Mida, Q-net, chymol, ils sont nombreux les appâts séducteurs déployés au nom du marketing de réseau pour tromper les personnes avides du gain facile, la formule est toute simple…tu dors, ton argent travaille….seulement au réveil ton argent n’est tout simplement plus là. L’expert financier Dany Menguele de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) revient sur la question dans une analyse approfondie.

Le 14 avril 2021, Bernard Madoff, auteur de la plus grande escroquerie financière de l’histoire, mourait à 82 ans dans le pénitencier de Caroline du Nord où il purgeait une peine de 150 ans de prison. En effet, le 12 décembre 2008, il avait été arrêté et inculpé par le FBI pour avoir réalisé une escroquerie de type « Ponzi », qui pourrait porter sur 65 milliards de dollars américains. Il a été condamné le 29 juin 2009 à 150 ans de prison, le maximum prévu par la loi.

Malgré cette lourde condamnation, il semble que Bernie Madoff ait abondamment inspiré une nouvelle génération d’escrocs modernes, surtout en Afrique, car bien que son affaire ait attiré l’attention de millions d’investisseurs sur la sournoise des escroqueries de type «Ponzi», il est toutefois regrettable de constater qu’aujourd’hui, en 2021, de millions de personnes se font encore prendre par des escrocs de la trame de Madoff.

Mais qu’a-t-il fait et comment son «ingéniosité» continue-t-elle de porter des fruits dans nos sociétés africaines aujourd’hui ?

Un article du journal français «Le Monde» publié le 19 décembre 2008 nous renseigne que Bernard Madoff était une légende de Wall Street, ainsi qu’une incarnation du rêve américain. Ce maître-nageur à Long Island a créé son fonds d’investissement à l’âge de 22 ans, avec 5 000 dollars. Réputé intuitif, ultra-rapide mais aussi très «éthique», il avait fini par s’imposer dans la communauté financière au point de devenir président du Nasdaq, la prestigieuse Bourse des valeurs technologiques, de 1990 à 1991. Mondain, jovial, il parvenait à capter la confiance de ses futurs clients. Figure de la communauté juive new-yorkaise, le «génial» financier était très présent dans les activités caritatives et culturelles.

M. Madoff recevait par le biais de son fonds (Bernard Madoff Investment Securities) des capitaux à gérer, qu’il investissait dans des hedge funds (fonds d’investissement à risque), dont la performance était réputée supérieure à la moyenne. Lorsque la performance n’était pas au rendez-vous, au lieu de diminuer le rendement distribué aux investisseurs, il prenait tout simplement l’argent des nouveaux investisseurs et l’utilisait pour payer les anciens. De ce fait, il donnait l’impression d’une performance exceptionnelle, sur la base de laquelle il attirait de plus en plus d’investisseurs, mais année après année, il dilapidait le capital que ceux-ci lui avaient confié. Cette façon d’opérer s’apparente au système ou pyramide de Ponzi.

Pour rappel, le système de Ponzi consiste à prendre l’argent appartenant à un investisseur pour payer de faux rendements à d’autres investisseurs ou simplement pour rembourser les investisseurs qui veulent récupérer leur argent. Le responsable de ce système peut ainsi donner une fausse impression que l’argent investi par ses clients rapporte de bons rendements et qu’il n’y a aucun problème pour récupérer l’argent investi. Le plus souvent, une fraude à la Ponzi est découverte une fois que le fraudeur a disparu ou qu’il ne peut plus répondre aux demandes de retrait des placements. Il est alors trop tard puisqu’il n’y a plus d’argent dans les comptes.

Ainsi donc, quand la crise boursière éclate en septembre 2008, un nombre impressionnant d’investisseurs veulent récupérer leur argent pour ne pas perdre leur épargne. Sauf que c’était beaucoup trop en même temps pour Bernard Madoff qui ne pouvait pas rembourser leur argent parce qu’il n’en disposait plus. Il a donc fait part de la situation à son fils, qui a prévenu les autorités, et le 11 décembre 2008, il était arrêté par le FBI.

