À la question d’un frère, le retour acquis de Laurent Gbagbo par le régime ivoirien est-il un signe tangible de réconciliation ou d’apaisement ?

On dira d’emblée qu’il n’ y a pas de réconciliation en côte d’Ivoire pour le moment. Au contraire le pays est profondément divisé.La société civile contre le régime en place. Le Nord musulman, pauvre, identifié au régime contre le Sud riche et scolarisé. Les guerres intestines au sein du FPI, aile Afi Nguessan contre fidèles de Laurent Gbagbo désormais divisés avec la création du COJEP, parti politique de Charles Blé Goudé. Le divorce consommé de Gbagbo avec son épouse Simone fait des remous au sein du FPI.La division du PDCI avec le Départ de KKB,nommé par Ouattara pour fragiliser l’ancien allié,le Président Henri Konan Bédié en rupture totale avec Alassane Dramane Ouattara. Et puis ce retour est contesté par une clientèle électorale du RDR (parti de Alassane Ouattara récusant le verdict du tribunal international, apeuré par le retour d’un Gbagbo crédité de grands sondages, dans la scène politique et soucieux de faire diversion sur les véritables auteurs des crimes de masse et crimes contre l’humanité post-électoraux; le camp du FPI ayant été innocenté à la CPI,il faut bien statuer sur les responsables de cette guerre.

Mais ailleurs, les unités politiques vulnérables savent faire bloc contre l’oppression du régime et taire momentanément les querelles de chapelle pour des logiques de survie. (Réalisme en politique contre la « cécité stratégique » des pseudos opposants de certains pays).
Le retour de Laurent Gbagbo est le produit du charisme resté intact et des grâces post-carcérales de l’ancien président acquitté, cumulés à l’audace de ses soutiens diffus de plus en plus exponentiels.( force des idées politiques que l’on ne saurait embrigader,plus Identification partisane associée à l’ivresse d’adoration d’un leader aimé,oint, qui n’a pas besoin de leviers de pouvoir, des brimades ou de monnayer pour être accepté).

L’engouement autour de ce retour est aussi un front des forces opposées à la tentation autocratique du pouvoir de Ouattara. Et par humilité,y compris les adversaires les plus irréductibles de Laurent Gbagbo dont Soro Guillaume,Afi Nguessan, Henri Konan Bédié savent intérieurement et pertinemment que seul Gbagbo est un contrepoids sérieux au régime d’Abidjan qui constitue une véritable menace pour la démocratie,la transparence électorale et le retour à la paix durable et donc au développement. (La connaissance du rapport de force et des capitaux symboliques des leaders en politique. Alliance des tourtereaux. Loin de l’imposture et des auto-glorifications,du repli tribal,de l’égoïsme suicidaire ou du trafic médiatique de la fausse popularité).

En toile de fond il y a la reconstitution de l’ivoirité du fait de la traque de Soro et de la mort de plusieurs Premiers ministres dauphins d’ADO. Cela étant perçu dans le pays réel et au sein du RHDP comme l’épuration des vrais fils du pays à la magistrature suprême au profit de l’extranéité d’un pouvoir d’État népotiste, patrimonial,clanique et finalement burkinaivoirisé.

Il y a aussi derrière cette liesse d’espoir l’alignement derrière un leader populaire qui est souvent porté par le pardon,l’inclusion et le débat avec toute la classe politique d’exilés,de prisonniers, de bâillonnés internes, de réclus au silence de la terreur du régime.( preuve que la magnanimité et l’altruisme payent en politique).

Il y a finalement en dessous de cette adhésion massive autour de Gbagbo l’idée que même en politique, la vérité et la justice immanente triomphent toujours du mensonge et du complot.( preuve d’un besoin de civilisation et de moralisation minimale de la politique au-delà des calculs d’ambition)

Il y a aussi en lame de fond,une guerre symbolique, la revanche héroïque et la renaissance du panafricanisme sur les suppôts locaux de la françafrique.( Signe du craquement de la tutelle post-coloniale,du besoin d’auto-détermination des peuples et d’un rejet populaire de l’extraversion de l’État en Afrique).

Cette popularité prouve en définitive que Alassane Ouattara a déçu les espoirs placés en lui depuis deux mandats et que Laurent Gbagbo pouvait avoir raison de revendiquer cette victoire électorale en 2010. ( Le véritable tribunal de l’histoire c’est le temps).

Roland Ekodo, Politiste