Zone de libre-échange continentale : Il faut revoir la politique économique

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Selon certains économistes camerounais qui pensent que le Cameroun n’est pas prêt pour faire face aux réalités du libre-échange, le  marché local risque d’être submergé par les produits des pays voisins. Et, les entreprises locales risquent de disparaître.

L’économie camerounaise va mal. Pour cette raison, elle ne sera pas compétitive face à celles des autres pays africains ayant ratifié l’accord de libre-échange continental. C’est précisément ce que les Dr Louis Marie Kakdeu et Richard Makon ont soutenu le 29 août 2019 à Yaoundé, au cours d’une conférence-débat sur les avantages de cet accord pour le pays. Une conférence qui trouve un écho particulier en cette période de crise sanitaire internationale de la Covid-19, qui à la l’observation de plusieurs indicateurs économiques risque de déboucher sur une crise économique et sociale d’envergure mondiale.

Alors que leurs pairs estiment que le libre-échange va rendre l’économie camerounaise compétitive, les deux hommes défendent au contraire que, cet accord va affaiblir l’économie locale. Parce que, «l’économie camerounaise se porte mal, elle n’est pas prête à faire face à la concurrence extérieure» explique Dr Louis Marie Kakdeu, économiste. «En ratifiant cet accord, on [le Cameroun] est mal barré » poursuit le président du forum camerounais des services de conseil agricole. Mais on peut se demander si après la signature des Accords de partenariat économique avec l’Union Européenne (APE), le Cameroun en ratifiant l’accord de libre-échange continental ne situe pas tout simplement dans la continuité.

Mort des entreprises

Pour cet économiste, la situation du pays est économiquement lamentable. Le Dr kakdeu estime que les entreprises camerounaises risquent plutôt de mourir, dans une compétition continentale qui les opposera à des entreprises et multinationales qui sont en phase d’extension. D’ailleurs, indique-t-il, « l’institut de la statistique nous dit que sur 77,5% du peu d’entreprises qui nous restent aujourd’hui n’a que 6 ans d’âge au plus. Ce qui veut dire qu’elles sont encore en phase de lancement.  Hors elles n’ont pas encore atteint la phase de croissance, pour ensuite atteindre la phase d’extension pour approvisionner en plus du marché local, un marché extérieur auquel la Zlecaf va soumettre le Cameroun. Ces entreprises qui sont encore en phase de lancement ne peuvent pas profiter de façon réelle, de la Zlecaf parce qu’elles ne sont pas matures. Il leur faut au minimum dix ans d’existence pour cela».

Revoir les dispositions

Pour prétendre tirer profit de cet accord, le Cameroun doit d’abord revoir certains aspects de sa politique économique avant de s’aventurer dans le libre-échange, propose le chercheur associé de l’Université Babes Bolya, (Roumanie).Dans cette perspective, Louis Marie Kakdeu demande précisément à l’État camerounais de spécialiser son économie, à l’image de la Côte d’Ivoire dont l’économie est tirée par le cacao. Une solution qui n’est pas sans risque, car elle ne protège pas le pays de l’instabilité des cours des matières premières.

Dans le même sillage que son confrère, Richard Makon, étale les manquements du Cameroun : « Vous ne pouvez pas entrer dans une intégration dans laquelle il y aura par exemple suppression des tarifs extérieures des droits de portes, c’est-à-dire des frais d’entrée en douane. Vous ne pouvez supprimer ces tarifs si vous n’avez pas des ressources pour compenser les pertes que vous aurez au niveau des douanes », clame-t-il. Et d’ajouter, « aujourd’hui, nous ne sommes pas en situation de profiter des avantages s’il y en avait de cet accord de libre-échange continental ». Le juriste camerounais demande à son gouvernement de revoir des dispositions juridiques telles que «la charte de l’investissement, la règlementation sur le commerce, la règlementation sur la concurrence…», avant d’adhérer à ce traité. L’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), lancé le 7 juillet 2019 lors du 12e sommet extraordinaire de l’Union africaine tenu du 4 au 8 juillet 2019 à Niamey, a été signé le 21 mars 2018 à Kigali (Rwanda). Il représente un marché de 1,2 milliard de consommateurs.