du Président Condé », indique une note du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères publiée sur son site web. « La France est en contact étroit avec ses partenaires africains et internationaux », ajoute le Quai d’Orsay.