« J’ai fait de mon mieux…»

« Ce fut l’honneur de ma vie d’être la deuxième femme à occuper le poste de Premier Ministre » après Margaret Thatcher, a affirmé Theresa May. « Jai fait de mon mieux… » poursuit celle qui a passé trois ans au 10 Downing Street, en indiquant qu’elle a « un profond regret de n’avoir pas put mettre en œuvre le Brexit » qui l’avait pourtant porter au poste de Chef de Gouvernement.

En Juin 2016 en effet, par le biais d’un référendum, 52% des britanniques avaient voté en faveur d’un divorce avec l’Union Européenne (UE) dans laquelle ils estiment leur voix inaudible. Le mois suivant, succédant à David Cameron, l’ancienne Ministre de l’Intérieur de l’époque alors désignée par le Parti Conservateur  avait fait de la sortie de l’UE  le cheval de bataille de son Mandat. Pendant trente-quatre mois, Theresa May a essayé de mettre en œuvre le Brexit. Malheureusement, les différents accords de sortie de l’UE négociés avec les autorités de Bruxelles ont rencontré de multiples contestations au sein même du Parti conservateur. Un document de 585 pages a  été négocié et renégocié avec l’UE,  mais rejeté à trois reprises par les députés britanniques. En début de semaine, la Cheffe du Gouvernement a joué sa dernière carte en présentant une nouvelle série de proposition parmi laquelle l’idée d’un second referendum (ce qu’elle avait toujours refusé jusqu’ici). Cette volte face a été qualifiée de  trahison par les plus eurosceptique du Parti Conservateur et  jugé comme une faute par le Parti Travailliste. Désormais ouvertement soupçonnée de trahison par les députés de son parti « les Tories », et fragilisée par les démissions au sein de son Cabinet, la Première Ministre Theresa May s’est retrouvé en minorité, avec une autorité fragilisée. C’est donc la voix étranglée par l’émotion, que Mme May a annoncé qu’elle jette l’éponge. C’était  dans  une allocution prononcée le vendredi 24 Mai 2019, devant la célèbre porte noire du 10, Downing Street. Elle a précisé qu’elle démissionnerait de ses fonctions de Cheffe du Parti Conservateur et donc de Cheffe du Gouvernement. La décision est censée entrer en vigueur le 7 Juin 2019, très certainement  après la visite officielle de Donal Trump en terre britannique, visite que le Président des Etats-Unis entame  dès le 3 juin 2019.

Theresa May annonçant sa démission le 24 mai 2019. Crédit Photo : Reuteurs

«Les réactions : entre indignation et jubilation»

À Moscou, on jubile. Ainsi, sur Radio France International (RFI), Dmitri Peskov Porte-parole du Kremlin s’exprime à ce sujet en ces mots : « je n’ai pas le souvenir d’un quelconque apport positif de Theresa May au développement de notre relation bilatérale. C’est plutôt l’inverse ». Une réaction qui peut s’expliquer par le traitement de  l’affaire Skripal par Londres.  Sergueï Skripal ancien agent des renseignements russe et sa fille avaient échappé de peu à un empoisonnement au Novitchok, un  puissant agent neurotoxique.  Les faits se sont déroulés en 2018 dans la petite ville anglaise de Salisbury. Sortis du Coma puis rétablis, les deux victimes sont aujourd’hui gardées dans un lieu tenu secret par les autorités britanniques. Thereza May n’était pas passé par quatre chemins pour accuser le Gouvernement russe d’être derrière cette tentative d’assassinat.  Donald Trump par contre s’est dit « désolé » pour elle. Même son de cloche à Paris ou l’Elysée a salué le « travail courageux » de la Première Ministre. La commission européenne a souligné que ce départ ne changeait en rien la position des 27 pays de l’UE sur l’accord de sortie du Royaume Uni. Elle a même prévenu qu’une nouvelle renégociation était inenvisageable.

« Il est temps de mettre en œuvre le Brexit»

Ces mots sont de Boris Johnson. Dans un tweet, l’ex Ministre britannique des Affaires Etrangères, eurosceptique assumé et  partisan d’un « Brexit dur », n’a pas caché sa prétention à succéder à Theresa May qu’il accusait de complaisance vis à vis de Bruxelles. Présenté comme favori au poste de Premier Ministre, l’ancien Maire de Londres n’a cessé d’attaquer Theresa May durant tout son mandat. Dans le sillage de ceux qui lorgnent le poste de Premier Ministre figure également Andrea Leadson, Michael Gove, Penny Mordaunt, Jeremy Hunt et d’autres figues politiques conservateurs qui de jour en jour manifeste leur intérêt pour le poste.  Le choix du prochain Chef du Gouvernement britannique se fera nécessairement au sein du parti conservateur à la suite de nombreuses tractations.  En tous état de cause, On connaitra le nom du successeur de Theresa May le 20 Juillet 2019.

« J’ai fait tout ce que je pouvais pour convaincre les députés de soutenir l’accord. Malheureusement, je n’ai pas été capable d’y arriver. J’ai essayé trois fois. » C’est par ces mots que Theresa May tire sa révérence, loin de la satisfaction d’une mission accomplie. Mme May démissionne consciente de ce que la conjoncture est loin d’être  favorable. En effet, les prochaines élections européennes annoncent une débâcle  du parti conservateur qui recueillerai moins de 10% des voix.

Lionel K@N@