Cameroun : inflation des astuces pour lutter contre le Covid-19

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Quelques jours seulement après la détection des premiers cas de covid-19 au Cameroun, les individus se sont démêlés pour trouver des « remèdes » qui selon eux, préviendraient la pandémie. Une inflation de l’automédication qui inquiète, et ne va pas sans risque pour la santé.

Infusion, décoction, chauffage sont entre autres mesures appliquées par de nombreux camerounais dans la lutte non contre la propagation du Covid-19 en lui même, mais pour lutter contre la psychose et l’esprit de morbidité que la pandémie propagent au sein des populations.

« Mes enfants et moi buvons chaque soir des infusions au coucher, question de nettoyer toute saleté ou microbe contracté en longueur de journée », déclare une dame, rencontrée devant un étale d’ananas au marché Dakar à Douala. « On ne meurt pas deux fois », ajoute-t-elle en souriant. A la question de savoir lesquelles infusions boivent-ils, la dame poursuit : « vous me voyez devant le vendeur d’ananas, après j’irai chercher du djindja c’est-à-dire du gingembre (Ndlr), puis du ail. Une fois à la maison je mixe tous ces mélanges et les infuse. Voilà la composition », nous confie la sexagénaire. Elle a pris trois têtes d’ananas et poursuit son chemin. Après trois pas, pas elle se retourne et crie « n’oubliez pas il faut le boire chaud ». Puis elle s’en va définitivement.

Cette dame est bien loin d’être la seule à croire qu’un thé quotidien de gingembre aiderait  à lutter contre le Covid-19. Mais à la différence de l’ananas, d’autres rajoutent du citron. « J’écrase le djindja et le ail que je fais bouillir. Ensuite, j’y mets le jus de citron et je bois brûlant. Cette boisson chaude me protège du corona. », Explique Carine, une jeune demoiselle rencontrée dans ce même marché. Tout près de Carine, une maman rajoute « ma fille, il faut aussi mettre du miel pour éviter le mal d’estomac ». Or, comme le pense cette maman, pour les spécialistes de la santé, le citron est un détox, mais en grande quantité, il peut provoquer des brûlures d’estomac. De plus, le taux d’acide très élevé dans cet agrume peut décalcifier les os et les dents, les rendant ainsi plus fragiles. Les effets néfastes de la consommation abusive du citron sont également observés sur les reins. Il est alors conseillé de mettre un peu de miel dans du citron avant de le consommer. A défaut d’empêcher, il limiterait tout au moins les effets secondaires dans l’organisme.

Les recettes pullulent…

A deux jets de pierres de là, nous retrouvons monsieur Egoué tenant une tige d’aloe vera à la main gauche et un bidon d’environs 10litres à l’autre main. Il raconte : « depuis le début de cette maladie, l’aloe vera est devenu notre boisson. Mes enfants refusaient à cause de son amertume mais je les ai obligés à boire et aujourd’hui ils sont habitués. En quittant la maison il n’y avait pas d’eau. Alors j’ai puisé ce bidon au forage d’à côté pour préparer le remède, car on ne sait pas à quelle heure est-ce-que l’eau reviendra ». Sieur Egoué nous confie être inquiet, car il ne reste pas une seule goute de cette potion à la maison. « Il n’y a pas de temps à perdre », s’exclame-t-il en s’en allant précipitamment. Comme Monsieur Egoué nombre d’individus pensent que des boissons amères sont plus efficaces dans la lutte contre la pandémie. Ils expliquent que si la chloroquine faite à base de « nos écorces amères » soigne le Covid-19, l’idéal serait de boire des décoctions de ces écorces. Aussi, toute plante (remède) amère à l’instar du Ndolè, du quinquéliba et bien d’autres, connaissent leur apogée sur le marché en ce moment. Deux verres quotidiens d’une infusion de feuilles d’eucalyptus et de citronnelle, un bain de gorge avec de l’eau mentholée ou encore un bain de gorge avec de l’eau tiède salée, sont entre autres recettes recensées auprès de quelques individus.

Pendant ce temps, les commerçants se frottent les mains

Ces différentes denrées très prisées en ce moment, se font de plus en plus rares sur le marché et les prix du peu que l’on trouve connaissent une haute vertigineuse. D’aucuns ont vu leur prix tripler, ou quatripler. Le fruit de citron qui coûtait d’habitude 50F ou 75F CFA, coûte désormais 200F, 250F voire même 300 CFA à certains endroits. Un fruit de quinquéliba est passé de 500 à 1500 F CFA. Et il n’est pas exclu que la flambée des prix sur ces produits s’affaiblissent. Le gingembre qui était « le condiment le plus moins chère » selon les femmes, est devenu la poule aux œufs d’or. Les clients se plainent çà et là mais disent n’avoir pas d’alternatives, le défi étant de rester en vie. « On achetait tout un panier de djindjin à 300F ou 500F CFA au plus. Maintenant le djidjin de cette même somme d’argent remplit à peine des mains. Vraiment, les commerçants exagèrent », s’offusque une cliente qui poursuit : «  mais on va faire comment ? Les gens meurent du corona partout. Il faut qu’on se protège ». Les commerçants de leur côté, trouvent satisfaction pour la plupart. Si quelques-uns disent hausser les prises à cause du ravitaillaient devenu très difficile depuis le début de la pandémie, nombreux sont ceux qui avouent être contents de cette situation. Ils confient n’avoir pas fait autant de recettes depuis des années. « Il faut que je profite avant que corona parte », déclare toute sereine, une vendeuse de citron.  

Malgré les mises en garde et la hausse des contrôles de prix initiés par Luc Magloire Mbarga Atangana, le ministre du commerce, les commerçants véreux n’en démordent pas. Nombreux sont les récalcitrants qui font la sourde oreille. Tout porte à croire que seule la fin du covid-19 leur fera entendre raison. Vivement pour les clients, que cette fin arrive.