A l’approche du 08 mars, les pagnes de l’édition 2020 se font rares sur le marché et donnent du fil à retordre aux femmes qui souhaitent se parer aux couleurs de la fête.

Voici maintenant plusieurs semaines que la situation perdure. Alors que la célébration de la journée internationale de la femme (JIF) approche, les femmes font la queue dans les points de vente dans l’espoir de s’acheter un pagne. « J’étais ici hier au environ de 11h. On m’a fait comprendre que les pagnes étaient finis et que je revienne aujourd’hui. Je suis arrivée ce matin à 10h et on m’a dit que le stock arrivé ce matin est également fini. J’essayerai de venir plus tôt demain », relate Justine, couturière au quartier Madagascar à Yaoundé, rencontrée au marché Mokolo, devant un point de vente des pagnes du 08 mars. Le visage froissé, la main à la hanche droite, Pauline, fronçant progressivement les yeux, poursuit : « les clients me traitent déjà de malhonnête. Depuis qu’ils m’ont donné leur argent, je n’arrive pas à les satisfaire ». Non loin de là, une jeune dame, assise sur un sac à même le sol, le poignet supportant sa joue droite, raconte son quatrième jour de mésaventure dans le même marché. « C’est depuis vendredi que je marche  ici. On dirait que le pagne est devenu de l’or. On ne voit même pas», explique la trentenaire.

Celles d’entre ces femmes qui réussissent à trouver quelques pagnes rescapés dans certaines boutiques isolées, sont aussi tôt découragées par le prix. L’unité qui initialement coûterait 6500F CFA, va déjà jusqu’à 10000F voir 12000F CFA. « Je ne peux pas sortir 10000F ou 12000F  pour acheter un pagne qui ne me servira qu’un seul jour. Si je trouve un pagne à 6500F, je vais l’acheter mais dans le cas contraire, je ne le porterai pas cette année », confie Irène Essingué, rencontrée à quelque lieux du marché Moloko.

Yaoundé n’est pas la seule ville affectée par cette situation. Le phénomène s’observe aussi bien dans d’autres cités du territoire national. Une cliente partie de Bertoua pour Yaoundé, dans le seul but de se procurer l’uniforme de la JIF, a choisi de garder l’anonymat. Elle explique : « Je suis prête à tout pour porter ce pagne. Ça fait deux jours que je viens sans trouver le pagne mais il n‘est pas question que je me décourage car, le 08 mars est une fête capitale pour nous les femmes et nous devons la célébrer vêtues de son uniforme».

2,1 millions de mètres de pagne à produire, contre 3 millions préalablement prévu

Dans une interview publiée à l’intérieur du quotidien national Cameroon Tribune du 19 février dernier, la  Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam) explique qu’initialement, elle avait prévu de produire 3 millions de mètres de pagne à l’occasion de la journée internationale de la femme, édition 2020. Un chiffre déjà problématique, car inférieur à 4 ou 5 millions de mètres produits les années antérieures par ladite entreprise. En plus de ce déficit observé à la base, seulement, 700 000 mètres sur les 3 millions attendus ont déjà été produits à nos jours, ce qui rend la situation plus compliquée. Les pagnes commandés à l’extérieur pour pallier au déficit traînent également à se faire disponible. La Cicam met en cause le port de Douala. « En raison des difficultés au port de Douala, sur 1,6 million de mètres de pagne [ Ndlr] en provenance de l’Afrique de l’ouest, nous n’avons pu recevoir que 400 000 mètres. Le reste de la cargaison est entre les ports de pointe-Noire et de Douala », déclare Ibrahim Pitti, administrateur des ventes de la Cicam. Néanmoins, il rassure. «  Les négociations sont en cours entre la direction générale de la Cicam, les capitaineries des ports de Douala, de pointe-noire et de Kribi ».

Face à cette situation, la Cotonnière industrielle du Cameroun s’est vue dans l’obligation de fixer un nouveau quota qui est de 2,5 millions de mètres de tissu. « Il sera donc difficile d’atteindre les objectifs de départ et nous avons fixé un nouveau seuil à 2,1 millions de mètres, qui pourront satisfaire nos grossistes, nos institutions et quelques clients de passage», confie Ibrahim Pitti.

Jusqu’ici, la pénurie perdure et les femmes pour la plupart lassée, ne comptent plus que sur l’espoir de pouvoir obtenir ne serait-ce qu’un morceau de ce pagne avant le jour-J.