Cela fait 01 an jour pour jour que Mgr Emmanuel Dassi Youfang a été nommé Evêque de Bafia. Un anniversaire qui tombe cette année en la fête de l’Ascension et de la fin du mois du Ramadan, dans un diocèse où chrétiens et musulmans cohabitent dans un vivre ensemble remarquable. Le fils des hauts plateaux de l’ouest était envoyé par le Pape François dans les plaines du Mbam pour annoncer l’évangile.

 C’était le 13 mai 2020, en la fête de notre Dame de Fatima, la nouvelle tombait du Saint Siège pour les fidèles du diocèse de Bafia, Mgr Emmanuel Dassi Youfang, alors Evêque auxiliaire de Bafoussam était nommé par le Saint Père François, nouvel Evêque de Bafia. Celui qui a pour devise épiscopale « Faites tout ce qu’il vous dira » accueillait la nouvelle avec une certaine surprise et une grande humilité.

Mgr Emmanuel Dassi livrait ses premières impressions après sa nomination par le Pape François comme Evêque de Bafia (13 mai 2020)

Il faut le rappeler, la nomination de Mgr Emmanuel Dassi Youfang à la tête du diocèse de Bafia intervenait trois ans après l’assassinat de Mgr Jean Marie Benoît Bala qui présidait aux destinées de ce diocèse jusqu’à la tragique nuit du 31 mai au 01 juin 2017.  

Si le diocèse de Bafia après 03 ans sous administration apostolique de Mgr Abraham Komé a retrouvé la sérénité de la vie pastorale, l’ombre du départ brutal de Mgr Jean Marie Benoît Bala ne s’est pas complètement estompé. Les défis du diocèse demeurent immenses et c’est conscient de ces réalités que Mgr Emmanuel Dassi Youfang avait pris possession de la cathèdre de Bafia le 11 juillet 2020, jour où l’Eglise fait mémoire de Saint Benoit, le père du monachisme occidental et Saint patron de son prédécesseur. Coïncidence ou signe du ciel, les hommes aux yeux de foi ont sans doute la réponse. Toujours est-il que pour son premier anniversaire comme pasteur du diocèse de Bafia, Mgr Emmanuel Dassi Youfang célèbre cette grâce accueilli il y a un an, ce 13 mai 2021, dans la solennité de l’Ascension qui coïncide cette année avec la fête musulmane du Ramadan, dans un diocèse qui couvre un territoire habité par une forte population musulmane. Un signe des temps qui ne manquera pas d’attirer l’attention de ceux qui scrutent les signes de Dieu qui se manifeste toujours dans l’Unité de ceux qui le confesse.

En cette année dédiée à Saint Joseph dans toute l’Eglise, l’occasion est donnée aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté de redécouvrir les vertus et les traits de sainteté du saint père adoptif de Jésus. Joseph, un homme juste au silence retentissant et dont les évangiles ne mentionnent aucune parole. Un homme d’action, qui se caractérise par ce qu’il a fait à l’écoute de la parole de Dieu. Ce saint patriarche aura particulièrement marqué Mgr Emmanuel Dassi Youfang par son sens de l’action, sa docilité à Dieu et sa fidélité à sa vocation de père nourricier du Sauveur. A l’occasion de sa visite pastorale à la Paroisse Saint Joseph de Ntui le 19 mars 2021, le père Evêque de Bafia a ainsi livré à la communauté chrétienne une catéchèse riche d’actualité sur le Saint protecteur de l’Eglise Catholique. En ce jour d’anniversaire de sa nomination comme pasteur du diocèse de Bafia, le journal le Chemin revient sur le regard de Mgr Emmanuel Dassi Youfang sur Saint Joseph.

