Alors que la cérémonie de tirage au sort des différentes poules de la compétition s’est tenue hier mardi 17 août 2021 au palis des congrès de Yaoundé, plusieurs incongruités menacent encore la possibilité d’une belle fête sportive africaine, voire sa tenue en janvier 2022 au pays de Samuel Eto’o.

Enigme? il n’y a que Infantino, Motsepe et Njoya, respectivement présidents de la FIFA, la CAF et président « intérimaire » de la FECAFOOT, qui sont les seules voix à pourvoir le dire avec certitude, car l’organisation de cette fête du football africain, vraisemblablement encore attribuée au Cameroun, fait l’objet d’enjeux inavoués, mais surtout de mauvais goût pour les adeptes du football camerounais partagés sur la question de l’organisation de cette compétition par le pays de Roger Milla, meilleur joueur africain du siècle dernier. En effet, c’est une succession d’événements troubles qui caractérise désormais cette Coupe d’Afrique à 24 équipes débutée depuis 2019. Rappelons que ladite compétition avait été retirée au Cameroun cette année là au profit du pays des pharaons par Ahmad Ahmad alors président de l’instance faitière du football africain la CAF, quelques semaines après sa réception par le président Biya au palais de l’unité ayant garanti à l’occasion que « la Caf n’avait pas de plan B pour l’organisation de la CAN ».

Gianni Infantino, Président de la FIFA

Un jeu en eaux troubles

Si de l’extérieur, l’on peut se satisfaire des avancées que fait le pays organisateur sur la mise à la disposition de la CAF des infrastructures de jeu ainsi que de toute la logistique devant accompagner la tenue de cette compétition, intérieurement les manœuvres des différentes instances impliquées dans l’organisation de cette compétition ne rend pas toujours compte d’une mosaïque d’actions en faveur d’une belle fête du football au pays des lions indomptables. Cette édition de la CAN est la toute première dans l’histoire du football africain à être co-organisée à la fois par la FIFA et la CAF. Qu’est ce qui justifie, en réalité cette co-organisation?

A cette question l’opinion publique est partagée. Beaucoup y perçoivent une main basse de la fédération du football mondiale sur le football africain. D’autres encore justifient cela par le fait du nombre d’équipes et par ricochet de poules qui augmentent dans la compétition. Par ailleurs, l’instance faitière du football camerounais, la FECAFOOT, ne dispose pas jusqu’à ce jour d’exécutif légal à son actif. En date du 15 janvier 2021, le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) annulait l’ensemble du dernier processus électoral qui avait porté Seidou Mbombo Njoya à la tête de la FECAFOOT. Toutefois, la décision de la FIFA allait plutôt aux antipodes de celle prise par le TAS. « Compte tenu des circonstances du cas en question, et pour les motifs retenus par le TAS, la FIFA considère […] que la nécessité d’assurer une continuité de service jusqu’aux nouvelles élections à organiser dans les meilleurs délais, justifient de laisser aux organes actuellement en place le soin d’assurer l’intérim de la Fécafoot », précisait alors le communiqué de la FIFA.

Dans la même mouvance, la signature de l’accord cadre entre la CAF et la FECAFOOT devant consacrer le Cameroun comme pays organisateur de la CAN n’est pas encore fait jusqu’à ce jour, ce qui signifie littéralement que l’entente entre le Cameroun et la CAF sur l’organisation de ladite compétition n’a aucune existence sur le plan juridique. Pour certains experts et commentateurs du football africain, la FIFA voudrait avoir une marge de manœuvre pour facilement retirer à nouveau cette CAN au Cameroun s’il lui en venait l’intention. Pour d’autres encore, cette signature, si elle avait lieu, ferait objet d’un nième recours auprès de la juridiction arbitrale du sport, car l’exécutif de la FECAFOOT étant déjà invalidé par le TAS. C’est dans ce cafouillage organisationnel que s’est tenu hier au Palais des congrès de Yaoundé la cérémonie de tirage au sort des poules de la compétition, événement très couru par la presse nationale et internationale.

Patrice Motsepe, Président de la CAF

Le jeu des enjeux financiers…?

Une lecture au-delà des simples lignes, laisse percevoir que les enjeux financiers l’emportent désormais sur le jeu sportif. Rappelons que Gianni Infantino, l’actuel Président de la FIFA est un avocat d’affaire de profession, ce qui laisse penser qu’il maitrise plus ou moins parfaitement les circuits financiers de la sphère footballistique dans laquelle il exerce. Patrice Motsepe est un homme d’affaire sud africain, figurant parmi les top 5 des plus grandes fortunes du pays. Il est propriétaire du Mamelodi sundowns football club, le club le plus riche du pays de Nelson Mandela. Ces hautes personnalités du monde du football mondial et continental sont taxées par certaines indiscrétions d’augmenter la croissance de leurs affaires propres à la tête des ces institutions dont la direction leur est confiée. Pour d’autres encore, le club Infantino, Motsepe, Njoya jouent du même côté pour briguer les prochaines échéances électives à la tête de ces institutions. Tout ceci semble expliquer que la CAN total Energie 2022 soit le terroir d’une lutte d’intérêts financiers sans merci, laquelle porte atteinte a l’esprit du sport, qui jusqu’ici a contribué à rapprocher les peuples du monde et en occurrence ceux d’Afrique.