Environnement : « l’homme joue sa survie !»

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Professeur Louis Bernard TCHUIKOUA, Maître de Conférences /Associate Professor, Géographe-Environnementaliste, Enseignant-Chercheur au département de Géographie de l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé et Directeur Général de l’ONG ENVIRO-PROTECT. Contact : tchuikoua@yahoo.fr

Le Chemin : Professeur Tchuikoua bonjour ! Merci de nous accueillir dans vos bureaux en pleine préparation de la Journée  Internationale de l’environnement  ?

Pr Tchuikoua : Bonjour Lionel KANA et merci au Journal Le Chemin pour l’occasion qui nous est offert de parler de cet évènement international.

Le Chemin :  Professeur Tchuikoua, vous êtes géographe-environnementaliste au département de géographie de l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé et Directeur de l’ONG ENVIRO-PROTEC. Pouvez-vous nous donner une brève historique de la Journée Internationale de l’Environnement.

Pr Tchuikoua : Merci. La Journée Internationale de l’Environnement a été initiée en 1972 par les Nations Unies à Stockholm lors de la Conférence sur l’Environnement. Chaque année, cette journée met en avant un sujet, un thème de réflexion sur des solutions permettant de maitriser la situation environnementale de notre planète.

Le Chemin : Qu’est-ce qui peut justifier le choix de « la pollution de l’air » comme thème de célébration de l’édition 2019 ?

Pr Tchuikoua : Sans être membre du comité qui définit le sujet, mais en qualité d’expert,  je peux spéculer en disant que de plus en plus le monde prend conscience d’un problème réel, celui du réchauffement climatique. D’aucuns parlerons de changement climatique ou de dérèglement climatique. Le débat conceptuel ne nous intéresse pas ici, mais c’est clair que c’est un phénomène qui menace la survie de l’homme. Notre planète est notre habitat, elle est menacée par cette question et la pollution de l’air est pointée du doigt.

Le Chemin :  Peut-on dire que la pollution de l’air est la principale cause du changement climatique ?

Pr Tchuikoua : C’est l’un des problèmes majeurs ! Car la couche d’ozone se dégrade. Cette dégradation trouve ses origines entre autre dans la pollution de l’air. Le choix de ce thème arrive au moment où de nombreuses études récentes montrent que la pollution de l’air est une menace sérieuse pour l’environnement et pour la santé de l’être vivant. Il est donc clair qu’il faut s’attaquer à ce problème de façon globale.

Le Chemin :  De façon globale ? Pourtant en Afrique nous ne polluons pas autant l’air que les pays occidentaux et  ceux de l’Asie de l’Est…

Pr Tchuikoua : L’environnement n’a pas de frontière ! Certes l’Afrique ne pollue pas l’air au même titre que les pays industrialisés, mais une pollution émise en Chine ne va pas épargner l’Afrique.  La pollution de l’air est donc une problématique mondiale et nécessite une réponse globale. Ma foi, je pense que c’est l’objet visé dans le choix de ce thème.

Le Chemin :  Quelles mesures attendre ou à prendre pour régler le problème de la pollution de l’air et de la protection de l’environnement ?

Pr Tchuikoua : Les mesures sont prises et continueront à être prises voyez-vous. La célébration d’une journée mondiale montre à suffisance que le problème préoccupe au niveau international. Au sommet de Paris un accent particulier a été mis sur la question de la pollution et de la dégradation de la couche d’ozone. Nous voyons comment le GEIC réfléchit de façon constante sur ces questions à travers les conférences successives (les COP). À l’échelle nationale dans la plus part des pays, il y a des comités et commissions qui sont formés et qui travaillent également de façon constante. De plus en plus, on forme des experts pour la mesure de la pollution de l’air, des spécialités qui n’existaient pas avant dans nos parcours académiques universitaires en Afrique Sub-saharienne commencent à s’imposer. Et même au niveau individuel de plus en plus l’homme est conscient de ce que brûler des tas d’ordure est dangereux pour sa santé. Pour ma part la sensibilisation doit s’accentuer. Car il faut impacter sur les mentalités à toutes  les échelles sociales.

Le Chemin :  Parlons un peu du cas du Cameroun. On n’entend pas beaucoup la société civile camerounaise sur ces questions de protection de l’environnement. Pourtant c’est une question majeure aujourd’hui, votre ONG ENVIRO-PROTECT en a fait un cheval de bataille… 

Pr Tchuikoua : La société civile travaille énormément sans faire de tapage médiatique. L’Association internationale pour la protection de l’environnement en Afrique (ENVIRO-PROTECT) existe depuis 1991 et mène des activités sur le terrain depuis 27 ans. Elle a obtenu le statut d’ONG en 2011. Vous constaterez que nous existions même avant le ministère camerounais de l’environnement qui a été officiellement créé en 1992. ENVIRO-PROTECT a été membre de la délégation qui a représenté le Cameroun  au sommet de la Terre à Rio en 1992. La même année, notre association participa activement au forum qui jeta les bases de la gestion de l’environnement au Cameroun.

Le Chemin : Vous êtes donc un acteur avant-gardiste sur les questions environnementales au Cameroun…

Il est vrai que notre engagement ne date pas d’aujourd’hui. Je ne sais pas si le lieu est indiqué pour en parler, mais permettez moi de souligner que l’activité la plus récente de notre ONG a eu lieu dans l’Adamaoua de 2015 à 2018. Durant trois longues années, nous avons formé les paysans à adopter des méthodes modernes dans la production et la culture du miel en respectant les normes environnementales et de développement durable. Cette activité s’est faite en consortium avec l’Université de N’Gaoundéré et notre partenaire INADES Formation.

Le Chemin : Et dans le cadre de la Journée Internationale de l’Environnement avez-vous des activités particulières prévues ?

En marge de la Journée Internationale de l’Environnement le 05 juin, nous allons  prendre par à une conférence à l’Université de Yaoundé I sur le civisme environnemental, en association avec l’OICC, le Club de la Nature et la Fondation Fridriech Ebert. Dans la même logique, nous participerons, en collaboration avec l’association J2D-Afrique, GEP, ONU Environnement, Water for life, etc. à une table ronde sur le thème : « Non à la pollution. » Entre autre activité, nous allons procéder au nettoyage des rivières et à des travaux d’investissement humain dans certains quartiers de la ville de Yaoundé. Beaucoup d’ONG sœurs mèneront également des activités similaires au niveau national et international. C’est pour dire que la société civile a toujours travaillé et travaille énormément dans le domaine de la protection de l’environnement et du développement durable.

Le Chemin :  Professeur Tchuikoua, avez-vous un message ultime à délivrer à l’endroit du public sur la question de la protection de l’environnement ?

Pr Tchuikoua : Que dire de plus ? Sinon que l’homme joue sa survie ! La question de la protection de l’environnement est devenue non négociable. Les catastrophes environnementales que le monde connaît aujourd’hui indiquent même aux plus sceptiques qu’il y a quelque chose qui ne va pas. De façon individuelle et collective, les efforts pour sauver notre planète doivent être conjugués, car nous n’en avons pas deux !

Le Chemin :  Merci Professeur Tchuikoua pour votre disponibilité, bonne célébration et à très bientôt.

Pr Tchuikoua : C’est moi qui vous remercie.

Propos Recueillis par Lionel K@N@ le 03 Juin 2019.