Cameroun : Le pouvoir de Yaoundé aux prises avec les crimes de Ngarbuh, l’Eglise Catholique hausse la voix.

0
651

Alors que Yaoundé n’en a pas encore terminé avec la guerre des chiffres et des versions autour des morts de Ngarbuh, guerre qui l’oppose à la communauté internationale, l’ONG Human Rights Watch évoque des éléments à charge contre le régime de Yaoundé dans un rapport rendu publique hier mardi au sujet du drame de Ngarbuh.

« La guerre des versions et des chiffres« 

Le 14 février 2020, le vendredi noir de Ngarbuh. La localité a été traversée par une onde de larme, d’émoi, de consternation et de compassion. La fête de l’amour a troqué ses roses et ses bouquets aux crépitements des armes et à un bain de sang insoutenable. Pour cause, un échange de tirs entre quelques éléments de l’armée républicaine en mission à Ngarbuh et les forces terroristes sécessionnistes de « l’Ambazonie ». Le bilan de ce que le Ministère de la défense a appelé « malheureux accident » a fait cinq morts si l’on s’en tient à la version et aux chiffres de Yaoundé.

Pour l’Organisation des Nations Unies (ONU), en s’appuyant sur les déclarations des témoins, une quarantaine d’hommes armés, dont des membres des forces de sécurité et de défense, ont attaqués le village « ouvrant le feu sur les gens et incendiant les maisons », rapporte le Porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH) M. Ruppert Coville, lors d’un point de presse à Genève. Cet « épisode choquant » a fait état de vingt-trois morts, dont quinze enfants. Neuf de ces enfants étaient âgés de moins de cinq ans. Il figurait parmi les victimes deux femmes enceintes dont l’une d’entre elles est décédée de suite de ses blessures à l’hôpital, une version et des chiffres qui se situent aux antipodes de ceux du Gouvernement.

L’Evêque du diocèse de Kumbo, Monseigneur George Nkuo semble confirmer la version de l’ONU. Pour le prélat « Ce jour vers 4h30 du matin, certaines cases ont été défoncées, les militaires recherchaient les séparatistes. Ils demandaient où étaient passés les garçons. ces faits m’ont été rapportés par des témoins de la scène. Comment le dire autrement, ce sont les faits.  » L’homme de Dieu prend le contre-pied du Gouvernement en ce qui concerne le bilan de morts: « il y a eu 22 morts. Je connais toutes les personnes décédées ce jour là… » martèle Monseigneur.

« Les éléments du rapport de Human Rights Watch« 

L’ONG Human Rights Watch rejète en bloc la version du « malheureux accident » du gouvernement et accuse l’armée camerounaise de massacre de civils à Ngarbuh. Cette ONG de défense des droits de l’homme a publié hier mardi 25 février 2020 son rapport sur la tragédie de Ngarbuh. Elle demande une « enquête avec la participation de l’ONU. » Illaria Allégrozzi, Chercheuse Human Rights Watch Afrique Centrale, confessait déjà chez nos confrères de TV5 que les témoins du drame affirmaient qu’il n’y a jamais eu d’explosion de conteneurs de carburant mais que les tueries étaient délibérées et visaient à punir les populations soupçonnées d’abriter les sécessionnistes. Par ailleurs, ces témoins ont rapporté que les militaires ont brûlé les corps des victimes. Ilaria affirme que les maisons brûlées ont été localisées et les images satellites prises avant et après l’attaque correspondent aux dires des témoins.

Pour Human Rights Watch, ce n’est pas la première fois que les autorités camerounaises nient que leurs troupes aient tués des civils, l’on se souvient encore des exécutions extrajudiciaires des deux femmes avec leurs enfants commises par l’armée à l’Extrême-Nord du Cameroun. Human Rights Watch aurait donné le coup de grâce qui consacre le Gouvernement de Biya au Prétoire international. C’est à se demander si les Morts de Ngarbuh Hanteraient le pouvoir de Yaoundé.