Célestin Bedzigui rend hommage au Pr. Mendo Ze décédé le 09 Avril 2021.

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L’ex-directeur général de la chaîne de télévision publique camerounaise, la Crtv, est décédé le 09 avril 2021 des suites de longue maladie à l’hôpital central de Yaoundé. Le Pr. Gervais Mendo Ze était un homme de lettres, écrivain, universitaire, auteur-compositeur, producteur de cinéma, et éminent homme de culture. Il avait dirigé la Crtv pendant 17 ans de 1988 à 2005 avant de faire son entrée au Gouvernement comme ministre délégué à la Communication. A la suite de l’opération anti-corruption « opération épervier » déclenchée en 2006, Il est limogé du Gouvernement. En 2014, Gervais Mendo Ze fût condamné à 20 ans de prison ferme pour détournement de derniers publics lorsqu’il tenait les rênes de la Radiotélévision nationale.

Dans une lettre ouverte, S.M. Célestin Bedzigui, 1ier Ajoint au Maire de la commune de Monatele et président du PAL lui rend un dernier hommage.

S.M. Célestin Bedzigui, 1ier Adjont au Maire de la commune de Monatele, Predisent du PAL

Comme un grand arbre de la forêt

Lorsque dans la forêt, terrassé par les éléments, un grand arbre s’écroule, un silence profond s’ensuit. C’est l’hommage orphelin de sons et de bruits que dame nature rend à celui dont elle s’est parée des beautés et splendeurs le long de temps immémoriaux.

Le Pr Mendo a été un de ces grands arbres de la forêt de nos vies, dont nous aurons respiré la fraîcheur du génie et nous serons abreuvés de la générosité de cœur étalées dans ses pensées et ses écrits, et surtout, dans ses productions musicales qui ont entrouvert les fenêtres des beautés de la Cité de Dieu augustinienne aux esprits d’un grand nombre d’entre nous. « Assimba », miracle en langue Ekang, aura été comme un étendard conquérant des légions romaines défiant les conventions qui auraient enfermé cet haut commis ou cet intellectuel couronné de tous les lauriers dans la rigidité hiératique de ses fonctions officielles. Il a plutôt choisi d’ offrir au peuple, que dire, au monde entier, sa merveilleuse âme d’enfant qui s’étalait à travers les manifestations de son talent et de sa fougue en offrant ces spectacles uniques et ineffables de la direction de chœur de cette chorale par laquelle il nous léguera une part si précieuse de nos émotions des deux dernières décennies.

C’est en effet à travers cette production musicale qu’on pouvait le mieux accéder à la profondeur et à l’immensité de l’âme de ce « grand phare » baudelairien qui nous aura accordé le privilège d’être son contemporain. Mon troisième œil l’avait accroché tout au début des années 70. J’étais alors jeune étudiant à Ngoa Ekelle et lui jeune enseignant fraîchement revenu des études . Un jour par hasard, nous avons cheminé à pied quelques minutes pour remonter des facs vers le « Château », moi pour prendre le bus universitaire, et lui certainement un taxi. Il m’a adressé la parole avec cette petite voix d’enfant, en vérité, une voix d’ange qui révélait son âme… Je ne l’ai jamais oubliée. Nous nous retrouverons une vingtaine d’années plus tard, dans son bureau de Directeur Général de la CRTV, recevant le Directeur Général de la Sacherie que j’étais devenu. Et je me suis retrouvé dans la même ambiance perpétuelle à la Peter Pan, avec cet autel d’une belle statue mariale qui ornait le coin gauche du local… Son cœur d’enfant semblait surnager au dessus des années et de la fonction. Et pourtant en manager avisé des vicissitudes de la gestion des entités commerciales que j’étais, je suis ressorti de notre entretien avec une inquiète intuition, me demandant si cette âme d’enfant avait la vigilance cognitive et la maîtrise des outils de contrôle du mastodonte qu’était l’ entreprise qu’il dirigeait. Je le voyais mieux à la tête d’une académie des musiques sacrées de notre pays, ou d’une chaire d’humanités modernes, loin des flux financiers , des influences et des enjeux politiques que comportaient sa fonction… Ce Savant au sens réel n’était pas à sa place sur ce fauteuil de technocrate. Et de l’y avoir porté et maintenu si longtemps constituait une exposition à un risque majeur, entretenu dans notre pays par l’idée que tout le monde peut tout faire, qu’un métier d’ingénieur en électricité peut-être exercé par un administrateur civil et plonger la moitié du pays dans le noir pendant des semaines, qu’ un sémiologue peut gérer une entreprise commerciale en développement rapide au confluent de fonctions opérationnelles complexes et diversifiées jusqu’au jour où il se voit imputer des changements erreurs assimilées à des fautes auxquelles il n’aura rien compris jusqu’au bout de la nuit de son martyre. La nature humaine lui aurait-elle laissé penser à en exprimer le souhait que pour sûr, il n’a aurait pas été écouté. Et lorsquon commencé à se susurrer des rumeurs de graves failles dans la gestion de la CRTV sous sa dispensation, tout professionnel de la matière aura tout de suite entrevu vers quelle fin on s’acheminait, loin de tout idée de justice…

