Les instances judiciaires ivoiriennes ont rendu des décisions qui ont bouleversé l’échiquier politique du pays. L’absence sur la liste électorale des acteurs clés de la politique ivoirienne dont l’ancien Chef de l’État Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé l’ancien Ministre de la jeunesse et leader charismatique des jeunes patriotes, l’ex Premier Ministre Guillaume Soro. Une absence justifiée par leurs condamnations respectives par la justice de leur pays, et qui les privent de la pleine jouissance de leurs droits civiques.  

Reportage de la Radio Télévision Ivoirienne sur les manifestations politiques en Côte d’Ivoire

Il y a quelque de jours , Laurent Gbagbo était radié définitivement des listes électorales. Un verdict rendu par le tribunal d’Abidjan et qui avait notifié acte à la Commission Électorale Indépendante (CEI) de Côte d’Ivoire en début de la semaine passée. Ce qui empêchait désormais l’ancien président ivoirien de faire partie des candidats à la présidentielle d’octobre prochain. Cependant les partisans de Laurent Gbagbo se sont réunis depuis plusieurs semaines dans une plateforme nommée l’EDE (Ensemble pour la Démocratie et la souveraineté) afin de soutenir la candidature de leur leader. Malgré cette décision du tribunal d’Abidjan, qui provoque la grogne chez de nombreux sympathisants de l’ancien Président de la République, les soutiens de Laurent Gbagbo affirmaient que le dossier de sa candidature sera déposé. Ce qui a été finalement fait le lundi 31 Août 2020 avec celui de l’ex Secrétaire Général de la rébellion des Forces nouvelles et ancien président de l’assemblée nationale ivoirienne Guillaume Soro. « Ça en est de trop! » affirme le secrétaire général du parti de Laurent Gbagbo, le FPI, ( Font Populaire Ivoirien). Laurent Gbagbo a en effet attend toujours la réponse à sa demande d’acquisition de passeport introduit à l’ambassade de la Côte d’Ivoire en Belgique, où il vit en liberté conditionnelle depuis son acquittement par la Cours Pénale Internationale. Pour son retour en Côte d’Ivoire, Assoa Adou, secrétaire général du FPI pro-Gbagbo indique au micro de la RFI : « Laurent gbagbo n’est pas arrivé à La Haye de lui-même. C’est Monsieur Ouattara qui l’a pris dans un avion, que la Côte d’Ivoire a acheté, pour aller le déposer à La Haye. Le fait même que Gbagbo soit parti à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Bruxelles pour demander un passeport, c’est scandaleux. Gbagbo n’a pas besoin d’aller demander un passeport, c’est Monsieur Ouattara qui doit prendre le même avion, aller le chercher pour le ramener en Côte d’Ivoire. » Il faut souligner que Laurent Gbagbo n’est pas le seul à subir une telle décision des autorités ivoiriennes actuelles. Guillaume Soro, lui aussi candidat à la présidentielle d’octobre 2020 ne sera pas non plus éligible « sa condamnation par contumace pour le recel des deniers publics détournés, lui a techniquement fait perdre ses droits civiques. » Déclaration du tribunal de Korhogo dans une ordonnance publiée le 28 Août dernier.-

De la condamnation à l’inéligibilité et de l’inéligibilité à la crise?

L’élimination de ceux deux poids lourd de la scène politique ivoirienne qui sont considérés comme de farouches adversaires de l’actuel président ivoirien Alassane Dramane Ouattara n’augure pas des élections présidentielles sereines. La décision de la commission électorale indépendante d’exclure certains noms de la liste en vue de la présidentielle d’octobre prochain suscite la contestation dans la rue. Face a cette montée des tensions politiques, la répression a déjà occasionné des pertes en vie humaine et des arrestations de manifestants. L’exclusion de ces acteurs politiques du prochain scrutin réactive la question sensible de l’indépendance de la justice ivoirienne. Un pouvoir judicaire qui depuis la crise politique de 2010 n’a jugé que des personnes appartenant au camp Gbabgo au sujet des violences post-électorale de 2010. La réconciliation nationale qui est en « théorie » le cheval de bataille de tous les acteurs politiques n’a-t-elle pas ratée son rendez-vous dans un contexte où certains pensent, à défaut de trouver justice par les instances habilités, s’en remettre au peuple ? Mais qui est le peuple, dans un contexte politique teinté d’animosité, de méfiance et d’instrumentalisation de la démocratie ? l’appel du peuple à trancher comme discours politique dans un pays aux institutions décriées ne porte-il pas le germe de la violence qui se traduit déjà depuis quelques mois par l’accroissement des tensions et des oppositions sous fond de clivages ethniques?

Les opposants d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) perçoivent la justice comme un instrument politique que le pouvoir en place utilise pour les écarter du jeu politique. Les pro-Gbagbo ont aujourd’hui plus qu’hier du mal à digérer qu’ADO écartent ses concurrents par la manipulation de la justice à des fins de règlements de compte politique. Il faut rappeler que l’actuel président ivoirien ADO avait lui-même a été remis dans son droit de briguer la magistrature suprême, lorsque se posait la question de l’« ivoirité », dans les années 2000, à la suite d’un dialogue que Laurent Gbagbo, alors Président de Côte d’Ivoire, avait concédé sous la médiation de Thabo Mbeki, l’ancien Président de la République Sud africaine. Les élections sont et doivent être une expression du peuple dans chaque démocratie et non une occasion d’instabilité politique et de la violence. La situation actuelle en Côte d’Ivoire ne présage rien de tranquille pour octobre 2020, et l’on craint sérieusement que le pays du vieux Houphouët Boigny fasse plusieurs pas en arrière en retombant dans une énième crise post-électorale pouvant conduire à la guerre civile.