Le brutalisme est sans doute une intuition philosophique des plus saisissante, de par l’intelligibilité qu’il donne de l’exercice du pouvoir comme une domination instrumentale sur les éléments du monde à l’ère du triomphe du néolibéralisme contemporain. Il nous offre une lecture innovante de l’exercice postmoderne de la puissance, notamment du pouvoir politique.

Brutalisme - Achille MBEMBE - Éditions La Découverte

Empruntant le terme « brutalisme » des courants théoriques de l’architecture moderne des années 1960-1970, l’auteur nous montre comment en s’exerçant sur les matériaux, l’intelligence humaine animée de puissance, permet de modeler au besoin par la force et la torsion, l’ouvrage désiré. Il résume ainsi l’objet de son ouvrage : « la transformation de l’humanité en matière et énergie est le projet ultime du brutalisme. » (Mbembe, 2020, p.3).

Suivant une approche instrumentée de la pratique du politique, Achille Mbembé dans une plume chargée de clarté, nous dresse l’économie de l’exercice de la violence légitime, structurée, structurante, quoique illicite. Présentant l’exercice postmoderne de la puissance comme une entreprise d’érection verticale de sociétés dominées et aux libertés neutralisées, par les recours aux logiques de fracturation et de fissuration dont la violence sur la nature et sur les corps humains en sont des illustrations. Ce faisant, il nous plonge dans une réflexion dense, fine, neuve et puissante sur l’exercice du pouvoir par l’oppression du vivant, qui se traduit dans la généralisation des « états d’urgence », l’épuisement des espaces démocratiques et la généralisation de la machinisation du vivant ; ouvrant la voie à ce qu’il appelle le devenir-artificiel du monde.

En me plongeant dans les lignes continuellement densifiées, de la réflexion de celui qui est reconnue comme l’un des meilleurs philosophes africains de sa génération, je me suis posé une question régulière: quels échos du « Brutalisme » pour une Afrique au cœur des convoitises géopolitiques et enfermée dans les vicissitudes de l’accaparement du pouvoir politique ? Quelle résonance donnée au brutalisme pour le devenir-africain du monde traversé par des mutations imbriquées ? Le lecteur de cet ouvrage – d’une plume d’érudit – pourra à coup sure trouver par lui même les réponses .