Véhicule de l’armée tchadienne

Dans un communiqué signé le 30 mai 2021, le ministre des affaires étrangères, de l’intégration africaine et des tchadiens de l’étranger Chérif Mahamat Zene, dit prendre la communauté internationale à témoin face à ce qu’il qualifie de « crime de guerre » sur des soldats tchadiens et commis par les forces armées centrafricaines.

Alors que le Tchad est encore agité par les tensions politiques entourant la mort du Maréchal Idriss Deby Itno, les Forces Armées Centrafricaines (FACA) sont accusées par les autorités de N’Djamena du meurtre de six soldats tchadiens dont cinq qui auraient été enlevés puis exécutés lors de l’attaque d’un poste frontalier entre les deux pays. Dans sa sortie du 30 mai, N’Djamena a martelé que ce « crime de guerre » ne restera pas impuni. « Les Forces Armées Centrafricaines ont attaqué dimanche matin le poste avancé de Sourou, en territoire tchadien (…), tué un soldat tchadien, en ont blessé cinq, et cinq autres ont été enlevés pour être ensuite exécutés à Mbang, du côté centrafricain de la frontière », affirme alors le ministre des affaires étrangères du gouvernement de transition tchadienne, Chérif Mahamat Zene.

Selon l’AFP citant un haut responsable des services de sécurité tchadiens, un peu plus tôt le dimanche 30 mai, les FACA étaient engagés dans la poursuite, au-delà de leur frontière, des combattants de l’Unité pour la Paix en Centrafrique (UPC). Ce groupe armé est l’une des puissantes rébellions qui contrôlent une partie du territoire centrafricain. En effet, l’UPC est affilié à la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), un mouvement rebelle qui depuis décembre 2020 tente de renverser le régime démocratique du Président Faustin Archange Touadera récemment réélu à la tête du pays.

Chérif Mahamat Zene, ministre des affaires étrangères, de l’intégration africaine et des tchadiens de l’étranger du gouvernement de transition.

Face à ces accusations d’une extrême gravité, Bangui, à la suite de N’Djamena, a évoqué « des échanges de tirs  » et des « morts des deux côtés ». Dans leur communiqué, les autorités centrafricaines n’ont pas manqué de « déplorer les pertes en vie humaine et les blessés au sein des armées tchadiennes et centrafricaines ». Bangui affirme que les rebelles centrafricains que ses soldats poursuivaient sont les véritables responsables des exactions commis sur les soldats tchadiens. Les autorités centrafricaines ont d’ailleurs réaffirmé leur volonté de consolider les relations « entre les deux peuples frères » et propose ainsi à Ndjamena « une mission d’enquête conjointe » sur cet incident.

Dans le paysage institutionnel camerounais, cette crise ne semble pas être prise avec toute l’attention qu’elle devrait avoir. Il faut noter qu’une escalade entre ces deux pays membres de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) porterai un coup dur à la stabilité de la sous-région déjà confrontée à plusieurs défis sécuritaire. Le positionnement géographique du Cameroun dans la Sous-Région et singulièrement aux côtés du Tchad et de la République Centrafricaine, lui fera inévitablement subir des séquelles d’une éventuelle crise diplomatique et pire encore une escalade armée, tel que l’ont déjà suffisamment démontré les attaques de la secte terroriste Boko Haram dans l’extrême nord, de même que les incursions sanglantes des rebelles centrafricains Seleka et anti Balaka à l’Est du Cameroun. Le député camerounais Cabral Libii, dans une sortie faite le 31 mai dans son compte officiel facebook, invitait, les autorités camerounaises à se pencher de façon plus attentive sur ce qui se passe chez les voisins. « Le Cameroun devrait alors prendre ses responsabilités diplomatiques en veillant notamment à ce que nos frères centrafricains ne se retrouvent pas dans une escalade aux conséquences imprévisibles », affirmait alors Cabral Libii.