Comment devient-on évêque?

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1996
Mgr Emmanuel Dassi Youfang, Nouvel évêque du Diocèse de Bafia au Cameroun, nommé le 13 mai 2020 et installé le 11 juillet 2020.

l’Église Catholique Romaine est comme elle se définit elle même, « fondée par Jésus Christ  » suivant la promesse faite à Simon Pierre: « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » Mt16,18. Ainsi, depuis les premiers siècles de l’Église, le ministère d’évêque a été institué comme Successeur des apôtres. La charge d’Évêque n’est donc pas une charge ordinaire. En effet, l’évêque a la plénitude des sacrements et constitue le dernier degrés du sacrement de l’ordre. C’est donc la charge la plus élevée dans l’Église Catholique. Berger, pasteur, gouverneur, père, serviteur, enseignant, et même préfet à une époque en Europe, la fonction d’évêque mérite qu’on s’y intéresse de plus près.

L’Évêque dans l’Église catholique est institué comme successeur des apôtres, et donc ministre de Dieu. Prêtre de Jésus Christ, il dirige un collège de prêtre appelé presbyterium, et est chargé d’enseigner et de la transmettre la foi avec fidélité au peuple de Dieu qui lui est confié. On dira alors de l’évêque qu’il est le gardien du dépôt de la foi. Dans un diocèse, c’est à dire une Église locale, c’est l’évêque qui à la responsabilité de l’authenticité de la foi enseignée, vécue et propagée dans le peuple des fidèles. Il est donc le chef d’une Église particulière appelée  diocèse, et réside dans la localité où se trouve sa Cathédrale, qui est son église officielle dans le diocèse. Sa demeure épiscopale est par ailleurs appelée évêché.

Du fait de sa fonction et de sa charge pastorale, l’évêque préside l’assemblée des chrétiens, spécialement l’eucharistie, qu’il délègue suivant les codes du droit canon, à un prêtre et ses vicaires pour les assemblée locales que l’on appelle paroisses. La constitution dogmatique « Lumen Gentium » présente l’évêque comme étant le principe de l’unité visible des fidèles. Dans l’exercice de sa charge, l’évêque doit ainsi veiller sur l’Église particulière qui lui est confiée en la gouvernant en pasteur, en assurant le respect des normes liturgiques; en enseignant la foi catholique à travers ses prêtres et catéchistes, et en exerçant la charité par les soins apportés aux plus démunis. Pour l’aider à mieux accomplir les orientations pastorales de son diocèse, il peut convoquer un synode diocésain. Une grande assemblée réunissant l’ensemble des acteurs de la vie de foi et d’église dans son diocèse (clercs et laïcs). Hormis sa collaboration avec son presbyterium, l’évêque est accompagné dans l’exercice de ses charges pastorales par des laïcs qu’il a choisit dans l’assemblée des fidèles et qu’il a dûment mandatés pour assurer des missions particulières dans l’administration du diocèse tel que : la catéchèse, l’enseignement, le service social, le diaconat permanent, la santé, etc.

Le gouvernement du diocèse est appelé curie diocésaine. Il est formé et installé par l’évêque pour assurer la conduire des affaires du diocèse. Les membres de la curie diocésaine sont les plus proches collaborateurs de l’évêque. Il s’agit des vicaires généraux et des vicaires épiscopaux qui partagent avec l’évêque la dignité de Monseigneur. Ce sont des délégués de l’évêque.

Le plus proche collaborateur de l’évêque cependant reste son Chancelier, qui est une sorte de  » directeur de cabinet » de l’évêque. C’est lui qui est en charge des affaires personnelles de l’évêque notamment de la gestion de son agenda.

Dans une cérémonie liturgique, l’évêque est facilement identifiable grâce à son code vestimentaire spécifique et ses attributs épiscopaux. Il peut en fonction de l’occasion être vêtu d’une soutane noire avec des liserés violets ou rouge. Il porte une croix pectorale, et une mitre (chapeau de forme triangulaire) lors des cérémonies liturgiques. Il est aussi facilement identifiable par sa calotte violette. A son doigt est fixé l’anneau du pasteur, une bague en argent massif, qui symbolise le lien entre l’évêque et le peuple de Dieu du diocèse dont il a la charge.

L’un des symbole les plus visibles des attributs de l’évêque, c’est sa crosse. Ce grand bâton qu’il tient par la main gauche, symbole du bon pasteur qui mène le troupeau que Dieu lui a confié. Une image qui nous rappelle celle de Moïse conduisant le peuple d’Israël vers la terre promise. Chaque évêque est un successeur d’apôtre. De part son ordination épiscopale, il s’inscrit dans une lignée, une généalogie apostolique qui remonte jusqu’aux douze apôtres de Jésus-Christ. En outre chaque évêque nouvellement ordonné choisit une devise qui éclaire sur comment il entend exercer sa charge d’épiscope. Dépositaire de la plénitude des sacrements, l’évêque est lui aussi un vicaire du Christ.

