NOLLYWOOD, IROKO TV: Des preuves que le made in Africa a du potentiel…

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Selon un récent rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’industrie cinématographique nigériane (Nollywood) est la deuxième plus importante au monde en termes de nombre de films produits, derrière Bollywood en Inde. L’importance du cinéma au Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, était déjà visible il y a trois ans lorsque The Wedding Party, une comédie romantique réalisée par Kemi Adetiba, a engrangé 1,5 million de dollars, un record pour un film nigérian.

Le succès de cette comédie a conduit au tournage d’une suite, The Wedding Party II. Les retours financiers de cette partie ont largement dépassé ceux de la première partie et ont attiré l’attention de Netflix, qui a acquis les deux films pour diffusion depuis leur plateforme.

Sur un autre front, le groupe français Vivendi Canal Plus a également décidé d’investir dans cette industrie et, en 2019, a acquis Iroko TV, la plus grande société d’internet et de divertissement au Nigeria, où elle diffuse des séries télévisées dans le monde entier.

Aujourd’hui, l’industrie cinématographique emploie au moins un million de travailleurs et constitue une part essentielle du secteur du divertissement qui, selon les données du consultant international PwC, a contribué à 2,3 % (660 millions de dollars) au produit intérieur brut (PIB) du Nigeria. Pour cette année, PwC prévoit une augmentation des revenus de cette industrie à un milliard de dollars, tous provenant des exportations.

La particularité de Nollywood est qu’elle offre aux cinéphiles africains des films plus adaptés à leurs réalités, à leur vécu et au contexte africain. La diversité des modes de vie et des traditions culturelles du Nigéria (201 millions d’habitants, 300 tribus et quelque 500 langues) offre aux réalisateurs du pays une profusion d’éléments dont ils peuvent habilement s’inspirer pour raconter des histoires simples de la vie quotidienne, susceptibles de trouver des résonances auprès des Nigérians ainsi que d’autres publics ayant une culture et un patrimoine similaires, tant en Afrique que parmi la diaspora africaine. Colorées et divertissantes, ces histoires captivent l’imagination des spectateurs; elles font écho à leur expérience de vie, sont fortement moralisatrices et traitent aussi – il faut le dire – de “juju” (sorcellerie).

Les nouvelles générations de cinéastes s’intéressent toutefois à des questions sociales plus délicates telles que le viol (Tango with Me), la violence familiale (Ije) et le cancer (Living Funeral). C’est un fait reconnu que Nollywood exprime à la fois la profondeur et l’étendue de la diversité culturelle de l’Afrique. Les Africains y trouvent un lieu pour raconter leur propre histoire.

SI l’on peut aujourd’hui saluer ces prouesses de Nollywood qui font la fierté de l’Afrique, il faut tout de même noter que le chemin vers ce couronnement n’a pas été sans embûches. En effet, c’est dans les années 1990 que Nollywood prend son envol, notamment avec les comédies vidéos des peuples Yoruba (Ouest du Nigéria). Sauf qu’à cette époque la qualité des films était très basse, normal vu que les producteurs disposaient de peu de moyens. Ce n’est qu’à partir des années 2000 que les films de Nollywood ont commencé à s’exporter sur le continent, grâce à la télévision numérique (communément appelée câble), mais ce qui a véritablement déclenché l’expansion internationale de cette industrie est l’arrivée des diffuseurs sur internet dont le plus emblématique est Iroko Tv, une entreprise fondée en 2011 par Jason Njoku et son associé britannique Bastian Gotter, rencontré lors de ses études à l’Université de Manchester.

L’histoire consultable sur le site Wikipedia raconte que Jason Njoku a fait plusieurs tentatives pour créer ses propres entreprises dans les années qui ont suivi l’université, mais a échoué à chaque tentative. Njoku a été inspiré pour créer Iroko TV lorsqu’il a eu du mal à obtenir des films de Nollywood en ligne pour sa mère, avec qui il vivait à l’époque en Angleterre. Après avoir fait des recherches sur l’industrie de Nollywood et notant le manque d’infrastructure en place pour la distribution internationale des films, Njoku s’est envolé pour Lagos, au Nigeria, et a acheté les licences en ligne des films de Nollywood directement auprès des producteurs. Après avoir conclu un accord avec YouTube en Allemagne, il a utilisé la plate-forme appartenant à Google pour diffuser gratuitement les films sous licence de Nollywood sur sa chaîne, Nollywoodlove. La chaîne est devenue extrêmement populaire et rentable en peu de temps et a fait l’objet d’un certain nombre de reportages dans la presse internationale, notamment CNBC , CNN et Techcrunch.

Le succès de Nollywoodlove a conduit à un investissement réussi du fonds spéculatif américain Tiger Global Management , qui a dirigé un investissement en deux tours totalisant 8 millions de dollars US, ce qui en fait l’un des investissements les plus importants dans une entreprise Dot-com (entreprise numérique) ouest-africaine.

Aujourd’hui, Irokotv travaille avec la plupart des meilleures maisons de production cinématographique de Nollywood et achète les licences en ligne exclusives de leurs films, dans le but de distribuer les films de Nollywood à un public mondial. L’audience de la société se situe principalement dans la diaspora, avec les cinq premiers pays dont les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada (Allemagne) et l’Italie.

Le Cas d’Iroko TV en particulier et de l’industrie Nollywood en général, montrent que l’Afrique a des possibilités de réaliser des merveilles en s’inspirant de sa propre réalité; cela montre que nous devons penser notre développement en fonction de notre réalité anthropologique et sociologique et pas simplement en copiant-collant les modèles de développement appliqués dans les pays les plus avancés.

Il me semble pense que le modèle du capitalisme/libéralisme n’est pas adapté à la «culture économique» de l’africain et c’est l’une des raisons à mon sens pour lesquelles on tarde à se développer.

Dany Menguele

Analyste économique,

Université du Québec à Trois-Rivières