Dans un récent rapport, l’Observatoire National des Changements Climatiques du Cameroun (ONACC) alerte les pouvoirs publics et l’opinion nationale sur le risque élevé de catastrophes naturelles dans les prochains mois, notamment des inondations et des éboulements que provoqueraient de fortes pluies. Un avertissement relayé par les autorités publics qui ont appelé les populations à la vigilance et a évité de s’installer dans les zones à risque.

« Alerte ! »
L’ONACC a récemment publié son 11ème bulletin des prévisions des paramètres climatiques. Dans ce document, on y apprend que le « Cameroun est de plus en plus vulnérable aux effets du changement climatique… ». Les prévisions climatiques élaborées et touchant le mois d’Août 2020 par les centres spécialisés indiquent «un risque très élevé d’enregistrer des cas d’inondations» dans l’ensemble du territoire national. Tenez par exemple, il ressort des prévisions météorologiques de l’ONACC que pour la période allant de juin à août 2020, en se fondant sur la moyenne historique régionale des températures maximales, il y a une probabilité élevée de recevoir d’intenses précipitations sur une période de temps relativement courte. Ceci induit un risque élèvé d’enregistrer des cas d’inondations dans les zones humides comme celles de Bogo, Kaélé, Yagoua, Maga et Mokolo dans l’Extrême Nord Camerounais. Ce bulletin de 38 pages, abondamment illustré, souligne aussi que les précipitations attendues au cours de cette année pourraient dépasser la moyenne enregistrée depuis plus de 50 ans.
L’ONACC n’est pas rassurant dans ses prospectives. Le document dont nous nous sommes procurer une copie est très détaillé sur les risques et les impacts à venir dans chacune des dix régions du Cameroun. L’alerte est donc là et plusieurs autorités administratives l’ont prises au sérieux et ont tenu à prévenir les populations, spécialement celles habitants les zones à risque. Augustine Awa Fonka, le Gouverneur de la région de l’Ouest Cameroun, a ainsi signé un communiqué de presse le 10 Juillet 2020 appelant à la sensibilisation massive des populations de son territoire de commandement. Dans son adresse aux populations, l’autorité administrative en chef de la région de l’ouest souligne clairement que le 11ème bulletin de l’ONACC prévoit des pluies abondantes dans la région de l’Ouest, avec des risques très élevés d’intempéries. Le 11 Août dernier c’etait au tour du Ministre de la Décentralisation et du Développement Locale d’adresser un message-fax à tous les Maires et élus locaux de la République. « Mesures urgentes à prendre par les communes et communautés urbaines en prélude aux précipitations abondantes prévues sur toute l’étendue du territoire national » tel était l’objet de la correspondance du Ministre Georges Elanga Obam.

« Bulletin saisonnier : de quoi s’agit-il ? »
  Le bulletin saisonnier de prévision des paramètres climatiques produit par l’ONACC est un document d’information à l’échelle saisonnière sur le comportement des paramètres climatiques (précipitations et températures) des différentes régions et zones Agro-écologiques du Cameroun. Le document est réalisé à partir des prévisions élaborées par les grands centres internationaux de prévisions climatiques (Météo France, International Research Institute and Society (I.R.I), National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), Centre Régional de Formation et d’Application en Agro météorologie et hydrologie Opérationnelle (AGRHYMET), etc.). A ces prévisions sont joint des données historiques fournies par la Direction de la Météorologie Nationale (DMN), et des travaux de recherche élaborés par l’Observatoire National sur les Changements Climatiques, portant sur  la dynamique spatiotemporelle du climat au Cameroun.
Outre les prévisions élaborées, le document présente les potentiels risques et impacts des perturbations climatiques sur les activités de développement socio-économique (agricultures, élevage, santé, travaux publics, etc.), ainsi que des propositions de réponse par secteur d’activité.  Ces bulletins sont des documents de référence, utiles à la prise de décision tant pour les administrateurs, la société civile que pour les utilisateurs finaux des différents secteurs de développement socio-économique (agriculture, pêche, élevage, travaux publics, transports, santé, etc.), afin de mieux planifier et adapter leurs activités par rapport aux effets des changements climatiques.  

« Que faire ? »
Le ministre Georges Elanga Obam a préconisé l’organisation des campagnes de lutte contre le désordre urbains et l’insalubrité dans toutes les communes et communautés urbaines du territoire national et a prescrit le curage régulier des drains d’eaux de ruissellement. Le Gouverneur de la région de l’Ouest lui par contre a appelé sa population à la prudence, notamment en évitant les zones à risque telles que les marécages, les flancs de collines ou de montagnes, les zones où la texture du sol est dominée par le sable et l’argile. Pour le Gouverneur, les transporteurs routiers doivent spécialement : « prendre en compte l’état des routes, ainsi que les épais brouillards constants aux encablures de Bangangté, de Bandjoun, du col Batié et des collines de Dschang, pour prévenir les accidents sur la voie publique ». Il a aussi tenu à demander aux agriculteurs à faire des récoltes vigilante et opportune pour éviter des désagréments irréparables.
Le Pr Joseph Armathé Amougou, directeur général de l’0NACC et son équipe ont recommandé une série d’actions à mener pour limiter les impacts des pluies attendues. Entre autres recommandations énoncées, il faudrait par exemple dans l’agriculture, promouvoir les semences des variétés résistantes aux maladies et mauvaises herbes; promouvoir la pratique de l’agroforesterie et les techniques antiérosives; et promouvoir les techniques de séchage, de conservation et de développement de chaîne de valeurs des produits agricoles. Pour le secteur de l’élevage, l’ONACC recommande la sensibilisation des éleveurs, pour les informer des dangers auxquels ils s’exposent en fréquentant les zones inondables; la promotion de l’élevage semi-intensif et l’intensification des campagnes de vaccination contre les grandes épizooties figurent aussi au centre des actions majeures à mener. Pour les secteur très sensible de santé, les experts de l’ONACC proposent une intensification des campagnes de sensibilisation des populations sur les techniques de potabilisation des eaux de consommation; la sensibilisation sur la nécessité d’utiliser des latrines ; et la sensibilisation sur l’importance de canaliser les mares d’eau se trouvant autour de leurs habitations. Face aux risques important de catastrophes, l’ensemble de la classe politique en collaboration avec les autorités administratives et la population doit prendre la mesure du danger et de cette alerte, afin que dans les mois à venir nous ne soyons pas confrontés à des morts et des dégâts sérieux que nous aurions pu éviter. L’appel à la vigilance collective est donc lancé.

Lionel KANA