Procédure pour désigner un évêque

Mgr Andrew Nkea Fuanya (à droite) et Mgr George Nkuo (à gauche), respectivement Archevêque de Bamenda et évêque de Kumbo

Dans l’émission « dites-moi, mon père » du 22 avril 2016 sur la chaine de Radio Chrétienne Francophone, au sujet de la procédure de désignation d’un évêque, le père Basile dénombre plusieurs procédures qui diffèrent parfois d’un pays à un autre en fonction de son histoire avec le Saint siège. Toutefois, il faudrait remplir un certain nombre de critères à caractère générale afin d’être éligible. Tout d’abord, il faut être prêtre et avoir exercé au moins pendant cinq années. Avoir 35 ans de manière générale, même si on a eu des évêques ayant moins de 35 ans au moment de leur nomination. L’autre critère est celui des études. Il est requis d’avoir obtenu au moins une licence dans les sciences religieuses (écriture Sainte, théologie, droit canonique…). Il est aussi demandé au candidat d’avoir une foi solide, de bonnes mœurs, la piété, le zèle, la sagesse, la prudence, et des vertus chrétiennes affirmées. Il doit être capable de leadership et jouir d’une certaine renommée dans l’exercice des missions qui lui ont été autrefois confiées.

La première et la plus ancienne des procédures voudrait qu’un gouvernement propose une candidature au Pape. Si celui-ci lui donne l’investiture canonique, alors le gouvernement confirme la nomination du candidat. Certains pays ont ainsi signé des accords ou des concordats avec le Saint siège pour régler la question très sensible de la nomination des évêques. Cette pratique est encore observée en France, dans les départements concordataires de l’Alsace  et de Moselle.

Une autre procédure est qu’un groupe d’ecclésiastiques propose une liste de trois noms au Pape, pour qu’il fasse son choix et nomme le prochain évêque. Ceci se fait généralement dans les pays germaniques. La troisième et la plus usuelle, voudrait que les évêques d’une province ecclésiastique, ou les conférences des évêques d’un pays, d’un commun accord, dresse une liste de prêtres qu’ils transmettent au Saint Siège. Chaque évêque peut aussi le faire individuellement. La liste est remise au représentant du Pape à savoir le Nonce apostolique. Ayant reçu la liste, le nonce apostolique ouvre une enquête sur les candidats proposés et envoi ses résultats à la Congrégation pour les évêques à Rome sorte de Ministère en charge des évêques.

Pour chaque diocèse, la Congrégation pour les évêques, ayant examiné les dossiers des différents candidats, propose au Pape une liste de trois noms et il en choisi un. Parfois son choix se fait en dehors de la liste proposée. Après que le Pape ait fait son choix, quelque chose de spéciale se passe pour certain pays, notamment la France, où on demande en toute discrétion au gouvernement s’il trouve des objections politiques contre le candidat. Il peut arriver que pour des raisons tribales, politiques ou pour tout autre, le candidat ne soit pas la bienvenue dans le diocèse où il a été envoyé. Dans ce cas il est remplacé. Quand le choix a été fait, le Nonce demande au candidat toujours dans la discrétion, s’il accepte de remplir la fonction d’évêque. Quand celui-ci est consentant, le Nonce apostolique rend alors publique la nomination de l’élu qui va recevoir la consécration épiscopale s’il s’agit d’un candidat n’ayant pas encore reçu la consécration épiscopale.

C’est lors d’une cérémonie solennelle et sacramentelle, une messe pontificale, qu’un prêtre est consacré évêque. Pour que cet acte soit valide, on a absolument besoin d’au moins un évêque consécrateur. Dans un souci de commodité et de tradition, on requiert généralement la présence de trois évêques consécrateurs. La consécration épiscopale, doit être en réalité effectuée par le Pape. Mais cette tache est couramment déléguée à un évêque qui reçoit du Pape une autorisation explicite. L’évêque consécrateur qui ordonne un évêque sans mandat pontifical encourt l’excommunication  « Latae sententiae », prévue par le code de droit canonique (can 1382).

Pendant la cérémonie rituelle, une fois la proclamation de l’évangile terminée, la présentation du candidat commence par la lecture du mandat apostolique et le chant du « veni creator Spiritus ». Après les questions posées au candidat, celui-ci se prosterne à terre en invoquant la protection des Saints par le chant des « litanies ». Les deux autres évêques, Co-consécrateurs posent alors la main sur la tête du consacré. Après l’imposition des mains, deux prêtres ouvrent l’Évangile au-dessus de la tête du consacré, pendant que l’évêque consécrateur qui préside, prononce la prière d’ordination. Ensuite, il procède à l’onction avec le chrême sur la tête de l’élu et lui pose la mitre sur la tête, puis lui donne l’anneau pastoral qu’il enfile à son annulaire droit. Une fois que ces rites sont terminés, si au cours de la cérémonie, le nouvel évêque prend possession du diocèse où il a été consacré, il s’assoit sur la cathèdre de cette cathédrale et préside la messe. Sinon, il s’assoit à côté de l’évêque consécrateur après s’être assis sur la cathèdre comme c’est le cas des évêques auxiliaires. Après la communion, accompagné des deux Co-consécrateurs le nouvel évêque descend dans l’assemblée pour la bénir, pendant que l’hymne du « Te Deum » est chanté.