spermatozoïdes et ovocytes
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Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’infertilité est cliniquement définie comme l’incapacité d’un couple à concevoir après 12 mois, ou plus, de rapports sexuels réguliers et sans utilisation de méthodes contraceptives. Cette condition constitue un réel problème de santé publique, car selon un rapport publié en 2010 par la même organisation, plus de 48,5 millions de couples dans le monde sont incapables d’avoir un enfant après 5 années de relation conjugale.  Dans ses travaux, le scientifique Schlosser révélait que la moitié des hommes serait impliqué dans l’infertilité du couple. Mais, malgré ces informations, la question de l’infertilité masculine reste taboue dans nos sociétés, principalement en Afrique subsaharienne, faisant de la femme la seule responsable en cas d’incapacité d’un couple à procréer.

Au départ de toute vie il y a deux cellules qui se rencontrent dans un être prêt à accueillir la vie : l’ovule et le spermatozoïde. Pour des raisons quelconques, cette rencontre peut ne pas avoir lieu. Au-delà des raisons inhérentes à la femme (absence ou faible taux de production d’ovules, troubles hormonaux,..), l’homme peut être impliqué. En effet, l’homme peut ne pas produire suffisamment de spermatozoïdes ou ne pas en produire du tout. Ceci peut être dû à une infection ou à une anomalie dans la libération des substances responsables de l’induction de la production de spermatozoïdes : les hormones. Quand bien même il arrive que les spermatozoïdes soient produits, ceux-ci peuvent présenter des formes ou ne pas avoir une mobilité suffisante pour les permettre de progresser dans les voies génitales de la femme. Plus encore, au-delà de ces anomalies d’ordre biologique, l’homme peut présenter des difficultés sexuelles telles que des troubles de l’érection ou du désir. Ainsi, plusieurs éléments, indépendants de la femme, peuvent entrainer une infertilité du couple. Et pourtant, malgré tout cela, la femme semble être la plupart du temps, aux yeux de la société, la seule responsable de l’incapacité d’un couple à concevoir.

Plus qu’une impression, cela est une réalité! Et, ceci est d’autant plus marquée que les représentations culturelles en Afrique  et dans beaucoup de sociétés, sont ancrées dans un rapport homme-femme inégal, où la balance pèserait plus en faveur de l’homme. Dans nos sociétés africaines, l’homme est culturellement souverain, ou plutôt l’homme est le maître, il n’est pas loin de l’homme-dieu et en cela, il ne peut présenter, et surtout en public, une imperfection, pire encore une impuissance ou une infécondité. Le scandale est entier si l’homme ne peut procréer, parce que tout son pouvoir et toute sa puissance se résume au nombre d’enfants eu ! Quel scandale s’il en est la cause ! Tout doit donc rester tabou et la femme est d’emblée condamnée à un ostracisme qu’elle subira toute sa vie. Très souvent, l’infertilité masculine est la croix silencieuse des femmes. Il y a donc un mal qui ne découle  pas d’une conclusion biologique, car l’infertilité du couple  incrimine autant la femme que l’homme. Mais, ce mal est la conséquence d’influences idéologiques et  de représentations sociales qui ont déplacées le problème du champ biologique et clinique, vers le champ culturel et social. Aussi, il est urgent aujourd’hui de restaurer la primauté du problème clinique  pour le réveil des consciences afin que la réalité ne soit plus minorée au profit des représentations sociales et que  la vérité soit connue et accueillie au sein des couples et dans la société.

Mettre fin à la peur du regard de l’autre et mieux affronter la réalité d’un problème biologique qui trouve au jour le jour des solutions, sont les deux éléments importants pour restaurer le blason de ces femmes qui très souvent subissent des injustices et restent passives par amour, par honte, par peur ou par fidélité.

Pour le chrétien, la vérité s’accueille et  se vit dans la charité, même si elle est difficile : Il faut oser sortir de ses peurs et de ses conforts pour permettre à la justice de s’établir. Le pape Jean-Paul II nous invitait justement à faire ce pas au travers de cette simple phrase : « N’ayez pas peur ! » prononcée le 22 octobre 1978 à la place Saint Pierre de Rome lors de l’inauguration de son pontificat. En effet, Si le Christ est Vérité et si nous suivons ce christ vérité alors, nous sommes appelés à oser sortir de nos conforts pour restaurer ce qui est vérité et ne pas faire de la femme « la condamnée d’emblée ».

Yvan NGAHA, Médecin généraliste