OTAN : de l’appétit africaine ?

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Alors que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) fête ses 70 ans dans un contexte de crise interne, elle montre de plus en plus des signes d’intérêt pour l’Afrique.

« Intérêt… »
En septembre dernier, une délégation de l’OTAN était en visite au siège de l’Union africaine. Au menu des débats : l’instabilité dans la région Moyen Orient et Afrique du Nord. Il était question de renforcer la coopération entre les deux organisations pour faire face aux défis d’insécurités dans les deux régions suscitées. L’espace méditerranéen, en plus d’être géographiquement adjacent à l’Europe, se voit être le lieu de transit de 65 % du pétrole et du gaz naturel consommés par les pays d’Europe de l’Ouest. C’est donc pour cela que depuis l’Athens Council Statement de 1993, elle est mentionnée explicitement comme intérêt stratégique pour l’OTAN. En octobre 2001, suite au 11 septembre, une flotte permanente portant le nom d’ « Active Endeavour » a reçu pour mission de patrouiller la Méditerranée.

Le 14 octobre 2019, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, a tenu sa session annuelle dans la capitale britannique. Les participants avaient alors débattu sur la nécessité pour les gouvernements des pays de l’Alliance d’intensifier la coopération avec l’Afrique dans le domaine de la sécurité grâce, entre autres, à un meilleur partage des données du renseignement, à des programmes de formation et à l’élaboration de stratégies antiterroristes. « Pour bien protéger ceux de ses membres qui se trouvent sur son flanc Sud, l’Alliance doit impérativement être mieux informée de l’évolution de la situation sécuritaire en Afrique subsaharienne », déclarait Julio Miranda Calha, auteur d’un projet de résolution consacré aux problèmes de sécurité et destiné à être soumis à l’approbation de l’Assemblée. Dans son projet, le portugais avait brossé un tableau sombre de la situation sécuritaire en Afrique. Tout y passe : terrorisme, chômage des jeunes, immigration, piraterie, trafics en tous genres, sans oublier, Ebola. L’objet étant de montrer que les menaces de toutes sortes en provenance d’Afrique pèsent sur la sécurité des pays européens. Un objectif qui fut atteint car au sorti des débats, les participants ont préconisé une intensification des relations entre l’OTAN et les institutions Africaines.

« Opérations africaines… »
Soulignons tout de même que jusqu’ici, l’OTAN a aussi signé plusieurs accords avec l’UA ou des pays africains. Le premier d’envergure est le NATO Training Cooperation Initiative, signé en 2006, et dont le but est l’aide à la formation des armées des pays alliés des États-Unis et non-membres de l’OTAN, situé notamment en Afrique. Le second est un accord signé à Addis-Abeba le 8 mai 2014. Il officialise le statut d’un bureau de liaison de l’OTAN dans la ville, qui accueille aussi le siège de l’UA. L’objectif de ce bureau est de permettre une coopération renforcée entre les instances de l’OTAN et de l’UA. Les rapports ne sont pas seulement liés à la signature d’accord, l’OTAN est présente dans des opérations militaires en Afrique.  Ainsi, l’OTAN a fait un exercice de déploiement massif de ses forces de réaction rapide (NRF) au Cap Vert en 2006. Elle a apporté son aide à la FAA (la Force Africaine en Attente), une force armée de l’UA dont l’objectif est d’agir rapidement dès qu’un conflit se déclenche en Afrique. Les conjonctures économiques, sociales et environnementales, la gouvernance médiocre et des pouvoirs publics aux ressources limitées empêchent l’Union Africaine (UA) d’avancer plus rapidement vers l’avènement d’une stabilité accrue sur le continent et par là vers une réelle autonomie de l’UA sur des questions de sécurité et d’opération militaire sur le continent. C’est pourquoi l’OTAN est appelée en rescousse.

« Ingérence et jeu trouble »
Les actions militaires de l’OTAN en Afrique n’ont pas toujours été cordiaux avec les principes de l’UA. Après le début du conflit en Libye en 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU avait adopté, en février 2011, la résolution 1970. Elle stipule que les États étaient autorisés à user de tous les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des populations menacées par le régime de Mouammar Kadhafi, tout en respectant un embargo strict sur l’importation d’armes dans le pays. Or, l’OTAN, à la demande du Royaume-Uni, de la France et après autorisation des États-Unis, a procédé à des largages d’armes légères à destination des zones rebelles. La suite est connue. Le pays a plongé dans un grand chaos, une guerre civile qui n’est toujours pas terminée à ce jour.
Par ailleurs, le Centre régional pour les armes légères en Afrique de l’Est et du Centre a constaté, dans un rapport du 11 janvier 2017, qu’une partie de ces armes avait quitté la Libye par sa frontière sud. Aujourd’hui, ces armes circulent au sein de plusieurs groupes terroristes, dont Al-Qaïda au Maghreb Islamique au Sahara, Boko Haram au Nigeria, ou encore auprès des Chebabs en Somalie. Enfin, cette intervention de l’OTAN s’est réalisée sans le consentement de l’Union Africaine. Jean Ping, alors à la tête de l’UA, s’est fortement opposé au nom de l’organisation à tout recours armé en Libye. L’OTAN agit donc sur le continent africain pour « promouvoir » la stabilité et l’ordre, mais elle le fait en collaboration ou non avec les institutions africaines. Avec l’Afrique, l’OTAN aura-t-elle enfin trouvé une réponse satisfaisante à la question existentielle qui la taraude depuis la fin de la guerre froide ?

Lionel K@N@