De riches particuliers, de grandes institutions financières (américaines, japonaises, suisses, espagnoles, françaises, britanniques…), des fondations comme celle du Prix Nobel Elie Wiesel ou du cinéaste Steven Spielberg figurent parmi les perdants. Certains de ces investisseurs avaient directement confié leurs fonds à la société de M. Madoff. D’autres ont confié des sommes d’argent à des fonds d’investissement qui les avaient placés chez M. Madoff.

La banque espagnole Santander était la plus exposée à la fraude : elle a perdu 2,33 milliards d’euros. Côté français, Natixis a évalué à 450 millions ses pertes, BNP Paribas à 350 millions, AXA à 100 millions, Dexia à 85 millions. Le Crédit agricole, Groupama et la Société générale ont enregistré un préjudice de 10 millions d’euros.

En France toujours, l’Autorité des marchés financiers (AMF) estimait que les pertes des petits épargnants avaient atteint 40 millions d’euros. Selon le secrétaire général du régulateur boursier à cette époque, Gérard Rameix, «une centaine de fonds français avaient effectivement acheté des fonds Madoff».

Ces évènements de «l’affaire Madoff» qui se sont déroulés en 2008 avaient suscité l’indignation de toutes les grandes places financières et les différents régulateurs des marchés financiers ont multiplié des messages et des mesures pour alerter les investisseurs sur les risques d’escroquerie récurrents dans les milieux de la finance. Il est donc un peu «surprenant» de voir à quel point la «technique» de Madoff continue à porter des fruits dans certaines places financières, notamment en Afrique où les escrocs de tout bords se font fortune sur le dos des populations pauvres en leurs proposant une panoplie de placements dont le système de rémunération est identique à celui de la pyramide de Ponzi.

Dans un pays comme le Cameroun, des entreprises telles que LIYEPLIMAL, CHYMALL, MIDA, LONG RICH, QNETT s’inspirent fortement de ce système de Ponzi pour arnaquer leurs victimes. Ils proposent plusieurs types de produits et services (formations, produits alimentaires, cryptomonnaies), mais la technique d’arnaque est la même.

On se rappelle tous qu’en 2018, le scandale de MIDA éclatait au grand jour; et lorsqu’on reconstitue les faits qui ont aboutit au scandale, on se rend compte que le schéma est identique à celui de Bernard Madoff. Un article publié le 18 décembre 2018 dans le journal camerounais «Cameroun Tribune» relate que «Des investigations menées par le gouvernement ont rapporté que MIDA opérait à Yaoundé depuis septembre 2017. Elle proposait une formation relative à la prévention des crises civiles et militaires aux jeunes, contre une contribution de 12.000 FCFA. A la fin de la formation, une somme de 70.000 FCFA était rétrocédée à chaque participant pour soutenir son projet d’insertion économique.

Appâtés par le gain facile d’argent, ils étaient des milliers de camerounais à avoir souscrit à ces formations, participant même à plusieurs sessions. L’organisation offrant à chacun la possibilité d’inscrire un nombre indéterminé de personnes et de toucher des commissions non négligeables sur chacune d’elles, c’est par villages entiers que d’aucuns procédaient pour multiplier au maximum leurs mises. Un jeune homme rapportait par exemple qu’il avait investit 5 millions de FCFA parce qu’il espérait récolter 25 millions au bout de de quelques semaines».

