Davos 2020 : entre défis et divisions sur le climat 

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Du mardi 21 au Vendredi 24 Janvier 2020 s’est déroulée la cinquantième édition du Forum économique mondial. Les dirigeants du monde entier se sont réunis en suisse pour faire le point sur les grands sujets mondiaux. La question climatique a divisé et dominé les débats. Une rencontre au sommet sous haute tension et qui n’a pas laissé le Saint Siège indifférent.

« World Economic Forum 2020 »
Trois milles (3000) participants venus de 117 pays du monde entier  ont séjourné dans la ville Alpine de Davos en suisse. Ils sont chefs d’Etats, patrons de multinationales, représentants politiques, personnalités de la société civile qui profitent annuellement et à la même période du très bon séjour qu’offre la station de ski de Davos. « Nous avons souvent plus de syndicalistes que de banquiers, plus de prix Nobel de sciences que de prix Nobel d’économie », affirme Oliver Cann, chef de la communication stratégique du Forum. Nombre de ces organisations considèrent que Davos est le meilleur moment pour attirer l’attention des dirigeants du monde. La réunion de Davos ne dure que quatre jours, mais le travail commencé là-bas se poursuit tout au long de l’année, grâce au personnel engagé à plein temps par le Forum Économique Mondial. Pourtant connu comme la vitrine du capitalisme, la World Economic Forum de cette année a choisi comme slogan : « un monde plus solidaire et durable ».
Les pourparlers ont porté sur des sujets variés comme la place de la jeunesse etc… mais la question de l’environnement et du climat a dominé les débats. À cet effet Klaus Schwab, fondateur du Forum économique a déclaré que « le monde est en état d’urgence ». Les ravages du changement climatiques sont de plus en plus perceptibles partout dans le monde. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Dans ce même registre, Carlos Afonso Nobre se veut plus nombriliste. En effet ce directeur de l’académie brésilienne des Sciences explique que dans le sud de l’Amazonie, la déforestation se produit à un rythme tel qu’elle pourrait atteindre un «point de bascule» qui signerait la fin de la forêt : « Si ce point de bascule est dépassé, 50 à 60% de la forêt amazonienne se transformera en savane ». Une situation qui fait dire à Pedro Sánchez, premier ministre Espagnol que : « la croissance économique à n’importe quel prix n’est plus acceptable ». Pour lui, « La transition écologique que nous devons mettre en place est la preuve que les défis auxquels nous sommes confrontés en Espagne sont les mêmes que tous (…) L’urgence climatique est un problème qui se moque des frontières ».

« Thunberg VS Trump »
Greta Thunberg la célèbre militante écologiste était à ce rendez-vous. Sa prise de parole a fait écho à Davos. Elle a appelé à une action urgente, soulignant la nécessité d’un zéro émission bien réel. Elle a été plus pragmatique dans son discours en ces mots à l’endroit des participants : « il y a un an, je suis venue à Davos et je vous ai dit que notre maison était en feu. J’ai dit alors que je souhaitais que vous paniquiez. Puis l’on m’a averti que dire aux gens de paniquer à propos de la crise climatique est une chose très dangereuse. (…) Nous ne vous demandons pas de continuer à évoquer la possible atteinte de la « neutralité carbone » en trichant et en manipulant les chiffres. Nous ne vous demandons pas de « compenser vos émissions » en payant simplement quelqu’un d’autre pour planter des arbres dans des endroits comme l’Afrique alors que, dans le même temps, des forêts comme l’Amazonie sont abattues à un rythme infiniment plus élevé ». Chantre de l’objectif Zéro émission de carbone, elle poursuit : « Soyons clairs. Nous n’avons pas besoin d’une « économie à faible émission de carbone ». Nous n’avons pas besoin de « réduire les émissions ». Nos émissions doivent cesser si nous voulons avoir une chance de rester en dessous de l’objectif de 1,5 degré. Et tant que nous ne disposerons pas des technologies qui, à grande échelle, peuvent réduire nos émissions, nous avons besoin d’un réel « zéro émission »». La jeune militante ira jusqu’à affirmer que du point de vue de la durabilité, la droite, la gauche, ainsi que le centre, ont tous échoué. Aucune idéologie politique ou structure économique n’a été capable de faire face à l’urgence climatique et environnementale et de créer un monde rassembleur et durable. Car dit-elle « ce monde, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, est actuellement en feu. Notre maison est toujours en feu. Votre inaction souffle sur les flammes d’heure en heure. »

