Elections locales au Cameroun : A qui profite l’appel au boycott?

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Après le MRC, classé en second à l’élection présidentielle du 07 octobre 2018 dont il dénonce le hold-up, et qui a renoncé à la participation aux élections municipales et législatives du 09 février 2020 prochain, le SDF, et le PCNR, avaient posé également à leur tour les conditions de leur participation.

Si certains analystes pensent que le boycott ne profite qu’au pouvoir en place en se référant aux cas dans l’histoire («1992, les partis politiques de l’opposition qui incarnaient le rêve du changement, notamment le SDF, ont décidé de ne pas aller aux élections législatives et municipales. Paul Biya et ses amis y sont allés et se sont partagé les sièges à l’issue du scrutin. La même chose s’est produite en 1997 ».) , la stratégie de boycotter les élections pourraient avoir un impact particulier cette fois-ci, étant donné  que les contextes ne sont pas les mêmes. Elle permet au parti au pouvoir (RDPC) de remporter le maximum des sièges possibles. Elle participe également à la delégitimation des institutions issues de ces élections, dans un contexte où le pouvoir est en quête de légitimité au lendemain d’une crise post-électoral non soldé, et qui subit en plus des pressions internationales pour la résolution politique de la crise des zones anglophones. De plus l’absence d’un poids lourd de l’opposition à ces élections posera un sérieux problème de légitimité même du processus électoral tel que veut le soulever le leader de l’opposition camerounaise. Car le parti au pouvoir pourrait gagner sans concurrent véritable.

Les vrais enjeux du boycott se trouvent dans la capacité à accroitre les pressions sur le pouvoir de Yaoundé, au point de l’amener à faire beaucoup plus de concessions notamment dans la réforme du code électoral. Ces réformes pourraient d’ailleurs s’étendre à la reforme de  « Elecam », pour l’organisation des élections plus « crédibles » au Cameroun.

Cette stratégie est visiblement conçue sur un parie. Discréditer le processus électoral, afin d’envisager des élections dans des conditions différentes pour l’avenir. Si le boycott ne conduit pas à cette fin, ce sera un parie raté, avec un effet «  boomerang », le renforcement de son adversaire et la perte de l’influence des partis qui ont préconisé le boycott. Le temps nous en dira plus.