Saint Joseph et la primauté de la charité sur une lecture inique de la loi

Parlant de Saint Joseph Mgr Dassi, souligne la primauté de la charité sur la loi dans un monde où la violence psychologique et physique envers la femme explose. Joseph incarne le masculin dans le sommet de sa responsabilité de protéger.  Devant l’annonce de la grossesse « inattendue » et hors mariage de Marie, Joseph qui n’est pas le père biologique de l’enfant attendu opte sans nuance ni nuage pour la sécurité et la protection de Marie, plutôt que de céder aux ragots, et aux lois d’une société hypocrite et violente. Pour Mgr Dassi, Joseph est un être de discernement, qui laisse Dieu éclairé son jugement et qui ne cède pas à la tentation de l’accusation facile et injuste. Face au drame qui se préparait pour Marie, Mgr Dassi pose une question déterminante pour la conversion de chaque chrétien : « Combien d’hommes auraient eu cette délicatesse ? »  La prudence bienveillante de Joseph est pour le père évêque de Bafia « la preuve qu’avant même l’intervention divine, Joseph était un homme juste à l’instar d’Abraham le père des croyants ». Comparant le choix de Joseph à l’intercession d’Abraham pour éviter la destruction de Sodome et Gomorrhe noyées dans le péché, Mgr Dassi fait remarquer le désir sincère, et la volonté pleine de miséricorde d’Abraham d’agir pour le salut du genre humain. Joseph s’inscrit dans la lignée des hommes justes qui malgré l’ampleur du mal qui subsiste, demeurent attacher à Dieu. Il intercède comme Moise autrefois pour que l’extermination du peuple ne survienne.

Joseph, le juste qui ne renonce jamais à être bon

« Joseph est à l’aune des temps nouveaux la figure représentative de tous les justes qui l’ont précédé dans l’ancien testament », et en cela il assume pleinement son titre et sa lignée de fils de la maison de David. Pour Mgr Dassi, le juste est celui qui même dans les situations d’injustices continue à être bon. En d’autres termes, le juste est celui qui ne renonce jamais à être bon. Rappelant les paroles du pape François, Mgr Dassi relève que « bien des fois, des évènements imprévus surviennent dans nos vies. Mais très souvent notre réaction c’est de plonger dans la confusion, la colère et la volonté de sévir ». La grande sagesse que Joseph nous enseigne c’est de savoir « laisser de coté l’étonnement pour faire place à ce qui arrive, aussi mystérieux que cela puisse paraitre à nos yeux. » Savoir accueillir et assumer la responsabilité à laquelle chaque évènement nous invite. L’une des caractéristiques – et non les moindre – de Joseph, « c’est qu’il sait être toujours à l’écoute de Dieu » rappelle Mgr Dassi. « Jour et nuit, Joseph est à l’écoute de Dieu, et c’est le propre des hommes justes. C’est pourquoi même dans son sommeil, il a pu percevoir ce que Dieu lui disait de faire dans cette situation ». Joseph était attentif à ce que Dieu lui demandait de faire. « Joseph est l’homme de l’écoute constante du Seigneur, en véritable homme de foi » ; toute chose qui va lui valoir d’être choisi par Dieu. Confiant en Dieu, Joseph prend Marie comme épouse et accompli ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit, c’est-à-dire : donner le nom de Jésus à l’enfant. En donnant le nom à l’enfant, Dieu donne à Joseph d’assumer la paternité de son fils : une grâce inouïe. De sorte que, dans toute la société, Jésus sera reconnu et désigner comme le fils du charpentier de Nazareth. Le fils de Dieu fait homme sera ainsi appelé par toute la société comme fils de Joseph. Ce faisant « Joseph ne disparait pas de la vie de Jésus comme certains pères qui une fois l’enfant reconnu disparaissent de la vie de leur progéniture, pour réapparaitre des années plus tard quand leur enfant est devenu soit préfet, homme d’affaire ou une célébrité. » De fait Joseph assume sa plus haute responsabilité humaine, celle de père.

