Environnement : Quand le Numérique pollue!

Dans un récent rapport, un groupe d’experts affirme que les impacts environnementaux directs et indirects liés aux usages du numérique sont insoutenables et en forte croissance. Regroupés au tour d’une think-thank dénommé The Shift Projet, ces experts font  une véritable mise en garde sur le caractère polluant de l’usage du numérique. Un cri d’alerte noyé dans l’océan des opportunités et facilités immenses que nous fournit au quotidien l’univers du digital.

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« Les chiffres de la pollution numérique… »

Le principal doigt accusateur du rapport de The Shift Projet est orienté vers la vidéo en ligne. Pour ces experts, la vidéo en ligne fait de plus en plus l’objet d’un usage massif. Cette utilisation intensive n’est pas sans conséquence sur l’environnement. Ainsi  ils affirment à titre d’exemple que dix heures de film en haute définition c’est davantage de données que l’intégralité des articles en anglais de Wikipédia en format texte. En plus, stockées dans des centres de données, les vidéos sont acheminées jusqu’à nos terminaux par les réseaux tels que des câbles, la fibre optique, les modems et antennes de réseaux mobiles. Tous ces processus nécessitent de l’électricité, dont la production consomme des ressources, et émet le plus souvent du C02. Ainsi, le numérique accroit sa consommation d’énergie de 9% par an. Dans ce même rapport l’on peut lire qu’en 2018, plus de 300 Millions de tonnes de CO2 (300MtCO2),  ont été généré par le visionnage en ligne (Soit 1% des émissions mondiales).  Les services «vidéo à la demande» comme Netflix ou Amazon Prime ont des émissions des gaz à effet de serre estimées à 100MtCO2, soit équivalente à celles du pays qui accueillera la COP25 de cette année : le Chili.  Mieux encore et plus désolant, on y apprend que les vidéos pornographiques constituent à elles seules 27% de tout le trafic vidéo en ligne du monde. À elles seules également, elles ont généré 80MtCO2 en 2018, soit 0,2% des émissions mondiales. En bref le rapport du The Shift Projet  est sans appel : l’univers du numérique émet aujourd’hui 4% des gaz à effet de serre du monde ; soit davantage que le transport aérien civil. D’ici 2025, cette part pourrait doubler et plafonner à 8% soit l’équivalent de la part actuelle des voitures. Cet état des lieux fait dire à Matthieu AUZANNEAU, directeur général  de The Shift Projet que : « Si l’on veut être sérieux avec les objectifs de transition énergétique [pris à Paris], il est indispensable de prendre en compte l’impact du numérique, qui est en croissance exponentielle. Notre rapport montre que c’est possible ».

 

The Shift Projet : De qui s’agit-il ?

Le The Shift Projet est un groupe de réflexion privé qui produit des études sur des questions climatiques et environnementales au profit des décideurs et des médias. Organisées autour d’une direction générale, les équipes d’experts et consultants salariés travaillent au quotidien dans des groupes de travail sous la coordination des chefs de projet. Cette dynamique est supervisée par un bureau élu qui fait office de conseil d’administration. Des experts de référence sur les questions environnementales et de changements climatiques sont membres de ce groupe de travail. À titre d’illustration nous pouvons citer Jean-Marc JANCOVIVI, célèbre auteur du Bilan Carbone, et par ailleurs Président de The Shift Projet. À ces côtés Michel LEPETIT expert en finance verte, membre de la chaire académique Energie et Prospérité, et André-Jean Guérin, ingénieur général en eaux, ponts et forêts, ex fonctionnaire au ministère français de l’environnement.    Ce think thank est basé à Paris et produit des rapports annuels de ses travaux. Ces rapports sont rendus  public yoen ligne car, The Shift Project est inscrit en France au répertoire des représentants d’intérêt gérés par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, et au registre de Transparence de l’Union Européenne.   Le précédent rapport de cette organisation date de 2018. Il était question d’un plaidoyer pour une sobriété numérique. Dans ce rapport elle soulignait déjà que l’impact environnemental direct et indirect  liés aux usages croissants du numérique sont systématiquement sous-estimés. Gauthier Roussilhe est un designer et chercheur sur les questions de transition low-Tech qui a travaillé comme consultant dans la production du rapport 2019. Il est formel : « le numérique a été intégré à notre vie quotidienne en moins de 25 ans et nous en avons créé des habitudes, des désirs et des usages qui reposaient sur l’idée de la dématérialité. Aujourd’hui la vidéo en ligne est la pierre angulaire du trafic de données et nous comprenons finalement la réalité de ses impacts. Il faut alors reconstruire une vie quotidienne où le numérique n’est pas alpha et l’oméga de toutes les habitudes et usages mais un outil qui retrouve sa place dans un écosystème autant technique et écologique ». Difficile de ne pas se faire l’idée selon laquelle les recommandations de cet expert  tomberont  dans les oreilles de sourds….

 

 

Lionel K@N@

Références

–          Rapport 2019 du The Shift Projet