Le 1er juin 2020, la communauté internationale a attendu en vain la déclinaison, par l’Etat hébreu, de son plan d’annexion d’une partie de la Cisjordanie. Où en est ce projet controversé ?

« Canular ou repli stratégique ? »

La date fatidique du 1er juillet étant passée, l’annonce de l’annexion de 30% du territoire cisjordanien semble avoir avorté ce jour. Nos confrères deu journal Les Echos rapportent que « les Etats-Unis ont freiné le projet de Benjamin Netanyahu et la majorité de la population israélienne s’en désintéresse ». Après des semaines de conjectures sur ce projet, la date du déploiement des forces israéliennes reste inconnue.

« Projet controversé »

Ce projet d’annexion de 30% de la Cisjordanie a suscité de la division au sein de la communauté internationale. Plus encore, il viole des résolutions des Nations unies sur la question palestinienne introduite depuis 1947. Le « plan de paix » du président Trump établit la ville sainte Jérusalem comme « la capitale indivisible » d’Israël. Progressivement expulsés de Jérusalem, les palestiniens se contenteraient que d’une partie de de l’Est de Jérusalem comme capitale. Les colonies juives illégalement implantées jusqu’ici en Cisjordanie deviendraient donc des territoires du futur Nouvel «  Etat juif » que les palestiniens seraient sommés de reconnaître.

Au niveau du droit international, la résolution 181 des Nations unies place Jérusalem sous le contrôle des Nations unies. « Si l’indépendance de l’Etat d’Israël a été déclarée le 14 mai 1948, l’Etat arabe palestinien n’a jamais vu le jour, car plusieurs guerres ont eu lieu dans la région, et le problème de la Palestine a continué à être examiné à l’ONU dans le cadre plus large du conflit au Moyen-Orient ou sous ses aspects relatifs aux réfugiés ou aux droits de l’homme » précise l’ONU. Dans la résolution 242, l’ONU demande ainsi le retrait d’Israël des territoires occupées y compris de Jérusalem Est. Cette résolution n’a jamais été appliquée par Tel-Aviv. La résolution 478 fait obstruction à la loi israélienne de 1980 faisant de Jérusalem la capitale « indivisible ». L’ONU, dans sa résolution stipule que cette loi israélienne constitue « une violation » du droit international. En 1993, les accords d’oslo ont prévu une résolution à « deux Etats », avec un Etat palestinien indépendant et viable aux côtés d’Israël. Aujourd’hui, le plan israélo-américain pourrait faire voler en éclat ces multiples efforts consentis en faveur de la paix dans le conflit israélo-palestinien.

Face à ce revirement de situation, la communauté internationale semble s’activer de plus en plus. « Nous avons soumis une contre-proposition au Quartette (Union Européenne, ONU, Russie) un texte qui propose la création d’un Etat palestinien souverain, indépendant et démilitarisé ainsi que de mineures modifications au tracé de frontières lorsque nécessaire » a ainsi déclaré le premier Ministre palestinien Mohammed Shtayyeh le 9 juin 2020. « Une telle mesure détruira un demi-siècle d’efforts pour la paix dans la région et aura des conséquences considérables », écrivent une quarantaine de femmes politiques internationales parmi lesquelles figurent l’ex-président suisse Micheline Calmy-Rey, l’ancienne ministre française de la justice Christiane Taubira, l’avocate iranienne et lauréate du prix Nobel de la paix Shirin Ebadi ou encore l’ancienne ministre Sud-africaine Barbara Hogan, nous indiquent nos confrères de TV5Monde. L’ONU, quant à elle a exhorté Israël à « abandonner ces menaces d’annexions » alors que qu’en Europe, Paris, Madrid, Berlin et Rome préparent une « action commune » pour tenter de relancer les pourparlers entre Israël et la Palestine, nous rapportent TV5Monde.

« Un jeu d’intérêts politiques »

Ce projet d’invasion de 30% de la Cisjordanie s’est imposée comme une aubaine politique autant pour Benjamin Netanyahu que pour Donald Trump. Affaibli par les récentes élections législatives qui vu son parti le Likoud reculé au profit de la coalition Bleu et blanc mené par l’ex chef d’État Major de l’armée israélienne Benny Gantz, le Premier Ministre Netanyahu menacé par des procédures judicaires y a surement vu l’occasion de sauvegarder son poste, alors qu’il est inculpé pour corruption dans trois affaires. Les législatives du 2 mars dernier lui ont permis de jouer sa survie politique. Le « plan de paix » du Président américain Donald Trump aurait été pour lui un coup de pouce électoral. Le Chef de la Maison Blanche voulait en posant ce dossier à quelques mois de la présidentielle américaine faire oublier son procès en destitution, car par ce projet, Trump ambitionnait de remobiliser ses partisans y compris ses soutiens sans faille d’Israël, qui représentent une base non négligeable de son électorat.

« Les conséquences sur le plan sécuritaire au Moyen orient »

Le projet d’Israël d’annexion de la Cisjordanie aurait sans aucun doute produit des réactions en chaine, sur le plan sécuritaire dans le moyen orient avec de sérieux risques de débordements. D’abord, l’on pourrait observer une recrudescence des violences entre israéliens et palestiniens avec le déclenchement d’une nouvelle intifada. Par ailleurs, la Jordanie et l’Égypte, qui ont eu à signer des traités de paix avec Israël pourraient rompre avec ce dernier leurs relations diplomatiques, ce qui rendrait caduc les traités de paix avec Israël. Le groupe Boycott Désinvestissement et Sanctions (BDS) pourrait intensifier sa campagne de boycott contre les compagnies israéliennes et étrangères établies en Cisjordanie. Ce groupe a été lancé pour la première fois en 2005, par des militants palestiniens pour s’opposer à l’occupation israélienne des territoires palestiniens, par les appels répétés au boycott des entreprises israéliennes et étrangères opérant dans les colonies israéliennes et les territoires occupés. L’antisémitisme pourrait se propager comme une épidémie de façon à atteindre des pics sans précédents. De plus, au sein de la communauté internationale, l’Union Européenne pourrait condamner plus fermement Tel Aviv pour son non-respect des décisions juridiques internationales.  

« Vers un apaisement des tensions »

« Le sujet de droit ne se définit pas » tel qu’il est prescrit en droit. Un effort de respect de ce principe par Israël, contribuerait énormément à poser les jalons d’une paix durable avec sa voisine la Palestine. Étant acteur de la société internationale, et donc sujet de droit, Tel Aviv devrait respecter les résolutions internationales prises par ses paires. Et les groupes armés palestiniens devraient comme signe d’ouverture ultime au dialogue, renoncer à l’appel à la destruction d’Israël. Car c’est en respectant le principe de la parole donnée qu’est garanti l’indépendance et la souveraineté des États.  Par ailleurs, la paix étant un bien commun vers lequel aspire toutes les nations, ce qui justifie encore le traité de San Francisco à l’origine de l’ONU, Israël, qui a connu l’expérience douloureuse de la guerre, devrait être la mieux placée pour s’imposer comme nation en relation et non comme nation par opposition car l’existence d’Israël n’est pas négociable.