Ecologie : le combat permanant de la papauté

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C’est depuis le 02 Décembre dernier que se tient à Madrid la 25ème assise de la conférence des partis (COP25). Un rendez-vous de géopolitique au sommet sur la question climatique et écologique, mais aussi un prétexte qui nous inspire de retracer quelques moments forts du combat que mènent les Papes face à cette problématique.

« Pionniers… »
La question écologique est l’une des questions sociales majeures qui intéressent l’Eglise catholique depuis le début du XXème siècle. L’un des prélats, pionnier en la matière est le Pape Paul VI. Dans son encyclique Populorum Progressio (Le développement des peuples) parut en 1967, il s’insurgeait déjà contre l’anthropocentrisme occidental en matière environnemental. Ses dénonciations sont restées constantes dans le  magistère catholique. En novembre 1970, dans un discours prononcé à l’occasion du 25 ième anniversaire de la FAO, le Paul VI afficha à nouveau son inquiétude en ces termes : « Il a fallu des millénaires à l’homme pour apprendre à dominer la nature, « à soumettre la terre » selon le mot inspiré du premier livre de la Bible (Gen. 1, 28). L’heure est maintenant venue pour lui de dominer sa domination, (…) Les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les prouesses techniques les plus étonnantes, la croissance économique la plus prodigieuse, si elles ne s’accompagnent d’un authentique progrès social et moral, se retournent en définitive contre l’homme ».
Le Pape Jean Paul II fera également de la question écologique, l’un de ses combats majeurs dès les premières années de son pontificat. Dans sa première encyclique Redemptoris Hominis parut en 1979, il affirme que l’écologie et le respect de la création relève de la dignité de l’homme. C’est lui d’ailleurs, qui, en 1979, proclama Saint François d’Assise l’auteur du cantique au frère soleil, comme patron des écologistes. Le Pape Benoit XVI va s’inscrire lui également dans le même sillage. Dans sa lettre encyclique Spes salvi du 30 novembre 2007 sur l’espérance chrétienne, il présente le « don » de la création comme un trésor à accueillir et à protéger. C’est la même exhortation que contient son discours post-synodal sacramentum Caritatis paru la même année. L’engagement de l’Église Catholique, et plus généralement de toute la chrétienté, dans la protection de la nature s’est depuis considérablement accru.

« François : le Pape vert »
C’est en tout cas le couronnement que font certains médias et défenseurs de l’environnement à l’actuel occupant du Saint siège. Ce couronnement n’est pas fortuit. Le pape François,  dans la continuité de ses prédécesseurs militent ardemment pour la sauvegarde de l’environnement. Il est, depuis 2013, année du début de son pontificat, l’initiateur de nombreux groupes de travail sur les questions d’écologie et d’environnement, notamment celui de la Conférence des évêques de France en 2012. Il encourage et soutien des initiatives d’intellectuels et de scientifiques catholiques qui plaident pour une approche chrétienne de l’écologie, mais aussi des initiatives des prélats acquis à la cause écologique tels que Mgr Stenger évêque de Troyes en France. Ce dernier est d’ailleurs le directeur d’un ouvrage Collectif intitulé Planète vie, planète mort : l’heure des choix, ouvrage parut en 2005 au éditions Cerf dans lequel l’écologie est restituée dans une perspective chrétienne du respect de la création. En mai 2015, dans son second encyclique, le Pape François lui-même monta au crénaux pour prôner la sauvegarde de la maison commune : notre planète la terre. Dans cette encylique Laudato Si, le pape s’adressait à « toutes les personnes de bonne volonté », mais également « à chaque personne qui habite cette planète », appelant chacun à agir rapidement et globalement : « Comme individus et comme participants d’un système qui a imposé la logique du profit à n’importe quel prix, sans penser à l’exclusion sociale ou à la destruction de la nature : repentons-nous du mal que nous faisons à notre maison commune.

«Le péché écologique ?»
Dès 2016 François avait évoqué le péché écologique en expliquant qu’un « crime contre la nature est un crime contre nous-mêmes et un péché contre Dieu ». Pendant le Jubilé de la Miséricorde cette année là, le Successeur de Pierre, avait présenté la sauvegarde de la Création comme une « œuvre de miséricorde spirituelle ». C’est durant le dernier Synode pour l’Amazonie que le concept de « péché écologique » s’est fait de plus en plus entendre. À ce propos le cardinal Carlos Aguiar Retes, archevêque de Mexico lors de la conférence de presse de fin Synode pour l’Amazonie affirmait : « Nous sommes en train de pécher contre le Créateur. Nous commettons tant de péchés contre la nature, et pourtant nous ne faisons jamais d’examen de conscience à ce propos ». Pour étayer son point de vue, le prélat a pris l’exemple du quatrième commandement: « tu ne tueras point ». Pour lui : « ce n’est pas uniquement le meurtre qui est ici proscrit. Pourquoi la destruction de la vie d’une forêt ou de certaines espèces animales n’entrerait-elle pas en ligne de compte ? ». Un ton ferme qui interpelle chacun, vis-à-vis de la santé de la planète. Le synode sur l’Amazonie a préconisé de « définir le péché écologique contre Dieu, contre son prochain, la communauté et l’environnement ». « C’est un péché contre les générations futures », qui se manifeste « par des actes et des habitudes de pollution et de destruction de l’harmonie de l’environnement », ajoute le texte finale des assises. « Les jeunes ont marché récemment en disant c’est notre avenir, écoutons-les », a lancé le pape en fin de synode. Le « péché écologique » devra donc faire l’objet d’une littérature théologique plus approfondie, avant d’espérer le voir intégrer le droit canon.

RÉFÉRENCES INDICATIVES :
Encyclique Laudato-si Mai 2015
Arnoud, J., 1994, « Les racines chrétiennes pour une nouvelle conscience écologique », Revue d’éthique et théologie morale, Le supplément, n°190,
Bastaire, J. Bastaire, H., 2004a, Pour une écologie chrétienne, Paris, Les éditions du Cerf,
Euvé, F., 2012, Écologie et théologie : une alliance salutaire et universelle, dans Charmetant, E., (dir.), Écologie et christianisme : les chantiers de l’avenir, Paris, Médiasèvres