Elections législatives et municipales: la victoire de l’abstention ou celle du boycott?

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Au lendemain des élections législatives et municipales tenues le 09 février 2020, les tendances sur la participation évoquées ça et là par les organismes compétents indiquent que les camerounais, dans leur forte majorité, ont préféré rester loin des urnes.

« Position du MRC… »

Le lundi 25 novembre 2019, le Président National du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) annonçait alors à la communauté politique nationale que son parti ne prendra pas part aux élections législatives et municipales du 09 février 2020. Il invitait par ailleurs la classe politique à suivre ce mot d’ordre de boycott. Appel qui justement controversait la classe politique toute entière. Maurice Kamto avait posé comme condition de participation la résolution de la crise anglophone et la révision du code électoral.

Depuis cet appel au boycott lancé par le président du MRC, les membres du Gouvernement, membres du parti au pouvoir le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), n’ont cessé de faire une contre campagne appelant les citoyens à se rendre massivement aux bureaux de vote le 09 février. C’est ainsi que au cours d’une conférence de presse, le Ministre de l’Administration Territoriale avait qualifié d’antipatriotes ceux qui appellent au boycott de ce rendez-vous électoral. Dans la même logique, le Président National du RDPC, Président en exercice de la République du Cameroun a taxé de « petits partis politiques », les partis politiques favorables au boycott des élections.

Ainsi, le rendez-vous du 09 février semble avoir tranché entre ces positions multiples sur la volonté du peuple. L’on pouvait observer des poignets de personnes dans les bureaux de votes. Les tendances relatives à la participation évoquées par les observateurs vont tous dans le même sens.

« Abstention… »

L’ancien premier ministre nigérien Seyni Oumarou a dirigé la mission des observateurs accrédités de l’Union Africaine (UA). Le mardi 11 Février à Yaoundé, son équipe et lui ont délivré devant la presse nationale et internationale, les grandes lignes de leur rapport. On retient que « la mission a relevé une faible affluence. Aucun engouement particulier n’a été noté dans les différentes localités couvertes ».  Toutefois, le chef de la mission de l’UA a refusé de donner un chiffre précis. Il souligne que c’est un travail dévolu à l’organe en charge des élections : Elections Cameroon (ELECAM).  Néanmoins pour crédibiliser son rapport, des chiffres propres à la mission on été présenté. Elle était constituée de 34 observateurs issus de 23 pays africains. Ils sont issus du parlement panafricain, notamment de la commission de l’UA en charge de l’observation des élections, mais aussi du milieu de la société civile africaine, et des experts électoraux.  Ladite mission confie s’être déployé dans six régions du Cameroun et affirme avoir fait le tour de 176 bureaux de vote dont 79% en milieu urbain et 21% en milieu rural.

C’est sensiblement le même son de cloche qui vient de la Conférence Episcopale Nationale du Cameroun. Face à la presse le mardi 11 Février à Bafang à l’Ouest du Cameroun, Monseigneur Abraham Kome a tenu à donner un rapport préliminaire des observateurs issus de l’institution dont il a la charge. « La tendance à l’abstention était presque générale » a déclaré le prélat. Ce constat vient des premiers éléments rapportés par les deux cent soixante deux observateurs  déployés sur 46 des 58 départements que compte le Cameroun. Pour justifier la « participation timide », l’évêque avance quelques chiffres : « c’est ainsi qu’à Bissono gendarmerie à Sangmelima, il y a eu 85 votants sur les 310 inscrits, à Ngwui par Dschang 50 votants sur 200 inscrits, à Batouri, 80,57% de taux d’abstention, à Bertoua 70% ».  Toutefois Monseigneur reconnait une certaine acalmie dans le déroulement des élections nonobstant des incidents localisés comme ceux du Noun où on a observé des échauffourées entre les militants du RDPC et ceux de l’UDC.  Rappelons tout de même que certains partis politiques en occurrence le MRC de Maurice Kamto et le CPP  de Edith Kah Walla avaient appelé au boycott de ces élections. Les médias internationaux n’ont pas manqués de souligner cette faible participation. Une attitude qui n’est pas du tout du goût du gouvernement.

« Parole gouvernementale… »

« la participation massive des électeurs et la bonne organisation de ces élections avec le déploiement des partis politiques, sont un gage s’il en fallait encore un, pour illustrer la maturité de la démocratie camerounaise. » a déclaré face aux médias le Ministre Réne Sadi le mardi 11 février en marge du Forum de la jeunesse auquel il prenait part au Palais polyvalent des Sports de Yaoundé. Le Porte parole du gouvernement va plus loin : « C’est au demeurant, le lieu de rappeler à certains médias internationaux qui, avant même l’issue du scrutin, ont délibérément choisi de discréditer le déroulement de ces élections (….) c’est le lieu de leur rappeler qu’au-delà de la mauvaise foi manifeste, au-delà des tentatives d’instrumentalisation, et de la manipulation de l’opinion dont ils font preuve, rien ne pourra occulter la réalité des faits, et la sincérité des opérations de vote qui, nous l’affirmons haut et fort, se sont déroulés dans l’ordre et la transparence sous les yeux de plus de centaines d’observateurs nationaux et internationaux. ».

« Abstention ou boycott… »

De ce qui précède, il demeure que pour ces observateurs, les camerounais ont pour la majorité fait le choix de rester hors des bureaux de vote. Pour certains, la cause de cette attitude repose sur le fait que les électeurs ne se sont pas rués vers les antennes Elecam pour récupérer leurs cartes d’électeurs. Pour d’autres, les camerounais ont suivi l’appel au boycott. Toutefois, il est évident que le climat politique au Cameroun n’est pas de nature à encourager les citoyens à s’y engager malgré les appels multiples du Gouvernement. Le code électoral reste et demeure un gros obstacle à la sincérité du jeu électoral en dépit des multiples appels à sa révision. Par ailleurs, l’insécurité dans les régions du Nord Ouest et du Sud Ouest n’y permet ni des élections libres ni leur administration. En plus, pour l’opposition et pour la société civile nationale le parti au pouvoir n’est pas réputé être fair-play. Cet ensemble de raisons semble avoir conduit la majorité à effectuer ce choix rationnel, témoignant de sa maturité politique partagée entre boycott et abstention.

Par Moise Bayi et Lionel Kana