Grand dialogue National : l’opposition s’oppose-t-elle?

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crédits photo panorama papers

Le mardi 10 septembre 2019, le Chef de l’Etat Paul Biya a prononcé un discours à la Nation. La principale annonce fut l’ouverture d’un grand dialogue national sur la crise dans les zones anglophones. Les réactions dans  l’opposition et au sein de la société civile  n’ont pas tardé. Entre accord et désaccord, les avis divergent.

« Mi-figue… »

De nombreux partis politiques de l’opposition et  leaders d’opinions se sont montrés favorables à cette démarche d’ouverture d’un grand dialogue national. Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC)  principal parti d’opposition prend position dans un communiqué officiel en ces termes : « Cet important évènement, attendu depuis trois ans, est une de ses préoccupations majeures exprimées de longue date, et pour laquelle il avait présenté, avec ses alliés, des propositions dès l’annonce de la tenue de cette rencontre, aux fins d’en faciliter la préparation et l’organisation » Ndlr. Même si de nombreux militants ne semblent pas apprécier cette initiative signée de la  2ième Vice présidente du Parti, la position officielle demeure claire. C’est d’ailleurs dans ce même sillage que s’inscrit également la position de Cabral Libii l’ex candidat du parti UNIVERS et leader du mouvement 11 millions de citoyens, arrivé troisième à l’élection présidentiel du 07 octobre 2018.  Dès la fin du discours présidentiel du 10 septembre dernier, il a annoncé qu’en prélude au grand dialogue, son nouveau parti politique, le Parti pour la Réconciliation Nationale du Cameroun (PCRN) va formuler et formaliser des propositions à l’endroit du Premier Ministre. Même son de cloche au sein du Social Démocratique Front (SDF). Pour le Président Régional pour le Centre du SDF  : « le dialogue annoncé était attendu et souhaité par mon parti et d’autres forces politiques… Oui il arrive très tard, trop même. Mais il faut y aller…. ». Parfait Mbvoum estime d’ailleurs que c’est l’occasion de plaider pour le fédéralisme, cette forme d’Etat que prône son parti politique. C’est en substance la même réaction qu’on note chez  Alice Sadio présidente de l’Alliance des Forces Progressistes (AFP). Pour elle, il ne suffit pas d’annoncer le dialogue. Il faut qu’il soit inclusif. Autrement dit, le casting, l’agenda et la feuille de route dudit dialogue doivent nous éloigner du monologue. Mieux encore  elle estime que la forme de l’Etat et les reformes constitutionnelles et institutionnelles sont incontournables. Et c’est à cela que doit déboucher un dialogue.  Quant à Hilaire Kamga et son mouvement politique et citoyen dénommé « Offre Orange » et Akere Muna du « Movment Now ! », ils ont également salué la tenue du Grand Dialogue National, tout en plaidant pour une libération préalable des leaders anglophones et autres leaders politiques embastillés. Dans la sphère religieuse, le cardinal Christian TUMI, « très satisfait de cette initiative » se dit prêt à travailler avec cette commission officielle s’il en est jugé digne par les décideurs.

« …mi-raisin»

Si le Cardinal Tumi est favorable au dialogue, son avis n’est pas partagé pas d’autres prélats. Le prêtre Jésuite Ludovic Lado, estime qu’un grand dialogue national piloté par le RDPC ne sera qu’une grande distraction nationale. Il ajoute d’ailleurs que les consultations qui ont débuté au Premier Ministère montrent clairement qu’on fonce droit vers le mur. En effet pour lui comment comprendre qu’on veuille régler le problème des Anglophones en consultant pour la plupart des francophones. Poursuivant dans la même analyse que le père Lado,  Yves Ateba ZOA, juge que Paul BIYA a fait dans la roublardise. Pour lui, le discours du 10 septembre dernier n’est que de l’enfumage, un véritable coup politique. L’historien chercheur estime que c’est en prélude à l’Assemblée Générale de l’ONU débutée le 17 septembre  que le discours a été prononcé. Certains points à soulever durant cette grande messe des Nations sont : la crise anglophone et la crise postélectorale au Cameroun. Paul BIYA veut être bien vu de ses pairs en tentant de montrer qu’il est favorable au dialogue, donc à la paix en proposant ce qu’on a entendu dans son discours. Mais, l’enseignant est serein car pour lui : « tout ça ne va convaincre personne parce que ça pue l’entourloupe ». Il n’est d’ailleurs pas le seul à s’exprimer ainsi.

Au sein du Mouvement Patriotique pour un Cameroun Nouveau(MPCN) on rejette le dialogue. Le communiqué officiel y relatif est signé de Maître René Manfo Songong, 1er Vice-président du Parti. Le Parti politique de Paul Eric Kingue estime qu’il ne saurait participer à ce dialogue tant que son leader sus nommé est écroué. Cette sortie unilatérale et inhabituelle du MPCN a intrigué les observateurs de la scène politique car, les précédents communiqués de l’alliance autour du MRC ont toujours été cosignés par les membres (Kamto, Ekoka, Kingue…). Leur libération est un préalable non négociable. Tiriane Noah, deuxième Vice présidente du MRC, en remettant le mémorandum de proposition du parti au Premier Ministre Chef du Gouvernement, a tenu ces propos : « Chez nous on ne refuse pas l’appel… nous avons ensemble un problème de légitimité… mais nous sommes venus pour le pays ». 
Lionel K@N@