Il y a de cela quelques semaines, une amie m’a contacté pour me proposer un produit qui allait selon elle me permettre d’accéder à la liberté financière. Avant même qu’elle ne puisse continuer son discours, je lui posais aussitôt la question de savoir ce qu’est la «liberté financière», car elle n’était pas la première à me proposer cet idéal. Elle me répondit alors que c’est la capacité pour un individu de ne plus être dépendant d’un emploi pour vivre, de faire ce qui l’intéresse réellement dans la vie et d’être lui-même. Cette liberté s’exprime tant au niveau de la relation à la consommation, au travail, au temps, qu’au niveau du détachement à l’argent lui-même.Très intéressant comme concept lui dis-je. Et quel produit miracle détiens-tu alors pour me conduire à la liberté financière? lui demandais-je. Elle me répondit par la question de savoir si je connaissais les cryptomonnaies, notamment le Bitcoin…Je fis semblant de ne rien connaitre dessus et je répondis non je ne connais pas, qu’est ce que c’est? C’est alors qu’elle m’expliqua que le Bitcoin est une monnaie virtuelle que beaucoup d’entreprises et même certains pays utilisent pour leurs transactions financières. Il serait la monnaie du futur parce qu’il a connu une valorisation spectaculaire en près de 20 ans d’existence.

Le 5 octobre 2009 à la première estimation de sa valeur, il valait à peine 0,001 USD et aujourd’hui il vaut plus de 50.000 USD l’unité. Pour me convaincre davantage, elle ajouta que le CEO de Tesla, le très célèbre Elon Musk aurait acheté des Bitcoin pour sa compagnie pour une valeur de 1,5 milliard d’USD. La société aurait également déclaré qu’elle commencerait à accepter le Bitcoin comme méthode de paiement pour ses produits. Après avoir suivi ce beau tableau sur le Bitcoin, je fis alors cette remarque à mon amie : Si je comprends bien, le Bitcoin a toutes les propriétés d’une monnaie (unité de compte, réserve de valeur et moyen d’échange) comme le dollar américain par exemple… Elle me répondit, oui! Et à moi d’ajouter que si elle remplit les mêmes fonctions que le Dollar américain dont l’émission, la convertibilité et la circulation sont gérées par la Réserve Fédérale, alors qui émet le Bitcoin, c’est quelle banque centrale qui le fabrique? Qui assure sa convertibilité ? Et qui réglemente sa circulation dans l’économie? Mon amie n’avait pas de réponses. Elle me dit que je lui pose des questions d’expert et que je n’ai pas besoin de connaître ces choses pour investir dans le Bitcoin tout comme je n’ai pas besoin de connaître d’où vient le dollar américain pour l’utiliser. Elle me proposa de me mettre en contact avec un des experts de leur compagnie qui pourrait mieux répondre à mes questions et on se sépara.

Cette anecdote que je viens de raconter relève un phénomène qui se développe silencieusement dans les sociétés économiques des pays développés et en développement. On assiste pratiquement à une ruée vers les crypto monnaies par des agents économiques de tous bords. Des traders spécialisés dans les actifs hyper volatiles, aux simples citoyens épargnants, tous semblent avoir trouvé le produit miracle de la liberté financière dans les crypto monnaies, surtout dans le Bitcoin. Il est vrai que la prospérité que connaissent les crypto monnaies depuis leur création est phénoménale, et cela pourrait justifier cet engouement populaire. Mais, qu’est ce qui pourrait expliquer une telle valorisation exponentielle ? Et quel en serait le revers ? Bref les crypto monnaies sont-elles aussi fiables au point où on pourrait y investir son argent?

Selon l’American Institute for Economic Research (AIER), la valorisation exponentielle du Bitcoin s’expliquerait par sa nature «sophistiquée». En effet, le Bitcoin est apparu pour la première fois en 2009 comme un concurrent possible de la monnaie nationale gérée par le gouvernement. Le fonctionnement de cette monnaie virtuelle a été développé par Satoshi Nakamoto et publié dans un livre blanc le 31 octobre 2008. La structure et le langage de ce document montrent clairement que cette monnaie est destinée aux ingénieurs informaticiens, et non aux économistes ni aux décideurs politiques.Par sa nature purement informatique, le Bitcoin n’est donc pas comme les autres actifs financiers traditionnels. Pour l’AIER, le simple fait de le décrire comme un actif est trompeur. Il n’est pas pareil à un titre d’action, ni à un système de paiement, ni même à une monnaie. Certes, il présente des caractéristiques de tous ces éléments, mais il n’est pas identique à eux. En fait ce qu’est le Bitcoin dépend de son utilisation comme moyen de stockage et de transport de la valeur, qui repose à son tour sur des titres de propriété d’un bien rare . Dès lors, la valeur du Bitcoin provient de sa technologie sous-jacente, qui est un grand livre ouvert qui garde la trace des droits de propriété et permet le transfert de ces droits.

