Cameroun: Réformer le système électoral, reconstruire la conscience politique nationale.

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credits photo/actucameroun.cm

La réforme du système électoral camerounais continue à animer l’espace politique camerounais. Le professeur Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), premier parti de l’opposition, officiellement classé second à la dernière élection présidentielle de 2018, alertant l’opinion nationale sur la préparation d’une transition politique qualifiée de « gré à gré » au sommet de l’Etat, invite non seulement à s’opposer à une telle manœuvre des forces au pouvoir, mais aussi à exiger la réforme du système électoral tout entier, préalablement à toute nouvelle élection. Un combat qui rejoint celui du prêtre Jésuite Ludovic Lado, une voix bien connue de la société civile camerounaise, qui s’est engagé dépuis 2011 à denoncer un code électoral aux multiples imperfections .

La présente réflexion s’appuie sur les avis partagés des acteurs de la sphère politique camerounaise, relativement à l’appel à exiger la reforme du système électoral par le Président du MRC. En recoupant les différents positionnement des acteurs politiques, il apparait trois principaux groupes :

  • ceux qui sont favorables à une fédération nationale qui portera l’exigence de la révision du code électoral que seul le MRC à l’évidence ne peut supporter;
  • ceux qui ne partagent pas l’avis de faire front commun avec le MRC au prétexte (fallacieux) que son leader, de façon général, nourrit lui-même cette fragmentation de l’unité politique ;
  • et les indécis, lesquels sont curieusement les moins nombreux. On peut donc avons les catégorisé en – mais sans absolu- la gauche et la droite radicales, la droite conservatrice et les non-alignés que l’on pourrait situé dans un centre-droit indifférent comme nous nous sommes amusé à les repartir.

A chacune de ces parties qui s’entrechoquent, si nous leur posions la question de la nécessité du bonheur collectif, du bien-vivre harmonieux au sein des différences culturelles, religieuses, partisanes et même tribales de notre pays, nous prenons le risque de penser que chacune d’elles (les parties), serait d’accord quoique l’accord de certains serait simplement de la roublardise. Alors au fond, nous nous posons la question de savoir quel est le socle sur lequel repose cette opposition, qui n’a pas lieu d’être même si, il faut l’admettre, elle est inhérente aux relations intersubjectives.  « Lorsqu’on tend le doigt en direction d’un régime de banane pour le faire voir au singe, au lieu de regarder le régime de banane, celui-ci se contente de regarder votre doigt » dit-on souvent. Voilà, à notre avis, le cadre dans lequel se meut malheureusement notre conscience politique.

Nous souhaitons donc que nous rétablissions quelques vérités et si par mégarde il advenait que nous nous trompions, nous vous serons reconnaissant de nous corriger car comme le dit Saint Jean l’évangéliste « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira » (Jn 8, 32), la vérité est donc un bien commun que nous devons tous avoir en partage.

1- Si nous partons de la base que le Cameroun est « notre Maison Commune », celà suppose donc pour une vie harmonieuse de la maison entière, qu’il faut, non seulement que chacun donne du sien, mais aussi que le travail ou l’apport de chacun soit de nature à participer à l’harmonie domestique pour laquelle nous sommes organisés. Ce qui signifie que, autant c’est une exigence pour chacun de se soucier du bien-être de soi et de l’autre, autant est-il nécessaire d’asseoir son action sur un système de valeurs qui promeut l’inaliénabilité de l’humain, tant dans ma personne que dans celle de mon vis à vis. Ainsi, en admettant seulement que, nous, membres de la Maison Cameroun, portons des profondeurs de nos cœurs le vœux de l’avènement de la justice sociale au sein de notre communauté politique; le vœux du respect de la volonté populaire au travers de la revalorisation de notre arsenal électoral, alors, le bon sens nous oblige à accepter que la clé du succès ne repose que sur « la grande coalition de notre Maison Cameroun », au regard du passif désolant dont les conséquences continuent à nous affecter aujourd’hui. D’ailleurs, si les théories contractuelles de la démocratie disposent que le peuple qui est souverain donne mandat à quelqu’un qu’il choisit pour faire sa volonté, il est donc claire que ce mandat qui ne comporte pas l’abdication des droits et libertés populaires, ce peuple peut le lui retirer à tout moment lorsque sa volonté n’est plus respectée. Cela étant, j’ai mon mot à dire, tu as ton mot à dire et chacun a son mot à dire dans l’objectif de construction du future harmonieux domestique. C’est le devoir de chacun de porter cette responsabilité.

 S’il est intrinsèquement programmé dans la société humaine que les avis et opinions divergent les unes des autres, il demeure juste et vrai que l’objectif commun et le cadre de valeurs devant conditionner sa réalisation, canalisent les actions individuelles vers l’idéal social visé et par conséquent évite la dispersion. En admettant encore que nous portons tous, quelque soit notre camp politique, tribal etc., le vœux de la réforme du système électoral parce que c’est un bien pour tout le monde et surtout que ça ne fera aucun mal à personne que cela soit, alors ce qui reste à faire c’est de s’y mettre activement. La solution n’est certainement pas de voir en l’autre son ennemi pour justifier la résignation, ce que le MRC et son leader sont en train de subir malheureusement. A ce sujet, il nous semble que jusqu’ici depuis la présidentielle, le MRC est la seule formation politique à rester constante dans ce combat, au-delà de tout ce qu’on peut lui reprocher. Nous ne nous revendiquons d’aucune mouvance politique mais comme nous l’avions dit plus haut, rétablissons quelques vérités que nous tendons à banaliser. Ainsi, affirmer que le MRC avait… ou que Kamto avait… sont des propos, à notre avis, inopportuns et vides de sens moral car la seule chose qui nous importe, nous, tout de suite c’est rejoindre la coalition dans laquelle se retrouvent les basaa, les bamilékés, les bétis, les militants du RDPC, SDF, PCRN etc avec lesquels nous partageons l’objectif d’un système électoral juste, pour s’engager à l’action.

Pour terminer, nous retenons deux leçons importantes que nous voudrions partager. D’abord, la justice dans nos différentes institutions participe à concrétiser le bonheur collectif, l’harmonie et la concorde dans la Maison Cameroun. Dans ce sens, ces valeurs auxquelles nous aspirons tous en ce sens que son absence crée un climat de guerre de tous contre tous, doivent être respectées par chaque individualité de la maison. Mon inaction me rend complice de ce que font mes bourreaux contre moi;

En fin, de même que toute révolution est sous-tendue par un nouveau paradigme, il incombe à chacun de mettre à jour son système de pensée politique et sociale en rapport, mieux en adéquation à l’image du Cameroun que nous portons si chèrement dans nos cœurs; Dès maintenant, défendre le bien commun dans l’idée et l’action en faveur de la réforme du système électoral, c’est pratiqué la justice sociale!