Le monde postmoderne est plein d’inégalités et de pratiques illicites empreintes d’injustices. Ces injustices, tirent leurs racines d’un déficit de discernement spirituel qui affecte bon nombre d’individus, y compris des organisations, dans la définition de leur stratégie ou de leur plan d’action. Interroger en quoi consiste l’Esprit de discernement apparait de fait comme une urgence pour les hommes et les femmes de décision du temps présent.

D’après le dictionnaire de langue française Larousse, le discernement est considéré comme la faculté de juger sainement ou encore l’action de porter un jugement correct face à une situation donnée. Pour bon nombre de gens, l’esprit de discernement serait donc, celui-là qui permet de choisir entre deux ou plusieurs entités, deux ou plusieurs situations, celle qui parait être la plus juste et la plus fiable. Mais par forcément celle qui convient à la volonté de Dieu. La question fondamentale étant celle de savoir, ce que c’est que la volonté de Dieu ? Est-ce le produit de nos interprétations intelligentes des situations et des signes ? Est-elle révélée, accueillie, ou simplement perçue à partir de l’intelligence des évènements ? En réalité, comment avoir l’Esprit de discernement ?

Face à une situation, ou à un problème, l’on est parfois obligé de prendre une décision ou de faire un choix. De ce fait, il est impossible de donner raison à une quelconque personne sans avoir pris le soin de l’écoute attentive, et le temps précieux de juger le problème tel qu’il semble se présenter. On ne peut juger objectivement un problème ou une situation qu’a partir des informations vérifiées que l’on dispose. Ainsi, à l’imitation du Roi Salomon face aux deux femmes revendiquant le même enfant dans le livre des Rois, il faudrait face à l’impératif de décider, faire au préalable appel aux parties concernées par le problème exposé; écouter avec attention chacun dans le calme; poser des questions pour éclaircir l’affaire; se méfier de nos propos états d’âme; analyser le problème en profondeur, afin de prévenir toute superficialité. Enfin, porter un jugement claire et sans prétention qui nous évitera l’accusation facile du partie pris. Dans nos ménages, en couple, ou dans nos lieux de travail, on est parfois appelé à juger certaines situations, ou à donner notre avis sur certains sujets de discorde ou de décision. Se munir de l’esprit de discernement spirituel, qui manie autant l’intelligence, que l’affectivité, devient alors capital, pour ne pas accroitre la complexité des situations déjà troubles.

« Engeance de vipère, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? » (Lc3,7) Cette parole de Jean Baptiste le précurseur du Messie, Roi de justice, Prince de la paix, et Maitre de discernement par excellence, interpelle la conscience de ceux et celles qui se mettent au discernement par pur opportunisme. C’est également un avertissement prophétique, lancé à ceux qui sont familiers de fausses accusations, et du mensonge. Un appel à la conversion et à l’ouverture du cœur et de l’intelligence, adressé à ceux qui décident sans avoir l’information vraie, sans prendre le temps de l’écoute apaisée, et sans la consultation du sentir intérieur de la volonté de Dieu. Pourtant, l’Esprit du seigneur rime avec vérité, amour et réalité. Il rétablit tout le monde dans son bon droit et dans la justice. Saint Paul peut ainsi dire aux corinthiens : »l’amour de Dieu est versé dans nos cœur par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm5,5)

Avoir le charisme du discernement spirituel est un don du Saint Esprit. C’est une grâce que nous recevons dans notre baptême, et qui se déploie en nous par le sacrement de confirmation, mais qui ne portera ses fruits en abondance que si nous gardons notre foi en éveil. Voilà pourquoi, le chrétien, être de foi, homo fidei, devrait toujours garder le cœur et l’intelligence éclairés par la vie de prière et l’union au Christ Jésus, afin de garder la justice et la vérité dans l’amour, au centre de ces prises de décisions quotidiennes.

Evanel AlaÏ et Armel Simeu