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Elections en Afrique du Sud : quelles attentes pour les sud-africains ?

Ce mercredi 8 mai 2019, soit 25 ans après la fin de l’apartheid, les sud-africains sont appelés aux urnes pour les élections législatives et provinciales. Au regard de la situation actuelle du pays marquée par de multiples tensions notamment économiques et liées à la sécurité, ces élections apparaissent comme un tournant social et politique pour le pays de Nelson Mandela. Les enjeux sont importants car ces élections devront aboutir à la désignation du prochain Chef de l’Etat pour un mandat de cinq ans, par le parti majoritaire au Parlement. C’est dire que l’avenir du pays pour les cinq prochaines années est en jeu dans ces élections générales.

Déçus par Jacob Zuma dont la présidence a été fortement entachée par des scandales de corruption à répétions et l’aggravation des inégalités sociales, les sud-africains sont las d’attendre des promesses d’une classe politique embourbée dans des conflits d’intérêts avec les milieux d’affaires. La confiance du pays dans son personnel politique a fortement régressé. La lutte contre la corruption, la baisse du pouvoir d’achat, la réforme agraire et la question de la sécurité et de l’immigration notamment venu du Zimbabwe voisin, sont au cœur des préoccupations des couches populaires dont le vote glisse progressivement vers les extrêmes. Qu’ils soient noirs, blancs, indiens, métis, pauvres ou de la classe moyenne, les sud-africains aspirent dans leur large majorité à un réel changement politique et social. Dans un pays multiracial où trois quart (3/4) des terres agricoles sont détenus par la minorité blanche qui représente 8% de la population ; et où plus de 43% des noirs sont affectés par la pauvreté contre moins de 1% des blancs. L’offre sociale des différents partis a été au cœur du débat politique, l’Afrique du Sud ne pouvant être comprise sans l’équation raciale.
Au-delà du poids démographique des noirs qui pèsent sur l’issu des élections et qui contribue à assoir la puissance électorale de l’ANC, la question des inégalités raciales notamment sur le plan économique anime l’aspiration au changement. L’ampleur de l’immigration venu d’Afrique de l’Est et des pays voisins, et l’accroissement du chômage a exacerbé le sentiment de xénophobie. Les questions de sécurité et de paix sociale ont pris beaucoup d’ampleur dans le débat public. Face aux difficultés économiques liées à la baisse de sa production industrielle, les gouvernements successifs ont toujours été très préoccupés par la stabilité économique du pays, la confiance des investisseurs étrangers, la création d’emplois et le progrès social nécessaire à la réduction des inégalités sociales qui entretiennent les tensions raciales. Plus encore les classes populaires urbaines et les populations des zones rurales réclament plus de justice sociale, car elles sont les couches les plus affectées par le chômage et la précarité. C’est avec toutes ces préoccupations au cœur que les sud-africains iront voter. Le parti antiapartheid l’ANC qui gouverne le pays depuis la fin de l’apartheid reste le grand favori de cette élection. Son candidat Cyril Ramaphosa, sera donc probablement élu pour un nouveau mandat de cinq ans. Face à une opposition divisée par des querelles de leadership, l’ANC est sûre de sortir vainqueur de ces élections générales.

Bouillonnement dans les QG des partis leaders

L’ANC, mouvement de libération est le parti au pouvoir et leader de la scène politique depuis l’arrivée de Nelson Mandela avec à la tête du Pays en 1994. Aujourd’hui c’est Cyril Ramaphosa, juriste, ancien leader des émeutes de Soweto en 1976, ancien syndicaliste aux talents de négociateur réputés, qui est chargé de conduire les destinées du parti et du pays qui traverse de grandes difficultés économiques, avec une forte montée des actes de violences à caractère xénophobes. Malgré les multiples scandales de corruption qui frappe des hautes cadres de l’ANC, le parti a gardé la confiance d’une majorité de la population. Pour les cinq années à venir, Cyril Ramaphosa promet d’entreprendre une lutte acharnée contre la corruption, et pour la création des emplois, et se donne pour défi de faire revenir les investisseurs étrangers de plus en plus méfiants face à la croissance des revendications d’une réforme agraire. Ramaphosa se positionne pour cette élection en homme de la rupture avec le passé récent de l’ANC noirci par les conflits d’intérêts et la corruption.
Moins connu que l’ANC, l’Alliance Démocratique est le principal parti d’opposition, en majorité constituée de la minorité blanche et une formation multi raciale. Pour la première fois depuis sa création il est dirigé par un leader noir : Mmsusi Maimane qui pendant toute la campagne a mis en avant sa volonté de relever les défis économiques du pays, lutter contre la criminalité et s’assurer de la protection des ressources sud-africaines. Il milite activement pour un changement en profondeur en Afrique du Sud en passant par le renouvellement des pratiques de la classe politique dirigeante trop proche des milieux d’affaires. Cependant, au sein de la population noire qui constitue la grande majorité du corps électoral, des appréhensions et même des méfiances persiste vis-à-vis de l’Alliance Démocratique. Un sentiment sur lequel surfe les plus radicaux de l’ANC.

L’autre acteur de la vie politique sud-africaine est le parti de gauche radical, l’EFF (Economic Freedom Fighter) encore appelé « les combattants pour la liberté économique » dont la cause politique première est la lutte pour la défense des démunis, avec pour soutien et pour cible principale les jeunes. Juluis Malema, son leader, un transfuge de l’ANC, a fait de la redistribution des terres aux noirs son principal axe de campagne. Il milite pour une réelle réforme agraire devant entrainer la dépossession par expropriation sans indemnisation des fermiers blancs qui possède plus de 80% des terre agricoles. Cependant, dans une Afrique du Sud ou les « démons » de l’apartheid n’ont pas complètement été exorcisés, la radicalité et l’extrémisme des leaders de l’EFF font peur à plusieurs et surtout aux investisseurs étrangers et à la classe moyenne urbaine très majoritairement blanche.
Les sondages prédisent encore une fois de plus une majorité absolue de l’ANC aux élections de ce mercredi 08 mai 2019. Mais ce seront pour la plupart des sud-africains déçus et en colère qui auront fait ce choix, fatigués par une classe politique en mal de renouvellement et incapable d’honorer ses engagements à la hauteur de la confiance placée en elle.

Brice Armel Simeu 

Lena Taptue