Joseph et le sens sacré de la responsabilité

S’inspirant des paroles du pape François, Mgr Dassi souligne que la grandeur de Joseph c’est d’avoir assumé aux cotés de Marie la fonction et la responsabilité de père adoptif de Jésus à l’aube de notre salut. La mission de Joseph se prolonge dans l’Eglise. Marie trouve en Joseph l’homme de confiance qui s’occupera d’elle et de son enfant sous le regard de Dieu. En ce sens Joseph est le gardien de l’Eglise, car l’Eglise est le prolongement du corps du Christ dans l’histoire et en même temps dans la maternité de marie est esquissée la maternité de l’Eglise. Ainsi, Joseph en continuant de protéger l’Eglise, continue de protéger l’enfant et sa mère. Pour Mgr Emmanuel Dassi, l’intimité de Saint Joseph avec son fils adoptif l’enfant Jésus est une clé qui peut nous fait comprendre la puissance de l’intercession de Saint Joseph. Comme il l’a été pour l’enfant Jésus, Saint Joseph est choisi comme l’ombre du Père éternel à nos côtés dans ce monde. Car il a été choisi par Dieu pour manifester sa propre paternité, d’abord envers son fils, et à travers lui, envers lui tous ceux qui deviennent ses enfants. Mais on ne peut réellement expérimenter les bienfaits de la paternité de Saint Joseph sans l’imiter vraiment. Nous sommes invitées plus que jamais à imiter les vertus de saint joseph pour réussir notre marche dans ce monde. Et l’une des vertus fondamentales de Saint Joseph, c’est sa soumission inconditionnelle et constante à la volonté de Dieu. D’ailleurs l’évangile le témoigne : « Joseph fit ce que l’ange lui avait prescrit ». Mt1,24. Aujourd’hui nous avons plus que les songes : la parole de Dieu. Il faut donc se plonger dans la parole de Dieu pour la vivre plutôt que de s’accrocher aux songes sans discernement précise Mgr Dassi.

Joseph, maitre de la docilité et de l’obéissance à Dieu

Mgr Dassi insiste : « Joseph nous apprend la docilité à la volonté de Dieu. C’est la docilité de Joseph à Dieu qui le caractérise dans les évangiles. Une docilité qui apparait avec force après que Dieu ait demandé à Joseph de prendre Marie et l’enfant Jésus et de s’enfuir en Egypte pour échapper au projet d’Hérode contre l’enfant nouveau-né ». L’Egypte perçu dans l’imaginaire juif comme le lieu de la servitude et de l’esclavage. C’est pourtant en Egypte que Joseph est appelé à s’y rendre, fuyant la tyrannie meurtrière d’Hérode, alors qu’autrefois, fuyant la tyrannie de Ramsès le pharaon égyptien, le peuple juif traversait la mer rouge sous la conduite de Moïse. Jusqu’au bout Joseph obéit à Dieu. « Imiter Saint Joseph c’est apprendre à obéir à Dieu, et c’est le b.a.-ba de notre vie de foi » affirme Mgr Emmanuel Dassi Youfang. « Nous savons ce que Dieu attend de nous, chacun selon son état de vie et cela depuis l’âge de raison. Nous connaissons quels sont nos devoirs d’état ». Et Mgr Dassi de citer le pape François : « Dans chaque circonstance de sa vie, Joseph à su prononcer son fiat (son « Oui ») tout comme Marie. »  Le père évêque de Bafia le martèle : « Nous devons apprendre que c’est un bonheur de dire oui à la volonté de Dieu.  Mais il est vrai que dire « Oui » à la volonté de Dieu c’est encore plus difficile quand on est dans les situations difficiles ». Or Joseph comme Abraham nous l’ont montré, « c’est dans les situations critiques que l’on voit qui sait dire vraiment « oui » à la volonté du Seigneur dans sa vie. » Si les situations difficiles sont des moments d’épreuves, Mgr Emmanuel Dassi Youfang invite les chrétiens au courage créatif qui sait transformer les épreuves en opportunités en faisant toujours confiance à la providence divine. Et de conclure : « Saint Joseph est l’homme du concret : la foi c’est du concret ; et c’est en cela que Saint Joseph est le patron des travailleurs et le modèle des pères. Joseph nous apprend à être concret ».

B. Armel Simeu