Le Bitcoin a réussi à regrouper son unité de compte avec un système de paiement qui vit sur le registre (la blockchain). C’est cette innovation informatique qui lui confère la capacité de valorisation exponentielle.Mais même si le Bitcoin est fondé sur un système sophistiqué, il reste tout de même fragile comme monnaie selon plusieurs experts. D’ailleurs, pour Ben Bernanke, ancien président de la réserve fédérale américaine, le Bitcoin ne pourra jamais remplacer la monnaie conventionnelle (le dollar) et son avenir est incertain pour 4 principales raisons :

1. Le bitcoin est intrinsèquement déflationniste.

Ce n’est pas pour rien que la Réserve fédérale et les autres banques centrales du monde visent une faible inflation dans leurs objectifs de politique monétaire. Au fur et à mesure que l’économie se développe, le montant des dollars dans le système devrait aussi augmenter. Mais si la déflation s’installe, un seul dollar permettra d’acheter plus de biens et services à l’avenir. Cela peut sembler formidable en apparence, mais cela pousse les gens à éviter de dépenser aujourd’hui en sachant qu’ils pourront en acheter plus dans l’avenir, ce qui peut alors conduire à un cercle vicieux de baisse des prix et des salaires. Ainsi, la déflation est mauvaise et il se trouve que Bitcoin est déflationniste parce qu’il y a une quantité limitée de bitcoin en circulation, environ 21 millions. Mais en plus de cela, les gens perdent l’accès à leurs Bitcoins en oubliant leurs clés privées (accès aux portefeuilles Bitcoin). Ces bitcoins ne disparaissent pas du système. N’importe qui peut les retrouver dans le registre public décentralisé, mais ils sont hors de circulation.

2. Le Bitcoin a des défaillances de fonctionnement

La conversion des fonds fiduciaires en Bitcoin coûte cher. C’est logique compte tenu de la volatilité (expliquée ci-dessous) et des contraintes réglementaires… mais cela coûte également de faire passer des Bitcoins d’un portefeuille à l’autre. L’envoi d’un demi-million de dollars de Bitcoin coûte des milliers de dollars en frais. Les mineurs de Bitcoin et les bourses améliorent le réseau… mais ils prennent aussi leur part. Cela rend le Bitcoin moins rentable pour le transfert d’argent.D’un autre côté, le risque des failles de sécurité est relativement élevé. Certes, la Blockchain est un système sûr, mais pour en tirer parti, les humains doivent interagir avec elle. Et nous faisons tous des erreurs. Les transactions sont également irréversibles, sauf si toutes les parties en conviennent autrement. Plus les échanges augmentent, plus les failles de sécurité se multiplient. Il y a place pour davantage d’erreurs et d’autres vulnérabilités comme le piratage social. Par exemple, le Mt Gox et d’autres bourses ont fait faillite. Ils ont perdu leurs utilisateurs pour une valeur de plus de 400 millions de dollars de Bitcoin.

3. Le Bitcoin est extrêmement volatile

S’accrocher à un Bitcoin est un véritable tour de montagnes russes. Il est en hausse de 20 % un mois et en baisse de 40 % le mois suivant. Il est donc difficile pour les détaillants de l’accepter comme moyen de paiement. Ils peuvent essayer de couvrir la volatilité, mais cela réduit leurs bénéfices. C’est une raison souvent invoquée pour expliquer l’échec du Bitcoin en tant que monnaie.

4. Le Bitcoin est énergivore

Pour vérifier les transactions sur le grand livre public (Blockchain), les mineurs de Bitcoin se battent pour résoudre des problèmes de plus en plus complexes. Cependant, ils consomment de grandes quantités d’énergie et cette énergie pourrait être mieux utilisée. La plupart des estimations de la consommation totale d’énergie de Bitcoin en 2018 sont supérieures à 2 GW, soit le besoin en électricité d’un pays comme le Cameroun. Pour mettre cela en perspective, 1 GW est suffisant pour alimenter environ 700 000 foyers pendant un an. A cause de toutes ces failles, plusieurs experts à l’instar de Ben Bernanke et Janet Yellen recommandent la prudence dans l’investissement en Bitcoin. Certains pays dont la Chine, Taiwan, l’Iran, le Canada, le Nigéria et bien d’autres ont d’ailleurs imposé des restrictions sur l’utilisation de la cryptomonnaie pour les transactions.

En Chine, la cryptomonnaie est complètement interdite. Bill Gates, fondateur de Microsoft et bien d’autres patrons de multinationales se montrent aussi réticents à l’égard du Bitcoin. En conclusion, le Bitcoin n’est donc pas le produit miracle de la liberté financière. Il faut d’ailleurs être extrêmement prudent dans l’investissement en Bitcoin.

Dany Menguele, Expert financier UQTR