Cameroun: Politisation ou dépolitisation des arts et de la culture

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Polémique autour de la nouvelle loi N° 2020/011 du 20 juillet 2020 sur l’activité des associations culturelles au Cameroun.

Selon le Ministre des Arts et de la Culture Bidoung Mkpatt au cours de son exposé du 1er juillet 2020 face aux députés , (par ce projet visant la création de fédérations, le Ministère des Arts et de la Culture se propose de structurer l’ensemble du paysage culturel et artistique national pour optimiser l’impact de son action et partant, la productivité artistique de notre pays. Il vient garantir la structuration du mouvement artistique et culturel, et l’organisation du sous-secteur Arts et Culture en fédérations, dans le but de rassembler par discipline les professionnels en association pour l’accroissement qualitatif et quantitatif de la production artistique et culturelle du Cameroun) Une action qui selon lui a été lancé après avoir observé (la prolifération de projets individuels qui se gênent mutuellement et se chevauchent souvent, éparpillant, à cause de cela, l’action institutionnelle en leur faveur, et nuisant de ce fait à son impact.) . Cette initiative répond aux sollicitations d’artistes comme Elise Mballa Meka qui avait déclaré lors de la Rencontre Nationale des Arts et de la Culture en abrégé « RECAN » de 2019 qu’ (après les Rencontres nationales des arts et de la Culture, nous avons demandé une restructuration du secteur culturel en fédérations. En tant que maire de commune et artiste, je peux affirmer que c’est le meilleur moyen pour la décentralisation de soutenir tous les artistes. Et le ministère ne peut pas transférer de ressources si nous ne sommes pas structurés).

Ne faisant pas l’unanimité, cette configuration désirée par le MINAC a été critiqué par le représentant du SDF l’honorable Joshua Osih qui a promulgué une déclaration sur ledit projet de loi en juillet 2020 dans laquelle il s’exprime en ces termes : ( l’art et la culture jouent dans toute société un rôle particulier. Ces secteurs sont des instruments incontournables au service de la liberté d’expression et de la promotion de la paix. Tout État qui se respecte se doit de renforcer l’art et la culture comme vecteurs d’épanouissement social (…) A ce titre, l’action du gouvernement dans ces deux domaines doit être axée sur des efforts destinés à les promouvoir dans le but de renforcer la cohésion sociale, la bonne gouvernance, la société civile et le processus de démocratisation. En parcourant ce projet de loi, ce n’est malheureusement pas le cas. Le gouvernement refuse obstinément de reconnaître les effets positifs que peut avoir le secteur culturel et artistique sur l’emploi, l’économie et le tourisme. La liste est loin d’être exhaustive. Rien n’a été concrètement prévu pour soutenir les projets culturels locaux au Cameroun et dans les pays potentiellement partenaires. Rien n’a été fait pour favoriser l’accès de nos artistes et hommes de culture au grand public, au marché et aux réseaux professionnels tant sur le plan national qu’international. Pratiquement rien n’a été prévu pour que notre culture joue un rôle important dans les projets de coopération internationale).

A l’analyse de ces deux points de vue, il appert que le projet de loi 1076 adopté par la haute chambre du parlement le 6 juillet 2020 au cours de sa deuxième session ordinaire soit une semaine après qu’elle ait été validé par l’Assemblée Nationale ne fît pas l’unanimité. Raison pour laquelle plusieurs associations artistiques et des promoteurs culturels qui estiment que cette loi constitue plus un frein pour eux que toute autre chose ont mené ça et là des actions pour dénoncer leur désarroi. On peut noter, des pétitions en ligne, des visioconférences ou encore des S.O.S postés sur les réseaux sociaux. Ces derniers décrient leurs inquiétudes sur leur devenir, l’interprétation du texte et les subtilités insaisissables de cette loi.

En effet la loi N° 2020/011 du 20 juillet 2020 en ses dispositions colportent des bracelets qui permettent à l’administration centrale d’avoir la main mise sur le secteur artistique et culturel à travers les articles suivants qui traduisent cette volonté : article 5 : ( Les associations déclarées et autorisées accèdent au statut d’association artistique et culturelle après l’obtention d’un agrément délivré par le Ministre chargé de la culture); article 7 : L’agrément des associations artistiques et culturelles est accordé pour une durée de cinq (05) ans renouvelable dans les conditions fixées par la présente loi; article 25 alinéa 2 ( l’organisation des évènements et manifestations à caractère international par les Fédérations est subordonnée à l’autorisation préalable du Ministre chargé de la culture); article 26 ( l’autorisation de la Fédération concernée est requise pour l’organisation, par une association artistique et culturelle ou toute personne physique ou morale, d’une manifestation ou d’un évènement culturel auquel participent des associations artistique et culturelle ou toute personne physique ou morale, d’une manifestation ou d’un évènement culturel auquel participent des associations artistiques et culturelles qui lui sont affiliées. (2) Toute association artistique et culturelle affiliée , participant à un évènement culturel qui n’a pas reçu l’autorisation de la Fédération dont elle est membre, s’expose aux sanctions disciplinaires prévues par les règles internes de la Fédération); article 56: (il est interdit aux associations artistiques et culturelles et à leurs regroupements de soutenir ou de participer à des manifestations organisées par des partis politiques.) A travers cette dernière disposition, le gouvernement camerounais a trouvé le moyen d’établir une barrière franche entre le monde artistique et le milieu politique.

De prime à bord, pareilles initiatives laissent penser que c’est la réponse du berger à la bergère car des joutes oratoires ont pu défrayer la chronique ces dernières semaines entre des artistes camerounais de la diaspora tels que Richard Bona (auteur des titres Allo FOKOU ou Ngarbuh qui sont des satyres artistico-politique) ou encore Charlotte Dipanda contre certains membres du gouvernement sur des sujets les uns aussi épineux que les autres. Toutefois, des artistes de la vieille garde jugés progouvernementaux tels que Ambroise Mbia ou encore oncle OTSAMA ont défendu mordicus l’initiave du MINAC et en ont fait l’apologie sans avoir omis de remercier le Président de la République pour ne pas avoir oublier de structurer ce secteur laisser pendant longtemps en désuétude.En définitive il serait judicieux de souligner que seule le temps nous dira si cette volonté de manager la carrière des penseurs nationaux aura un impact positif ou pas.