Cameroun: l’introspection du football féminin

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Pour la première fois de  l’histoire, les promoteurs du football féminin du Cameroun se sont réunis au tour d’une table, pour ensemble passer au scanner ce sport qui peine à prendre son envol, et proposer des solutions afin  qu’une fois dans les airs, il rivalise d’adresse avec les meilleurs.                                                             

Problèmes du football féminin

C’est au cours d’une rencontre qui faisait office d’assemblée générale ordinaire, ce 30 août 2020, que les présidents de clubs  et les promoteurs du football féminin du Cameroun, se sont mis ensemble pour examiner de plus près la mauvaise situation qui prévaut au sein de leur univers.

« Le football féminin est en train de mourir ».  Cette phrase a été dite au moins une fois par tous ces  participants, réunis dans la somptueuse salle de conférence d’UNITED HOTEL, du côté de Mbankomo, dans la région du centre Cameroun, quelques jours seulement après l’assemblée générale des promoteurs du football masculin.

Parmi les raisons évoquées revenait à chaque fois le manque d’infrastructures. Rare sont les équipes qui disposent d’une aire de jeu viable, un matériel d’entrainement adéquat, ou encore des encadreurs bien formés. A côté de cela, nous avons également relevé les dépenses faramineuses des présidents de clubs, qui injectent énormément d’argent pour la formation des enfants, et  n’ont jamais eu un retour sur investissement. Une équipe modeste évoluant en première division a besoin d’au moins 22 millions de francs CFA pour terminer sa saison. La ligue de football féminin du Cameroun ( LFFC ), qui organise les championnats donne des subventions à hauteur de 5 millions de franc Cfa. Le reste d’argent, soit 17 millions environ provient des fonds de chaque club. Or le football féminin étant encore embryonnaire au Cameroun, la vente locale des joueuses après formation est inexistante. Le transfert des joueuses d’une équipe à une autre se fait de manière gratuite dans le Pays. Les clubs n’ont donc aucune source de revenu, excepté quelques dons, ou encore les primes que reverse la FIFA aux clubs formateurs des joueuses amatrices après leurs participation à une phase finale de coupe du monde.

Tout comme les joueuses, certains présidents de clubs mouillent aussi le maillot afin de garder allumer la flamme du football féminin, et parfois avec leur sang. Voilà pourquoi grande est souvent leurs désolations, quand ils ne se sentent pas associés à sa gestion, qui actuellement est l’apanage d’un groupuscule de personnes logé à la fédération Camerounaise de football (FECAFOOT).

Plusieurs parmi eux se sont indignés à cause du mauvais management implémenter par la LFFC; de la non prise en compte des propositions qu’ils font afin de développer davantage le football féminin; du championnat de deuxième division qui a fait deux années sans se jouer et engageant des dépenses inutiles; du manque de considération dont ils sont souvent victime quand ils se retrouvent dans les locaux FECAFOOT; de l’absence de consultation quand il s’agit de prendre une décision qui les engagent directement. La dernière en date, est la programmation du championnat de la saison 2020 – 2021, où ils disent n’avoir pas été associé alors qu’ils en sont les principaux promoteurs.

Face à toutes ses dérives, ils ont tous décidé de s’unir afin de faire entendre leur voix à travers l’association nationale des promoteurs et des présidents de clubs de football féminin ( ANPPCFF)

Présentation de l’ANPPCFF

L’association nationale des promoteurs et des présidents de clubs de football féminin a été légalisé par le préfet du Mfoundi quelques mois avant la tenue de cette assemblée générale, grâce aux dynamismes  de certains présidents de clubs soucieux du devenir du football féminin, entre autres, SEDACO Salomon de Amazone FAP ou encore, ONANA Christian de Eclair fille de Saa.

Elle compte 69 clubs répartis sur tout le triangle national, soit 12 pour la première division, et 57 pour la deuxième division. Son bureau exécutif est constitué de 27 membres, dont 10 dans le bureau  restreint à savoir Un président national, quatre vices présidents, deux secrétaires généraux, un trésorier, un commissaire au compte, et un chargé de la communication. Le bureau élargi qu’en t a lui, pour des raisons nationales et de bilinguismes, c’est vu grandir de 17 membres, dont un membre  issu de chaque région pour mieux la représenter, plus sept autres choisis en fonction du nombre d’équipes de la région dont ils sont situés.

La mission première de cette association est de développer et de promouvoir le football féminin dans son ensemble. L’un de ses objectifs est de rendre le football féminin camerounais compétitif aussi bien sur le plan national que international. Son emblème est une joueuse lionne dans un élan de coup de pied, symbolisant la marque indélébile des promoteurs et présidents des clubs dans l’histoire du football féminin, dans le monde entier. Cette lionne est portée par les mains vertes qui représentent l’effort quasi-permanent des promoteurs et des présidents de clubs pour le rayonnement du football féminin. Ses couleurs sont le vert, le rouge et le jaune (représentant l’ensemble du football féminin sur tout du triangle national).  Le tout sur un fond blanc, symbole de leur pureté de cœur dans l’engagement de ramener ce football à la lumière. 

Cette jeune association qui a en son sein des personnalités de la république, au rang desquelles la sénatrice ASTA Ivonne, le député NKOA Luc et bien d’autre, se veut sereine et compte bien surmonter tous les obstacles, afin de rapidement atteindre les objectifs fixés.

       Solutions proposées pour le développement du football féminin

Après avoir déshabillé tous les problèmes qui empêchent le football féminin de prendre son envol, plusieurs solutions ont été proposées, entre autres :

– La disponibilité des bons stades pour les matchs de championnat.

  Généralement les stades ou se joue le football féminin au Cameroun, ne sont pas de bonne qualité et ne reflètent pas souvent le niveau de jeu que nous voulons atteindre. A Yaoundé par exemple, il se joue au quartier ODZA, quelque part où non seulement l’accès n’est pas aisé à cause de sa position (très loin dans le quartier et pas de moyens de transport à proximité), ce qui réduit de manière drastique le nombre de supporters,  mais aussi l’état du stade qui n’est pas bon. Voilà pourquoi compte tenu des quatre équipes qui reçoivent à Yaoundé, l’association aimerait avoir au moins un bon stade, le stade annexe de l’omnisport ou alors le stade militaire.

– La tenue et le lancement du championnat de deuxième division 2 semaines après la première division.

Très souvent le championnat de deuxième division quand il est lancé, ne respecte pas le calendrier. Parfois il se joue beaucoup de temps après que celui de première division soit terminé. Et certaines équipes trouvent mieux de faire appel aux joueuses de la division supérieure pour les renfoncer, empêchant ainsi les plus jeunes de jouer et de grandir en expérience.

– La représentation effective de quelques délégués de clubs  dans les délégations qui accompagnent les lionnes.

Les présidents ont fait le constat selon lequel, à chaque fois qu’il y a une compétition internationale où prennent part nos différentes équipes nationales, ils n’ont aucune place dans les délégations que conduise la FECAFOOT, alors que la majorité des joueuses qui y participent sont issues de leurs écuries. Ils aimeraient donc aussi recevoir des invitations comme les autres, ce qui se traduirait comme une sorte de reconnaissance par rapport au travail qu’ils abattent au quotidien.

Si un bon nombre de propositions qui ont été faites sont implémentées, le championnat de football féminin Camerounais, principal fournisseur des joueuses des équipes nationales, gagnera en visibilité, en qualité en notoriété et ses clubs tutoieront certainement les sommets pendant la ligue des champions qui est annoncé dès l’année prochaine.