Au sujet de QNETT, un article publié le 3 mai 2010 sur le site des observateurs de la chaîne de télévision France 24 rapporte qu’au Burkina Faso, les gens de QNETT commercialisaient deux produits. Le Bio Disc d’une part, un filtre qui permettrait d’énergiser l’eau et présenté comme un remède miracle, et le ChiPendant d’autre part, un pendentif qui éloignerait les mauvaises ondes (portable, micro-onde, etc.) et qui permettrait d’améliorer sa forme de façon spectaculaire. QNETT expliquait à ses victimes que revendre ces produits pouvait les rendre riche. L’achat du premier Bio Disc, ou du premier ChiPendant, était certes très onéreux, 325 000 F CFA (495 euros) mais, selon eux, leurs victimes pouvaient rentrer rapidement dans leurs frais. Car dès qu’ils recrutaient deux personnes pour revendre ces produits, ils gagneraient 30 000 F CFA. Ensuite, ils devraient toucher une commission sur chaque nouveau revendeur qu’ils attireraient, mais aussi sur les revendeurs qu’eux même auraient recruté. D’après QNETT, ils devraient ainsi devenir riche très vite.

Lorsqu’on fait des recherches sur QNETT dans l’encyclopédie Wikipedia, il est clairement expliqué que cette société, de son vrai nom QuestNet pratique la vente «pyramidale», un système qui lui permet d’arnaquer les vendeurs de ses produits. En résumé, QuestNet fait croire à ses vendeurs qu’ils parviendront à trouver facilement des revendeurs sur lesquels ils toucheront des commissions. Or c’est faux. Le système peut effectivement permettre aux tous premiers vendeurs de gagner un peu d’argent, en profitant de la crédulité de leurs proches. Mais, très vite, le nombre de vendeurs est trop important et il n’y a plus assez d’acheteurs pour écouler les produits QuestNet. L’immense majorité des gens qui achètent très cher le Bio Disc ou le ChiPendant n’ont donc aucune chance de recruter assez de vendeurs pour rentrer dans leur investissement.

Pour le cas de LYEPLIMAL, il faut rappeler que cette société est considérée comme illégale, selon un communiqué de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF) daté du 21 octobre 2020. Suite à plusieurs plaintes de fraudes des enquêtes ont été menées par le gendarme des marchés financiers de l’Afrique centrale, et lorsqu’on étudie ce cas de près, on se rend compte que la technique est la même (système de Ponzi), juste que le produit est différent (cryptomonnaies). Les arnaqueurs dans ce dernier produit semblent avoir la même approche selon un analyste de l’autorité des marchés financiers en France (AMF).

Tout d’abord, ces escrocs contactent leur future victime par email ou téléphone, après que celle-ci ait laissé ses coordonnées sur un site proposant d’investir dans des « crypto-monnaies ». Ils font d’abord preuve d’une grande amabilité et cherchent à instaurer un climat de confiance. Leur discours est toujours très élaboré. Ils insistent sur l’essor récent des « crypto-monnaies », notamment du Bitcoin, et font miroiter une monnaie 2.0 aux rendements très attractifs.

Pour paraître plus sérieux encore, certains proposent des formations en ligne (par exemple de trading sur le Bitcoin). On avait déjà vu cela avec les arnaques sur le Forex… L’escroquerie se confirme lorsque vous êtes dans l’impossibilité de récupérer vos fonds. Il est alors trop tard ! Vos interlocuteurs sont injoignables ou trouvent différents prétextes pour ne pas vous rendre votre argent (somme bloquée pour une durée minimale, problème technique…). Dans certains cas, ils vous incitent même à effectuer d’autres versements (paiements de taxes…).

Pour conclure, les adeptes du gain facile se feront toujours prendre par ces escrocs modernes qui se multiplient de plus en plus. Tout comme Bernard Madoff, ces escrocs se déguisent en anges de lumière pour tromper la vigilance de leurs victimes. Ils se présentent toujours comme des gens investis d’une mission de lutte contre la pauvreté. C’est regrettable de le dire, mais en Afrique, et au Cameroun en particulier, plusieurs personnes pensent qu’ils peuvent devenir riches en prenant des raccourcis. C’est de l’utopie! La vraie richesse se bâtie par le travail, la persévérance en s’appuyant sur la grâce de Dieu. Soyons donc vigilants, les escrocs sont dehors!

Dany Menguele