Une attitude aux antipodes des propos de Donald Trump lors de ce sommet. L’homme fort de la maison blanche a affirmé quand à lui que le monde ne devrait pas écouter les « éternels prophètes du malheur ». Dans un discours prononcé quelques minutes avant celui de l’adolescente Greta Thunberg M. Trump a averti que des forces étaient à l’œuvre dans le but de « détruire notre économie et à ruiner notre pays ou à éradiquer notre liberté. Ce n’est pas le moment d’être pessimiste. C’est le moment de l’optimisme. Pour embrasser les possibilités de demain, nous devons rejeter les éternels prophètes du malheur et leurs prédictions apocalyptiques », a-t-il déclaré. « Ils veulent nous voir se tromper, mais nous ne laissons pas cela se produire. Ils ont prédit une crise de surpopulation dans les années 60, une famine de masse dans les années 70 et la fin du pétrole dans les années 90. Ces alarmistes exigent toujours la même chose : le pouvoir absolu de dominer, de transformer et de contrôler tous les aspects de notre vie. Nous ne laisserons jamais les socialistes radicaux détruire notre économie, anéantir notre pays ou éradiquer notre liberté ». M. Trump a par ailleurs déclaré que la libre entreprise était la voie à suivre pour améliorer l’état du monde. « Je savais que si nous libérions le potentiel de notre peuple, réduisions les impôts et le poids de la réglementation… réparions les accords commerciaux rompus et exploitions pleinement l’énergie américaine, la prospérité reviendrait en force à une vitesse record. Et c’est exactement ce que nous avons fait et c’est exactement ce qui s’est passé »,  un discours aux allures de campagne présidentielle. Mais au sorti du sommet, les organisateurs se sont montré ouverts au discours des écologistes et ont appelé les entreprises à atteindre la neutralité carbone en 2050.

« La voix de l’église Catholique »
Selon le site officiel d’information du Vatican VaticanNews, le Pape François a adressé un message à l’occasion du Forum de Davos. La lettre qui a été rendu publique est portée par le cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, qui a représenté le Saint-Siège pour ce sommet. Dans cette lettre on peut y lire que le Pape se réjouit de voir dans ce Forum un espace dans lequel «la volonté politique et la coopération mutuelle peuvent être guidées et renforcées pour surmonter l’isolationnisme, l’individualisme et la colonisation idéologique qui, malheureusement, caractérisent trop souvent le débat contemporain». Face aux bouleversements géopolitiques comme aux changements qui affectent l’économie et le monde du travail, notamment avec l’apport de la technologie numérique, «la considération primordiale, à ne jamais oublier, est que nous sommes tous membres d’une seule et même famille humaine, précise François. L’obligation morale de prendre soin les uns des autres découle de ce fait, tout comme le principe corrélatif qui consiste à placer la personne humaine, plutôt que la simple poursuite du pouvoir ou du profit, au centre même de la politique publique». Le Pape martèle qu’il est donc «nécessaire d’aller au-delà des approches technologiques ou économiques à court terme et de prendre pleinement en compte la dimension éthique dans la recherche de solutions aux problèmes actuels ou dans la proposition d’initiatives pour l’avenir». François rappelle que le «développement humain vraiment intégral ne peut s’épanouir que si tous les membres de la famille humaine sont inclus dans la poursuite du bien commun et y contribuent. Dans la recherche d’un véritable progrès, n’oublions pas que piétiner la dignité d’une autre personne, c’est en fait affaiblir sa propre valeur.» Il  a insisté aussi sur la notion d’écologie intégrale, mise en avant dans son encyclique Laudato Si. Cet encyclique met en avant la responsabilité éthique de chacun et, a fortiori, la responsabilité de chaque décideur économique, dans le soin à apporter à la maison commune, et donc dans le respect dû à l’environnement et à chaque personne. Le Pape a conclut son message en espérant «que les participants au Forum d’aujourd’hui, et à ceux qui se tiendront à l’avenir, garderont à l’esprit la haute responsabilité morale que chacun d’entre nous a de rechercher le développement intégral de tous nos frères et sœurs, y compris ceux des générations futures. Que vos délibérations conduisent à un accroissement de la solidarité, en particulier avec ceux qui sont le plus dans le besoin, qui subissent l’injustice sociale et économique et dont l’existence même est menacée». une exhortation suivie de sa bénédiction aux participants.
Lionel K@N@