L’annonce a été faite par les forces armées tchadiennes dans un communiqué diffusé en direct à la télévision nationale.

Le Président Idriss Déby , annoncé vainqueur de la dernière élection présidentielle avec plus de 76% des voix dès le premier tour, a rendu son dernier souffle à N’djamena ce mardi 20 avril 2021, de retour d’un front de combat contre les forces rebelles du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT). Cette nouvelle rébellion partit du sud de la Lybie quelque jours plutôt faisait route vers N’djamena et annonçait depuis le 18 avril que ses colonnes étaient au bord de la capitale tchadienne. Les autorités tchadiennes avaient dans un premier temps minimiser le risque et parlait d’un groupe terroriste qui « sera rapidement maitrisé ». De retour de l’investiture présidentielle du Président congolais Denis Sassou Nguesso nouvellement réélu, le Président Idriss Deby Itno qui cumulait 30 ans de pouvoir et qui depuis quelque mois s’était fait Maréchal, avait décidé de prendre la tête des forces armées tchadiennes pour contrer les avancés des forces rebelles. C’est suites à de sérieuses blessures au front des combats que le Président-Maréchal s’est éteint ce mardi 20 avril à Ndjaména.

Idriss Deby Itno, c’est un parcours fulgurant. Fils de berger de l’ethnie zaghawa, diplomé d’aéronautique, militaire de formation et de carrière, issu de l’école de guerre interarmées en France, il prend la tête du Tchad le 02 décembre 1990 avec l’appui de la France suite à un coup d’État qui renversa le régime du Président Hissène Habré. Nommé 08 ans plutôt Commandant en Chef des forces armées de Nord (FAN), une rébellion conduite par Hissène Habré avec qui il collabora pour renverser le Président Goukouni Oueddei. Idriss Déby sera fait Colonel et chef adjoint des armées tchadiennes avant d’être appeler à la Présidence de la République comme Conseiller spécial d’Hissène Habré pour la défense et la sécurité. Les tentions entre Idriss Deby et son compagnon de rébellion devenu Chef d’Etat vont s’accroitre et déboucher sur une tentative de coup d’État en 1989. L’échec de la tentative de renversement d’Hissène Habré va pousser Idriss Deby et ses cousins à s’enfuir vers le soudan puis la Libye où il sera accueilli et protéger par le Colonel Kadhafi. En 1990, Idriss Deby crée la Mouvement patriotique du Salut (MPS) qui deviendra son bras politique dans la conquête et la conservation du pouvoir.

Ces dernières années le Président Deby s’était engagé dans une lutte sans repos contre les forces terroristes de Boko Haram et les autres groupes djihadistes dans le Sahel. Son implication d’homme de terrain avait hissé le Tchad en première ligne dans la lutte contre le terrorisme dans le sahel. L’armée tchadienne qui s’est particulièrement modernisée sur Idriss Deby grâce aux recettes issus de l’exploitation du pétrole, c’est engagée sur plusieurs fronts de combat dans le cadre du G5 Sahel et de la force multinationale mixte des grands lacs créée le 23 mai 2016 à N’Djamena. Critiqué sur les questions de droits de l’homme et considéré par de nombreuses capitales occidentales comme un dictateur, Idriss Deby dirigeait son pays d’une main de fer, entouré par son clan familial ; nommant ses enfants, ses cousins et beaux frères à des postes clés de l’Etat, et assurant la stabilité de son pouvoir par des jeux d’alliances entre tribus souvent conclues par des mariages avec des épouses issues de ces tribus stratégiques.

Dans un pays particulièrement marqué par les difficultés économiques, et l’instabilité à ses frontières avec la Libye et le Soudan, Idriss Deby avec le soutien de la France à travers l’opération épervier (présence militaire française au Tchad) était un maillon clé de l’opération Barkhane. Il avait jusqu’ici trouvé le compromis suffisant pour assurer sa longévité à la tête du Tchad. Sa mort ce mardi 20 avril 2021, survint au lendemain de la proclamation de sa victoire à une élection présidentielle à laquelle il se présentait pour un sixième mandat et qui avait été privée de la plupart des opposants politiques sérieux. Un départ brusque qui plonge le Tchad dans une incertitude totale. Certains médias locaux contestent déjà la version officielle donnée par l’armée tchadienne et des rumeurs d’assassinat venant de ses proches généraux de la garde républicaine circulent à N’Djamena et sur les réseaux sociaux, alourdissant un peu plus l’atmosphère politique et sécuritaire. Son fils, le Général de corps d’armée Mahamat Idriss Deby Itno, est annoncé à la tête d’un conseil militaire de transition, tandis que des milliers de Tchadiens fuient la capitale et ses envirions pour se refugier au Cameroun voisin en attendant l’accalmie.

Mahamat Idriss Deby Itno, fils du Président Idriss Deby Itno

Brice Armel Simeu