«Je n’ai pas la monnaie…»

Plus qu’un refrain populaire, cette expression s’est imposée dans les interactions sociales au Cameroun : au marché, à la boutique, dans le taxi. La rareté de la petite monnaie est la cause d’une angoisse populaire  croissante populaire, à l’origine de visages froissés que l’on croise aux abords de plus en plus sur les places marchandes. Il est clair que la petite monnaie habituelle (25f, 50f, 100f) se fait rare. Elle a rejoint dans cette catégorie, les piécettes de 1f, 5f, 10f. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, cette situation réjouit les caissières des entreprises publiques et privées qui y voient une opportunité  d’arrondir les reliquats au profit de leurs portes monnaies. La rareté de la monnaie métallique se fait aussi remarquée à travers les affiches et autres écriteaux qui accueillent les usagers dans les services publics et privées. Ainsi on peut lire ça et là : « prévoir la monnaie » ou encore « avertir en cas de billet ».

Credit photo :  investiraucameroun.com

La piste Asiatique

Le Mardi 18 décembre 2018, en marge du 4ème Comité de Politique Monétaire de la BEAC, Abbas Mahamat Tolli, le Gouverneur de cette l’institution financière sous-régionale annonçait l’ouverture d’une enquête sur la pénurie de la monnaie métallique en zone CEMAC. Selon le Gouverneur de la BEAC, entre les années 70 à nos jours, le volume des pièces en circulation sur le marché a chuté de 10 à 3,5%. Les conclusions de ces investigations sont aujourd’hui lettre morte. Cette annonce était précédé par la saisine, dans un domicile privé de la capitale économique du Cameroun, Douala, plus précisément au quartier Ndogbong, un mois avant, de quarante-trois sacs remplis de pièces de 50 et 100f, pour une valeur de 02 millions de Franc CFA. La saisie a été opérée par les éléments du Groupement territorial de la gendarmerie de Douala. Les deux auteurs de ce trafic, un Camerounais et un asiatique étaient tous âgés de 37 ans. Selon le Cameroun-Tribune du 05 novembre 2018 qui avait relayé cette information, une grande quantité de machine à sous, des essences de bois rares et des munitions, avaient également été saisi.  Les deux trafiquants furent conduit devant les tribunaux compétents.  Selon nos confrères du journal en ligne Camerounweb, les pièces de monnaie seraient particulièrement très appréciées des chinois. Elles seraient transformées en bijoux d’ or, d’argent, ou bracelet de luxe puis exportés vers la Chine. Une opération similaire à celle de Douala a été effectuée  à Ebolowa en Octobre 2017.

«De la spéculation à l’inflation  les conséquences »

C’est l’économie camerounaise en général et le pouvoir d’achat des camerounais en particulier qui subissent la rareté des pièces de monnaies. Si vous avez cru que dans un supermarché, la localisation des petites friandises à portée de main d’une caissière est anodine, détrompez-vous !  Il est désormais courant que l’on vous dise à la caisse : « nous n’avons pas 100f ! Prenez quelque  chose…». La rareté des pièces de monnaie entraine aussi le développement d’un marché illégal, un trafic commercial sous-terrain. Les pompistes des stations services en ont fait un véritable  commerce lucratif. Seumo Manuella étudiante à l’Université de Yaoundé I, affirme avoir déjà eut à faire à un pompiste véreux. « À la station MRS d’Ekounou, on change le billet de 5000f à 100f, celui de 10.000f  à 200f » affirme-telle.   Certains commerçants véreux proches des églises, paroisses, stations services et pompistes,  s’y ravitaillent en pièce, les conservent, et lorsque le besoin se fait ressentir, les sortent et les vendent. C’est de la mauvaise spéculation. Par ailleurs, Interviewé par nos confères de Camer.be,  le Pr Georges Dieudonné MBONDO affirme que : « l’absence de pièces créée une inflation de fait ». Autrement dit, l’absence des petites pièces est à l’origine de la hausse des prix de certains biens et services. Il faut bien arrondis par excès le prix des marchandises et des services concernés par la petite monnaie afin d’espérer les voire s’écouler dans le circuit commercial.  En outre, le même économiste souligne également que « quand ces pièces disparaissent, c’est une bonne partie de la masse monétaire qui sort des circuits et qui n’est plus en mesure de financer les opérations économiques, la croissance économique et en particulier le commerce de détail ». La disparition des pièces de 100f perturbe également l’activité de moto-taximens.

Selon le communiqué final de la rencontre du 02 avril dernier, le conseil d’administration de la BEAC a autorisé le gouvernement de la banque, d’une part, à entreprendre des démarches auprès des Etats de la CEMAC en vue d’interdire l’usage des pièces de monnaie dans les salles de jeux, et d’autres part, à définir un plan pluriannuel de mise à disposition des pièces au profit des populations.

Lionel K@N@