Maurice Kamto bouscule la météo politique au Cameroun.

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le chef de l'opposition camerounaise
Maurice Kamto, Président National du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC)

Le Président national du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a décidé depuis lundi 25 Novembre 2019 de ne pas prendre part aux élections municipales et législatives déjà fixées pour le 9 février 2020, décision qui crée un remue-ménage au sein de la classe politique nationale.

C’était le lundi 25 novembre 2019, comme un coup de tonnerre dans la vie politique camerounaise, le président national du MRC annonçait depuis le siège de son parti à Odza un quartier de la cité capitale du Cameroun, que le MRC ne prendra pas part aux élections municipales et législatives fixées pour la 09 février 2020. Le professeur Maurice Kamto justifie cette décision par la crise politico-sécuritaire dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du pays, qui n’est pas encore résolue jusqu’à nos jours et qui dispense les ressortissants de cette zone du droit de vote. Il pointe en outre, la révision indispensable du code électoral qui selon l’opposition camerounaise et plusieurs organisations de la société civile entretient un système électoral biaisé en faveur du parti au pouvoir.

Une décision de boycott électorale qui n’est pas passée en silence au sein de la classe politique nationale. Des voix de nombreux acteurs de la vie politique se sont levées pour s’affirmer soit en faveur du boycott électoral soit contre la position déclarée du leader du MRC. Des avis partagés en fonction des chapelles politiques et qui font imbibé le climat politique de suspicion et de polémique à répétition dans le pays de Paul Biya.

Dr. Richard Makon, Juriste, Enseignant à l’Université de Yaoundé II et consultant

Le Dr. Richard Makon, enseignant de droit à l’Université de Yaoundé II et Consultant pour la chaine de télévision numérique JDC TV Politique, a accordé une interview à nos confrères de cette chaine disponible sur YouTube, dans laquelle il analyse la décision du leader du MRC sur quatre niveaux. D’abord sur l’élection en elle-même. Cette décision ainsi que ses effets sur le terrain politique montrent que le MRC est la première force de l’opposition, du fait de son coefficient d’occupation du sol politique, ses différentes mobilisations, sa capacité à influencer ou à décider de l’agenda politique au Cameroun. On peut le constater dans les médias qui en parlent massivement aujourd’hui. Il poursuit en disant « Vous ne pouvez pas avoir un parti politique qui a une telle puissance, qui a une telle représentation, qui rappelle le SDF de ses bonnes heures et que ce parti décide de ne pas aller aux élections. C’est une décision extrêmement grave qui a donc une conséquence directe sur la crédibilité et la légitimité des élections à venir, sur la capacité de ces élections à produire des élus qui soient représentatifs de la volonté réelle du peuple camerounais. » Richard Makon souligne ainsi que la crédibité et la légitimité sont les véritables enjeux de ces municipales et législatives de 2020.

Le deuxième niveau d’analyse porte sur la conscience collective nationale et internationale. Pour Richard Makon, la décision du MRC de ne pas prendre part aux élections locales est une mise en accusation des autres parties politiques, lesquels sont aujourd’hui mis au devant de leur responsabilité, de leur choix. « Comment justifier que le MRC qui a un bastion qui est plus large, qui est plus éclectique, qui intègre à la fois l’Ouest, le Littoral, le Centre et plusieurs autres régions du pays décide de ne pas aller aux élections mais que le SDF dont la principale base est le Nord-Ouest et le Sud-Ouest y aille? C’est une mise en accusation au devant de l’histoire, au devant des camerounais, et surtout au devant des ressortissants de ces régions » martèle -t-il. L’enseignant de droit pense que tous les élus : maires et députés, qui sortiront des élections dans les zones anglophones vont faire face au tribunal de leurs administrés, lesquels vont inéluctablement considérer que ceux-là ont fait le choix de leurs intérêts personnels au détriment de la stabilité et de la pacification du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Le troisième niveau d’analyse de Richard Makon est centré sur les institutions républicaines et le système gouvernant. La décision de boycotter les élections par le MRC est pour le Pr. Maurice Kamto, une façon de refuser de participer à la gestion et de valider les options politiques de l’ordre gouvernant : « Si le MRC était allé à ces élections, cela aurait signifié que le MRC est d’accord avec les options politiques du Gouvernement, que le MRC est d’accord que le Grand Dialogue National était un succès, que le MRC est d’accord que les options qui sont prises quant aux modalités de gestion de la crise anglophone sont des options qui sont positives. Le MRC en décidant de ne pas y aller, se désolidarise des options politiques qui sont prises par le Gouvernement et boycotte en réalité les institutions républicaines. » Le MRC a opté pour la voix radicale et l’opposition frontale face à l’ordre gouvernant.

Le quatrième niveau d’analyse de Richard Makon enfin, est orienté sur la société internationale. Il fait observer que, l’instabilité qui caractérise le Nord-Ouest et le Sud-Ouest peut embraser le Cameroun et déstabiliser toute la sous-région du fait de la position stratégique du pays de Paul Biya. Il poursuit en affirmant que :  » La décision du MRC est une prise à témoin de la communauté internationale par rapport à cette grande crise. » Cette communauté internationale qui est un peu négligente du problème camerounais eu égard la faiblesse des pressions jusqu’ici exercées sur le régime de Yaoundé.

René Emmanuel Sadi, Porte Parole du Gouvernement du Cameroun.

Le Gouvernement s’est exprimé par la voix de son porte-parole, le Ministre de la communication, René Emmanuel Sadi le 02 décembre 2019. Dans la quintessence de sa communication, il ressort que le Président de la République a tenu compte de tous les paramètres de légalité et de légitimité pour convoquer le corps électoral. Il est ainsi inapproprié que certains partis politiques demandent le report des élections d’une part et d’autre part la révision du code électoral. Il invite, dès lors, à une participation massive à cette échéance électorale. Une position de déni complet des objections soulevés par le premier parti de l’opposition, le MRC.

Dans cette ambiance politique mouvementée, Elections Cameroon, l’organe en charge de la préparation et de l’organisation des élections, a jugé irrecevables les revendications des partis d’opposition. La direction générale des élections a ainsi dit prendre acte de la date fixée par le Président Biya pour les prochaines élections.

Ainsi va l’ambiance électorale au Cameroun depuis la sortie du chef de l’opposition camerounaise. Une ambiance nourrit par la position de poids prise par Maurice Kamto au sein de la classe politique nationale. Une ambiance empreinte de confusion, de polémique et de bras de fer.

Alors que la pression de la communauté internationale en faveur d’un climat socio-politique apaisé s’accentue de plus en plus sur le régime de Yaoundé, il serait avisé pour la communauté nationale, notamment le Gouvernement, les partis politiques, et la société civile de faire preuve de vigilance, de clairvoyance et de responsabilité afin que cet atmosphère politique hostile qui s’amplifie depuis la crise post-électorale de 2018, ne bascule dans une crise politique généralisée qui a déjà pris corps dans les zones anglophones.