Massacre odieux d’une femme à Muyuka : la classe politique s’indigne, les réseaux sociaux s’enflament.

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Il y a quelques jours au Cameroun, la toile a été inondée par une vidéo virale venue tout droit de la zone anglophone en proie à une crise sécuritaire qui perdure. Dans cette énième vidéo d’horreur, une jeune dame se fait battre puis sauvagement assassiner par un groupe de jeunes hommes se présentant comme des « Ambaboys » (combattants sécessionnistes). Ceux-ci reprochaient à la victime d’être une indict des forces de défense et de sécurité camerounaises déployées dans la région depuis 2016. Une vidéo d’un crime macabre qui a suscité condamnation et indignation aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger.

« Barbarie ! »
Confort Tumassang c’est son nom, âgée de 35 ans, sa disparition laisse deux orphelins en bas âge. Dans la vidéo de son assassinat, on y voit trois combattants séparatistes présumés, qui après avoir liés ses mains derrière son dos, vont la battre sauvagement avant de lui trancher la gorge avec une machette. L’horrible scène se déroule à Makanga, bourgade de la localité de Muyuka, département du Fako dans la région du Sud-Ouest Camerounais, le 11 Août 2020. Quelques heures plus tard une vidéo qui visiblement précède celle de son assassinat va également circuler. Dans cette seconde vidéo qui semble être un interrogatoire, on entend son bourreau lui dire : « savez-vous que je peux vous couper le cou ? ». La victime, accusée de collaborer avec l’armée camerounaise à demi mot essaye de plaider sa défense devant ce tribunal de fortune : « Je lui ai dit que je ne pouvais rien faire avec lui … Je n’aimerai pas y retourner … ils avaient arrêté et emprisonné mon frère … Je ne suis pas une traître » répond-t-elle. Sa plaidoirie n’aurait pas visiblement convaincu ses bourreaux.
Officiellement, les combattants ambazoniens ont nié toute responsabilité. Les trois principaux groupes séparatistes anglophones à savoir le Conseil d’administration d’Ambazonia, le gouvernement intérimaire, dirigé par Sisiku Julius Ayuk Tabe, et sa faction dissidente, dirigée par Samuel Ikome Sako se sont exprimés via l’ONG Human Rights Watch et nié toute responsabilité. Chris Anu porte-parole de la république autoproclamée d’Ambazonie a déclaré au micro de James Butty de la VOA que « nous ne ciblons personne d’autre que les soldats du Cameroun français ». Pour lui, les données préliminaires ne permettent pas de conclure que le meurtre a été commis par leurs éléments. Il a ajouté qu’une enquête a été ouverte par les sécessionnistes afin de déterminer les véritables auteurs du meurtre.

« Condamnations nationales »
C’est d’abord la presse nationale qui s’est indignée de ce meutre. Le quotidien publique nationale Cameroon Tribune avait titré à sa une : « Non à la barbarie sécessionniste ». Le Guardian Post, quotidien privé anglophone avait également renchérit : « Quand les libérateurs deviennent des oppresseurs ». L’assassinat de Confort n’est pas le premier en date. Bien avant elle et dans une mise en scène quasi similaire, plusieurs autres jeunes filles ont trouvé la mort. Citant en guise d’illustration Florence Ayafor, dans un communiqué rendu public le 13 août 2020, le Ministre camerounais de la Communication, porte-parole du Gouvernement, René Emmanuel Sadi dénonce « les allégations mensongères des rebelles terroristes » qui imputent à chaque fois, les atrocités commises aux forces de défense et de sécurité camerounaises. Le Parti au pouvoir RDPC s’est également exprimé, par la voix du Ministre d’État Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du parti. « Le RDPC condamne avec la dernière énergie ces meurtres lâches et odieux ». Même indignation au niveau des leaders des parties de l’opposition MRC et PCRN. Le député à l’Assemblée Nationale, l’honorable Cabral Libii, Président national du PCRN a condamné avec fermeté ce qu’il considère comme une « bestialité ». Le professeur Maurice Kamto, Président national du MRC quant à lui parle d’un «choc qui remue notre humanité profonde», un «comble de l’horreur qui rappelle douloureusement celui de Florence Ayafor». Pour le leader de l’opposition , «quels que soient les auteurs de ce crime effroyable, le régime en place emporte une lourde responsabilité à l’égard de cette horreur, en raison de son opposition persistante à un règlement inclusif et définitif de la crise qui meurtrie les deux régions anglophones du pays depuis bientôt quatre ans». Maitre Akere Muna, ex candidat à l’élection présidentielle 2018 parle d’ « une vidéo absolument horrible » et d’ « un acte barbare et inhumain. Inacceptable! ».

Du côté des représentatios diplomatiques, l’Ambassade des États-Unis au Cameroun s’est dit « horrifiée par les actes de violence contre les civils ». Elle a adressé ses condoléances aux familles éprouvées. Même son de cloche à l’Ambassade de France au Cameroun qui écrit sur son compte Twitter: « La France condamne fermement les attaques perpétrées par des séparatistes dans les dernières semaines à l’encontre de civils dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest. Nous adressons nos sincères condoléances aux proches des victimes ». pour Human Rights Watch, cette nouvelle vidéo est l’indicateur d’un nouveau pic de violence affectant les civils dans les régions anglophones. Le Centre pour les droits de l’homme et la démocratie pour l’Afrique de l’avocat Agbor Balla a déclaré que les séparatistes étaient responsables de cet assassinat. «Accepter ces abus comme la nouvelle normalité va à l’encontre de l’humanité. Il doit y avoir des responsabilités », a déclaré cette semaine à Human Rights Watch l’éminent militant des droits humains Felix Agbor Nkongho.

« Imago dei »
La sacralité de la vie humaine est consacrée par les saintes écritures auxquels plusieurs camerounais se réfèrent. La doctrine sociale de l’Église catholique nous rappelle à cet effet que, la personne humaine est une créature de Dieu et discerne comme son élément distinctif et spécifique, le fait d’être à l’image de Dieu: « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa » (Gn 1, 27). Dieu a placé la créature humaine au centre et au sommet de la création. En conséquence, parce qu’il est à l’image de Dieu, l’humain a la dignité de personne. Il n’est pas quelque chose, mais quelqu’un. Il est capable de se connaître, de se posséder et de librement se donner et entrer en communion avec d’autres personnes; et il est appelé, par grâce, à une alliance avec son Créateur, à Lui offrir une réponse de foi et d’amour que nul autre ne peut donner à sa place. Si Dieu a insufflé dans les narines d’Adam le souffle de vie (cf. Gn 2, 7) qui somme nous pour nous permettre d’arracher la vie à sa créature ?

Je demanderai compte du sang de chacun de vous, avertit le Dieu d’Israël a répétition dans les livres du Pentateuque. L’Ancien Testament en effet a toujours considéré le sang comme un élément et signe sacré de la vie (cf. Lv 17, 14). La nécessité de cet enseignement est de tous les temps. Qui verse le sang de l’homme, par l’homme aura son sang versé. Car à l’image de Dieu l’homme a été fait (Gn 9, 5-6). Le meurtre, l’assassinat d’une personne est proscrire de façon explicite chez tous les croyants qui se réfèrent au texte sacré du décalogue  : « tu ne tuera point » nous avertit le cinquième commandement. Le meurtre volontaire d’un innocent est gravement contraire à la dignité de l’être humain, à la règle d’or et à la sainteté du Créateur. Ce crime comme tant d’autres n’a pas seulement heurté notre humanité, il l’a heurté l’humanité de Dieu Lui-même.


Lionel KANA