Car Mendo Ze n’a pas été le  » voleur ordinaire » dont, pour assouvir la soif de sang du peuple, il fallait offrir le spectacle d’une indicible agonie, un sort comparable en cruauté à celui infligé à Ravaillac écartelé sur la place de la Grève pour avoir assassiné le Roi Henri IV dans les rues de Paris au 16 ème siècle. Le Professeur comme beaucoup d’autres aura été, en amont, embourbé dans un régime de casting régi par des critères contestables, en aval, pris dans les entraves d’un système judicaire dont la parenté avec la justice est pour le moins et quelque fois questionnable. Sa longue déchéance physique est une l’illustration d’une gouvernance carcérale déshumanisée qui plutôt que de privilégier le respect de la dignité et de l’humanité de chaque citoyen, nourrit la morbide satisfaction de certains qui y voient la manifestations de leur toute-puissance, à travers l’insensibilité et le cynisme d’État.

Le Professeur Mendo Ze affichait une âme d’enfant, mais nous n’en ferons pas un ange. Plutôt, l’homme qu’il était renvoyait à cette maxime du Comte de la Rochefoucauld qui disait:  » L’homme n’est ni ange, ni bête ; mais le malheur veut que qui veut faire l’ange fasse la bête ». C’est un message à ceux qui dans notre pays détiennent le pouvoir temporel, véritables bêtes enivrés par les chuitements des baise-cornes de leurs thuriféraires, afin qu’ils se rappellent que la justice divine verra son jour.
La belle âme reflétée par ses musiques sacrées du Pr Mendo Ze finira en victime expiatoire et comme Mozart son frère en génie, être jetté dans la fosse commune de l’ignominie.
Mais que nenni… une telle âme ne saurait s’éteindre. Dans nos souvenirs, elle s’envolera, dépouillée des miasmes morbides de ces accusations à têtes chercheuses destinées à en ternir l’ image, pendant que se repaient au soleil de l’impunité les authentiques chacals de la fortune publique dans ce pays. Nous ne désespérons toutefois pas que par une manifestation de la grâce habituelle de Dieu, les conditions de son départ éveillent dans les cœurs secs des détenteurs du pouvoir, la conscience du devoir d’humanisation des peines carcérales dans notre pays, en complétant notre armature judiciaire par l’institution d’un juge d’application des peines, qui mettra le pouvoir judiciaire en capacité à aller au bout de sa mission, sans imposer comme seule issue aux condamnés d’avoir à mendier la clémence du pouvoir exécutif.
Il est temps de partir Professeur. Envole toi…Vole… Emporte dans l’au-delà ton génie… Belle Âme… Rejoins le monde que tu as tenté de nous dépeindre et de nous faire partager..en vain. Fonds y toi. Paix. Pace.


S.M. Célestin Bedzigui
Président du PAL